"Le vaisseau léger d'exploration glissait silencieusement dans l'espace, sa silhouette évoquant immanquablement celle d'un rapace fondant sur sa proie..."
A travers ces nouvelles,
Emmanuel Guillot nous conte un futur où le voyage interplanétaire est devenu une réalité, où la nanotechnologie et l'innovation technique permettent de se déplacer parmi des créatures hostiles en pleine forêt et où les humains ont fort à faire avec les extra-terrestres Zayborgs.
L'exercice de la nouvelle est très difficile car il faut en quelques pages en une trame très dense et une intrigue suffisamment courte pour captiver l'attention du lecteur et faire passer une idée, à laquelle la chute doit suffisamment bien menée pour qu'elle laisse des traces. C'est pourquoi j'ai toujours du mal avec ce format, puisqu'il ne me laisse pas le temps de m'accoutumer à l'univers. Généralement chaque nouvelle que je lis est oubliée la semaine suivante.
L'exception apparaît lorsque toutes les nouvelles se situent dans le même cadre, s'attachant à la même civilisation ou le même univers avec, certes, des personnages différents mais se rapportant au même contexte général. J'aime que l'auteur décrive sa civilisation, sa société et le contexte socio-politique et technologique de chaque univers, pour avoir une idée de la vision de l'auteur.
Les nouvelles de
Lovecraft sont, par exemple, de ce genre car chaque nouvelle apporte sa pierre à l'édifice. Espace et spasmes heureusement a adopté ce format.
L'exercice est difficile, plus d'ailleurs que le roman, et pourtant cet auteur s'en sort avec honneur. Ce recueil est plaisant à lire dans la mesure où le style ne souffre d'aucune lourdeur et les dialogues paraissent très naturels, les personnages sont parfois attachants, comme ce Nathan pour qui le drame d'un attentat va le priver de sa femme dans la nouvelle
la chasse.
Cette nouvelle est d'ailleurs ma préférée car on touche à l'histoire tragique, une plongée vers l'enfer, lente et inéluctable.
L'auteur a aussi voulu explorer le space opera épique avec des batailles cosmiques très plaisantes à suivre dans
la confrontation, et qui sera la confrontation entre les Zayborgs et les Hommes.
Le reste des nouvelles est parfois inégal, notamment ce
désastre, moins heureux, qui m'a fait penser à l'humour -dont je ne suis pas un grand amateur- des moins bons volets de Vorkosigan de
Lois Mc Master Bujold, ou ces
explorateurs dignes de
Van Vogt. Néanmoins,
Emmanuel Guillot a le sens du spectacle et certaines intrigues sont beaucoup heureuses, comme
Marinopolis.
Ceci étant dit, ce format limite fortement l'imagination et le développement des histoires d'
Emmanuel Guillot, dont une partie des nouvelles aurait mérité un approfondissement, notamment au niveau des personnages. Mais, comme je l'ai dit, c'est le format qui veut cela.
A quand le roman ?