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Critique du jeu de société : Solenia [2018], par Gaetan G.

Avis critique rédigé par Gaetan G. le jeudi 24 janvier 2019 à 09h00

La tête dans les étoiles

« Depuis plusieurs millénaires, le cycle du jour et de la nuit s’est figé sur la minuscule planète Solenia, plongeant son hémisphère nord dans une obscurité permanente et son hémisphère sud dans une clarté ininterrompue. Votre mission est de poursuivre la noble tâche de vos ancêtres en livrant aux habitants de la planète les ressources qui leur font cruellement défaut. Les hommes du jour attendent vos livraisons de pierre et d’eau, rares dans leur hémisphère, tandis que les hommes de la nuit ont un besoin vital de bois et de blé. Soyez le plus efficace et prenez de vitesse vos concurrents afin de posséder le plus d’étoiles en or lorsque la partie prendra fin ! »


Le titre dont nous allons parler aujourd’hui, Solenia, fait incontestablement partie des succès de l’édition 2018 d’Essen. Comme nous l’écrivions dans notre reportage, les (trop rares) exemplaires ramenés par l’éditeur ont disparu en quelques heures, au point où il n’y avait plus rien de disponible avant même le commencement du week-end. Ce succès ne s’est pas démenti depuis, puisque la boîte est en rupture de stock un peu partout…


Un succès qui n’est pas dû au hasard


Pour commencer, enfonçons une porte ouverte : oui, le carton commercial n’est pas forcément synonyme de qualité. On ne compte plus les jeux qui ont buzzés à mort à leur sortie, avant de se dégonfler lamentablement une fois la hype passée (coucou, Massive Darkness). Certes… Mais cette réussite n’est pas forcément une surprise quand on voit l’éditeur qu’il y a derrière.


Pearl Games, depuis sa création en 2010, a su en effet cultiver une réputation d’intransigeance et de perfectionnisme au fil de ses réalisations. Contrairement à bon nombre de ses confrères, la société a choisi de réaliser une seule sortie annuelle, avec des tirages relativement modestes qui plus est. Elle a préféré se constituer un public de fans qui précommandaient quasiment les yeux fermés. Après tout, ils étaient quasiment sûrs de trouver une petite pépite de gameplay, soignée et optimisée au quart de micro-poil. Et ce n’est pas ceux qui ont déjà posé leurs paluches sur Troyes, Bruxelles 1893, Ginkgopolis, Deus ou l’Auberge Sanglante qui me diront le contraire.


En 2015, c’est le coup de tonnerre: Pearl Games se fait racheter par l’ogre Asmodée. Les communiqués du géant de la distribution sont rassurants : ce dernier souhaite uniquement intégrer un éditeur atypique dans son giron. Il est conscient de sa spécificité ; pas question, par exemple, de mettre son nez dans le contenu éditorial du poulain.


Pourtant Otys, le premier titre annoncé après le rachat, tranche nettement avec ses prédécesseurs. Déjà, il s’agit d’une coproduction réalisée en partenariat avec Libellud. Et puis surtout, le titre se veut beaucoup plus accessible, plus familial et moins orienté core-gamers.


Malgré ses indéniables qualités, comme par exemple une direction artistique envoûtante ou une mécanique très originale, le jeu n’est semble-t-il pas arrivé à trouver son public. De l’avis d’un des responsables du studio, il était à la fois trop simple pour le public de Pearl Games, et à l’inverse trop complexe pour le public de Libellud.


En parallèle, l’éditeur a tenu à rassurer ses fans : non, il n’a pas abandonné le créneau des jeux experts. Sa prochaine réalisation, Black Angel, est d’ailleurs attendue de pied ferme par un paquet de monde (dont je fais partie pour ne rien vous cacher). Elle doit normalement sortir pour la prochaine édition du FIJ, à Cannes, avec plus d’un an de retard au compteur.


Pourquoi parler de cela ? Tout simplement parce que Solenia peut être considéré comme un galop d’essai, une version épurée de Black Angel. Les auteurs ont élagué le système de jeu pour le rendre accessible à tous, ils ont collé dessus un thème qui colle parfaitement à la mécanique, et c’est parti. Les deux jeux devraient partager de nombreuses similitudes, comme par exemple le déplacement du dirigeable qui rythme la partie. L’éditeur a souhaité sortir la version familiale d’abord, et l’accueil du public semble lui donner raison… Voilà, vous savez maintenant pourquoi l’attente autour du titre était si forte.


Un matériel soigné et visuellement flatteur


Regardons maintenant le matériel. Celui-ci est plutôt fourni pour un jeu vendu aux alentours de la trentaine d’€uros. En effet, la boîte contient :


  • Un plateau modulaire en 5 parties ;
  • Une figurine d’aéronef en plastique ;
  • Des marqueurs de ressources en bois (blé, pierre, eau et bois) et en carton (points de victoire) ;
  • Du matériel pour 4 joueurs (un deck de 16 cartes et un plateau individuel par personne) ;
  • Quelques tuiles en cartons pour le mode expert ;
  • Un dé à six faces pour le mode solo.

Visuellement, le rendu est tout simplement magnifique. Rien que la boîte, avec son superbe coucher de soleil dans les tons pastel, intrigue et donne envie de jouer. Les cartes, également, sont également très réussies. Elles ont une découpe centrale qui leur donne une vraie originalité.



La seule fausse note provient de la figurine de dirigeable : elle a très peu de détails, avec un rendu lisse qui fait vraiment cheap, pour le coup. De plus, elle est jaune citron, un choix assez (d)étonnant quand on le compare aux autres éléments du jeu.


Le plateau se compose de 5 parties indépendantes en forme de « V » qui s’imbriquent les unes dans les autres afin de constituer la zone de jeu. Chaque partie est recto-verso, avec une face jour et une autre nuit. C’est d’abord un moyen d’augmenter la rejouabilité, en changeant la configuration initiale. Mais surtout, c’est le cœur du gameplay : on ne va pas arrêter de décaler ces différentes sections au cours de la partie, histoire de matérialiser l’écoulement du temps et le passage permanent du jour à la nuit.



Les 3 manuels, pour finir, sont un modèle du genre. Le premier fait 4 pages et il décrit les règles du jeu. Les textes sont bien aérés, clairs et compréhensibles dès la première lecture. Pour une fois, il n’y a pas une faute d’orthographe tous les 4 mots ! Les deux autres manuels, d’une page recto verso, reprennent respectivement les pouvoirs du mode expert et décrivent le mode solo.


Pour finir, la boîte fait l’impasse sur le thermoformage. A la place, elle fournit des inserts en carton à assembler. J’aimerais applaudir, vraiment. C’est quand même un choix nettement plus écolo que le plastique. Sauf que les cases pour stocker les différences ressources sont vraiment petites. Résultat : impossible de voir la ressource dans chaque alvéole si la boîte est posée sur la table. En plus, si vous êtes, comme moi doté de grosses paluches, vous allez pester à chaque fois qu’il faudra aller chercher quelque chose. Bref, rien de bien gênant mais en pratique le résultat n’est pas aussi pratique que ce que l’on aurait pu espérer.


Un jeu familial dans l’âme


Après ce petit tour d’horizon sur le matériel, passons maintenant au système de jeu. En pratique,  il faut moins d’une minute pour mettre en place une partie de Solenia, et moins de 5 minutes pour en présenter les règles. Par contre, simple ne veut pas dire simpliste : comme vous allez le voir, le dernier bébé de Pearl Games recèle tout de même une belle profondeur stratégique. En début de partie, on commence par assembler le plateau de la manière suivante :



Puis on retourne 8 contrats (4 de jour et 4 de nuit). Ce sera la principale manière de marquer des points de victoire, on en parlera un peu plus bas. Pour finir, chaque joueur prend son deck de 12 cartes, le mélange et se constitue une main de 3 cartes. C’est tout pour la mise en place.



A son tour, le joueur actif doit obligatoirement poser une carte de sa main sur le plateau. Les règles de pose sont simplissime : cette carte doit être adjacente, au choix, à une carte du joueur déjà posée ou au dirigeable. Si l’on veut s’éloigner plus, c’est possible mais il faut dépenser une ressource par case que l’on saute. Les cartes, visuellement très réussies, sont toutes faites de la même manière :



Au centre, elles comportent une ouverture circulaire qui laisse voir la ressource produite par l’île volante en question (blé, pierre, eau, bois ou points de victoire). Pour se poser sur une île qui produit des points de victoire, est obligatoire de valider immédiatement un contrat (et un seul). Pour cela, il suffit de défausser les ressources indiquées dessus. On place ensuite le contrat rempli sur la première encoche libre de son plateau individuel, avant d’en révéler un autre. Cela rapporte un petit bonus immédiat, en général une ressource. Bien entendu, lorsqu’on pose sa carte sur une section de jour on ne peut valider qu’un contrat de jour, et inversement.



Mais comment gagne-t-on des ressources, me direz-vous ? C’est simple. En haut de chaque carte, il y a un chiffre entre 0 et 2. Cela indique le nombre de ressources de l’ile que l’on récupère à la pose. La carte de valeur 0 ne rapporte donc rien, par contre, elle fait avancer le jeu. Pour cela, on prend le dernier segment, on le retourne avant de le replacer tout en haut du plateau. Les cartes qu’ils y avaient dessus sont défaussées, et c’est à ce moment qu’on active la section de la carte placée tout en bas. Parfois cela permet de gagner des ressources, parfois des points de victoire et parfois rien du tout. Enfin, on avance l’aéronef d’une case afin qu’il reste toujours au milieu du plateau.


A la fin de son tour, on pioche une carte pour compléter sa main et c’est au joueur suivant. La partie dure donc toujours exactement 16 tours, pour une durée totale de 45 minutes explication des règles comprise.


En fin de partie, chacun compte ses étoiles. En plus de cela, chaque paire de contrat jour/nuit validée rapporte un bonus (1 point pour la première paire, 2 pour la deuxième, 3 pour la troisième et ainsi de suite), ainsi que chaque paire de ressources non utilisées qui rapporte un point également. Le comptage est donc simple et rapide.


Du grand Pearl Games


C’est d’ailleurs ce qui frappe, dans Solenia : tout est simple et logique, depuis la mise en place jusqu’au déroulement de la partie. On prend des ressources, on les utilise pour résoudre des contrats, cela rapporte des ressources bonus et ainsi de suite.


La formule est parfaite pour un public familial, y compris si vous comptez réunir des non-joueurs autour de la table. Il est aussi simple d’accès qu’un Kingdomino, mais possède une richesse stratégique sensiblement supérieure.


Ici, tout va dépendre de l’ordre dans lequel on joue ses cartes, et de la zone que l’on vise sur le plateau. Si on s’installe plutôt sur les cases situées en bas, il y a des chances que nos cartes soient éjectées du plateau assez vite. De nombreuses cartes donnent des ressources bonus lorsqu’elles sont enlevées, ce qui permet de « faire le plein » entre les tours et donc d’enchainer les contrats. Si l’on tient compte des bonus accordés pour chaque paire de contrat, il est tout-à-fait possible de gagner en ciblant principalement les petits contrats.



Par contre, Solenia est un pur jeu d’opportunisme. En pratique, il est en général assez difficile de planifier une action sur deux ou trois tours en se disant « le prochain tour je me pose là ». Le plateau est en effet très petit, surtout à 4 joueurs. Les emplacements dédiés à chaque ressource, ou à la résolution de contrats, sont rares et donc chers. Si tout le monde joue le même tour une carte avec un 0, le plateau va également quasiment repartir de zéro, ce qui va également fortement limiter les possibilités des uns et des autres.


Bref, à Solenia on se tire la bourre en permanence, et c’est parfois un peu frustrant. Surtout, au passage, quand on joue dernier. Lorsqu’on peut enfin poser sa carte, la plupart des emplacements intéressants sont déjà pris et il ne reste que les miettes.


D’autant qu’on ne peut stocker que 8 ressources. C’est peu surtout, quand on sait qu’il y a 4 types différents et que les plus gros contrats demandent jusqu’à 5 ressources.



Pour pallier à ce souci, il est nécessaire de passer sur les variantes évoluées livrées avec le jeu, Pour cela, rien de plus simple : tout le monde retourne son plateau individuel sur la face expert, puis on place 2 pouvoirs par joueur au centre de la table. Ils sont choisis à tour de rôle, en commençant par le dernier joueur histoire de rétablir l’équilibre.


Ces pouvoirs ont en gros deux finalités possible Certains vont offrir des conditions de victoire alternative, ce qui va forcer le joueur à orienter sa stratégie. D’autres vont faciliter la collecte de ressource, par exemple en permettant librement d’échanger une ressource contre un autre. Par contre, les plateaux ne permettent plus que de stoker 6 ressources. En contrepartie, les gains immédiats à la validation d’un contrat sont beaucoup plus importants. Il y a par exemple des mines, capables d’apporter une ressource d’un type donné à tous les tours.


Cela améliore considérablement l’expérience de jeu. On ne passe plus son temps à se battre pour la pierre, ou l’eau. On cherche plutôt à se spécialiser autour d’une ou ressources, et on farme les contrats qui vont avec. Tout l’art consiste à être le premier à les piquer, en le niveau de planification et d’anticipation augmente d’autant.



Pour finir, le jeu offre également un thème hyper immersif et bien intégré aux mécaniques. Le cycle du jour et de la nuit rythme la partie. Parfois on l’accélère, parce qu’on a trop de contrats de jour et pas assez de nuit, parfois on l’accélère parce qu’on a fait le plein de ressources et pas les autres.


Au final, le jeu est vraiment très agréable, sans défaut qui saute aux yeux. On peut, à la limite, s’interroger sur la rejouabilité puisque le schéma des parties est grosso-modo toujours le même. En pratique, mon groupe n’a pas eu le sentiment de tourner en rond sur une grosse dizaine de parties, réalisées en mode découverte comme en mode expert.


On peut aussi mentionner les différents pouvoirs de la variante expert dont l’équilibrage est douteux : certains semblent, sur nos différentes parties, nettement plus intéressants que d’autres. En pratique, les derniers joueurs seront souvent avantagés, ce qui n’est pas forcément un mal vu comme leur début de partie peut être difficile en partie de découverte.


Un dernier point sur le nombre de joueurs pour finir. Solenia est pensé pour être joué à 4, comme souvent, mais le jeu à 2 est vraiment agréable. Dans cette configuration, le titre est beaucoup moins frustrant : on se bloque moins, on peut plus facilement déployer son jeu sans se retrouver tout le temps en opposition avec son partenaire. Bref, c’est moins compétitif, et donc plus focalisé sur la meilleure manière de collecter du point.


Le mode solo est amusant une fois ou deux, surtout qu’il est court (une vingtaine de minutes environ) et bien troussé. Disons qu’il vous occupera sans problème un jour où le smartphone est en panne, mais qu’il ne justifie pas l’achat du jeu.

La conclusion de à propos du Jeu de société : Solenia [2018]

Gaetan G.
88

Solenia reprend tout ce que l'on attend d'un bon jeu familial : il est facile à installer, facile à expliquer et surtout facile à comprendre quel que soit le public assis autour de la table. A cela, Pearl Games ajoute un thème qui colle parfaitement à la mécanique, magnifié par une direction artistique impeccable.

Cerise sur le gâteau, l'éditeur a également ajouté des variantes évoluées. Celles-ci décuplent l'interêt du jeu sur le long terme, corrigent les petits défauts du mode de base et surtout offrent un surcroît de stratégie bienvenu. Le jeu devient un peu moins opportuniste et nettement plus calculatoire. De fait, et c'est assez rare pour être signalé, il est arrivé à convaincre des joueurs très occasionnels attirés par les visuels, mais aussi des core-gamers qui y ont trouvé suffisamment de matière pour se tirer la bourre.

Carton plein, donc ? Hélas, pas tout à fait... Le jeu pêche par quelques fautes de goût, comme la figurine de dirigeable qui fait tache au milieu du reste. Plus gênant, son principe est relativement répétitif (on collecte des ressources, on livre et bis repetita placent) ce qui peut interroger sur la rejouabilité. Néanmoins, le jeu est excellent et mérite son accueil enthousiaste. Vous pouvez craquer sans souci, n'hésitez pas une seconde à le tester si vous le voyez passer.

On a aimé

  • Visuellement magnifique
  • L'alternance du jour et de la nuit, un thème original très bien integré aux mécaniques
  • Un jeu familial, simple et abordable
  • Plaît aux joueurs occasionnels comme au core-gamers
  • Excellent à deux

On a moins bien aimé

  • La figurine de dirigeable fait cheap en comparaison du reste
  • Principe assez répétitif
  • En mode expert, tous les pouvoirs ne se valent pas. Les rageux vont rager !
  • Mode solo anecdotique

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