75.OOO pixels viennent d'être aspirés dans un trou noir !
Le futur sera peut-être différent mais sur cette planète nous vivons encore grâce à la publicité.
Astuce N°8 : Dans l'espace publicitaire, personne ne vous entend crier. Surtout si vous le bloquez.
On vous aime et nous vous souhaitons une bonne lecture. "Longue vie et prospérité !"
Voir la fiche Abandonnée [2007]
Abandonnée >

Abandonnée - Anecdotes

Film réalisé par Nacho Cerdà. Espagne


62

Notes de production de Abandonnée

  • Entretien avec le réalisateur NACHO CERDÁ

    Vous avez attendu longtemps avant de tourner votre premier long métrage. Pouvez-vous nous raconter ce qu’il s’est passé durant tout ce temps ? Après la sortie de Genesis en 1998, j’ai dû passer environ 4 ans à développer différents projets qui n’ont pas vu le jour du fait de problèmes budgétaires. Trouver le bon financement pour un film est une tâche longue et difficile, on va dire qu’il faut une moyenne de 2 ans entre la conception d’un film et le feu vert pour sa mise en production. Cela implique beaucoup de patience de la part du cinéaste. Heureusement, quand Abandonnée s’est monté chez Filmax Group, ils l’ont mis en chantier rapidement et le film est entré en production à l’été 2005. Les gens se demandent sans doute comment on survit pendant des périodes aussi longues, et en ce qui me concerne je peux dire que je me suis consacré à enseigner dans une école de cinéma à Barcelone, ce qui s’est révélé être une des expériences les plus gratifiantes de ma vie.
    La façon dont vous traitez le décor dans le film rappelle beaucoup les westerns, et le travail du chef-opérateur est impressionnant. Quelles consignes lui avez-vous donné et quelle était votre inspiration ? J’ai toujours été un fan de westerns depuis mon enfance. En fait, un des projets que je mentionnais auparavant, nommé Oblivion, était une sorte de ré-interprétation du genre dans un cadre moderne. Le sentiment d’isolation joue un rôle central dans Abandonnée : le personnage de Marie se retrouve coincé dans un immense enclos, un endroit éloigné où tout ce qui est étranger est considéré comme une menace. Je parle de la Russie, un pays aux antipodes de son milieu d’origine, capitaliste et américain. C’était important pour nous que l’on sente un environnement hostile autour d’elle, avec ce sentiment de menace qui gagne. C’est pourquoi j’ai opté pour le format Cinémascope (2.35 de ratio) afin de mettre en valeur cette solitude, plaçant le personnage loin de la caméra, et l’entourant d’une géographie menaçante.
    En ce qui concerne la façon de filmer, j’avais décidé dès le début de la rendre assez organique en utilisant beaucoup de caméra à l’épaule. J’ai voulu m’éloigner de mon précédent style visuel, qui aurait été trop statique et précieux pour ce type d’histoire. Néanmoins, le film devait commencer avec une jolie lumière et des images douces pour que le public se sente en sécurité, mais à mesure que le personnage découvre son passé, il fallait que le film change radicalement et déconstruise la réalité, manipule le temps et l’espace, devienne onirique à l’image de l’univers de Marie.
    Pour la fin, je suis revenu à un traitement très posé afin de boucler la boucle ; ce concept est d’ailleurs le thème du film. Xavi Gimenez, mon chef opérateur, a suggéré qu’on utilise des verts et des jaunes afin de se rapprocher de certains films russes contemporains. Il est certain que le travail de Tarkovsky nous a inspiré, mon équipe et moi. Un des scénaristes, Karim Hussain, est un immense fan de ce metteur en scène et il avait d’abord prévu que ce soit un Stalker version épouvante. J’ai trouvé que son concept ouvrait un nouveau champ d’expérimentation à ce genre de films et cela m’a aussitôt attiré en tant que réalisateur.
    Le personnage principal paraît être une enfant perdue, seule dans la forêt, et votre film ressemble à de nombreux égards à un conte de fée noir. Etes-vous d’accord ? Oui, complètement. Le film marche mieux quand on oublie les règles du genre. En fait, je voulais prendre toutes les conventions du genre et les retourner. Cette dimension onirique était essentielle pour que je puisse plonger le public dans l’esprit du personnage principal. Tout ce que l’on voit, c’est l’interprétation que fait Marie de la réalité. Elle a toujours vécu une vie d’emprunt, construit son propre monde et s’y est réfugié afin de ne pas affronter la réalité de son existence. Un constat assez ironique puisqu’il s’agit d’une productrice de cinéma, qui gagne sa vie avec les fantasmes des autres. Comme vous l’avez dit, il s’agit vraiment d’un conte de fée qui parle de l’inutilité d’aller contre son destin.
    Une des choses les plus effrayantes du film est la bande-son… Depuis mes courts métrages, je considère que le son est un outil de base pour créer la peur. Dans Aftermath, je dépeignais un monde fort peu différent de la réalité, mais on le percevait comme un exercice de genre : un film d’horreur, bien qu’il n’en était pas un techniquement parlant. Je pense que cela était dû à l’atmosphère sonore créée. Quand j’ai vu Lost Highway de David Lynch, j’ai compris combien on pouvait manipuler ou faire peur en utilisant le bon effet, voire la bonne fréquence. Le cinéma relève de l’hypnose et ce film en est une preuve.
    Quand des gens m’interrogent sur des éléments obscurs de l’intrigue dans Abandonnée, je me réfère toujours à la musique pour m’expliquer. Avec ce film, j’ai voulu créer une expérience sensorielle, à la fois sonore et visuelle, comme avec une musique qui vous transporte juste émotionnellement. Je ne me demande jamais si un morceau de musique veut dire quelque chose ou non, ou si les paroles suivent une logique particulière. On se laisse juste aller, en l’écoutant encore et encore, sachant pertinemment comment cela va finir à chaque fois, mais cela ne nous empêche pas d’en profiter totalement. Je pense qu’en tant que public, nous sommes parfois victimes de certaines conventions, qui limitent notre perception des voyages que le cinéma propose. Selon moi, ce n’est pas tant une question de "où nous allons", que de "comment nous y allons".
    Du coup, j’ai eu beaucoup de chance de travailler avec Glenn Freemantle et son équipe aux studios Pinewood, qui avaient déjà à leur actif des films tels que 28 jours plus tard et V pour Vendetta. Ils ont compris cette puissance et l’ont exploitée à fond, aidés de David Kristian, un très bon ami à moi, qui a créé les atmosphères sonores les plus perturbantes que j’ai jamais entendues. Il est arrivé avec une bande son très hypnotique qui a énormément contribué à créer ce sentiment d’horreur qui continue même une fois le film terminé.

Si vous avez aimé ce contenu, n'hésitez pas à le partager auprès de vos amis ou de vos proches.