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Critique du Film : Bellflower
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Critique du Film : Bellflower

Avis critique rédigé par Jonathan C. le lundi 12 mars 2012 à 0317

recherche Mad Max désespérément

Bellflower poster

Avec l’hallucinant Detention de Joseph Kahn, autre teen movie déglingué et nihiliste au parfum de fin du monde (comme le Kaboom de Gregg Araki ou le Fatal Games de Michael Lehmann), Bellflower est le seul film potentiellement culte de la sélection 2011 du PIFFF, et il fut très justement récompensé par un jury unanime (Christophe Gans, Roger Avary, Lucile Hadzihalilovic et Jaume Balaguero) du Grand Prix, ce qui lui aura permis de sortir dans nos salles. Bellflower, c’est l’histoire de Woodrow (Evan Glodell) et Aiden (Tyler Dawson), deux jeunes hommes qui ne croient en rien d’autre qu’en la fin du monde, ce pourquoi ils s’y préparent en se fabriquant un lance-flammes et en boostant leur voiture façon « muscle car » pour créer leur Interceptor à eux. Mais leur rencontre avec deux filles (les très belles Jessie Wiseman et Rebekah Brandes) va contrecarrer leur plan. Sujet atypique pour film atypique.

Medusa

Réalisateur, acteur principal, scénariste (8 ans d’écriture !), monteur, producteur et bricoleur (c’est lui-même qui a fabriqué le lance-flamme !), le jeune Evan Glodell réalise une fascinante odyssée, teen movie détraqué et pré-apocalyptique qui évoque à la fois le cinéma australien et américain (Monte Hellman, Point Limite Zéro, Electra Glide in Blue…) des années 70, le spleen adolescent de Larry Clark ou même de Sofia Coppola, la folie juvénile, onirique et nihiliste à la Gregg Araki, et la légèreté tourmentée et complice (un coté film de potes) d'un John Hughes, tout en ne ressemblant à rien de ce qui a déjà été fait. Autant dire un film unique entre rêve et cauchemar, bijou d'une contre-culture ici magnifiée. Comment ne pas tomber amoureux d’un film qui semble lui-même amoureux de Mad Max 2 ?

En effet, tous les objectifs et les rêves des deux amis tournent autour de Mad Max, principalement les deux premiers : ils construisent leur Interceptor à eux (une superbe Buick Skylark de 1972 qu’ils baptisent Medusa), ils fabriquent un lance-flamme (la démonstration, réelle, est impressionnante), ils achètent une moto post-apocalyptique, et le film s’ouvre carrément sur une citation du Seigneur Humungus de Mad Max 2 ! Mais si Bellflower entretient un rapport très étroit, presque intime, avec son compatriote Mad Max, qui est une obsession pour les deux personnages, tel un délire d’adolescence, un rêve d’enfant et surtout un désir de liberté, le film d’Evan Glodell n’est pas un Mad Max.

Evan Glodell

Sans plagier les films de George Miller, Bellflower en reprend ainsi l’imagerie fétichiste et l’iconographie, les intégrant dans un contexte plus actuel, encore que cette ville semble complètement hors du temps. Les deux amis, aussi attachants que dégénérés, ont baignés dans la contre-culture et tentent ici de réaliser les fantasmes qui en découlent (recréer leur Mad Max, sortir avec de superbes filles, fuir…), en quête de domination et d'une liberté infinie, se créant leur guérilla au sein d'une conquête du monde à leur échelle. Afin de retrouver une place dans ce monde, les deux anarchistes voudraient « tout détruire pour mieux reconstruire », à l’image de leur héros Mad Max Rockatansky. Leur voiture Medusa, amenée à devenir culte, est selon Evan Glodell « comme une sorte de divinité pour les deux amis. C’est un objectif à atteindre : dès lors qu’ils parviennent à la construire, tout devient possible ». L’apocalypse est ici plus mentale que mondiale, puisque ces jeunes (incarnés avec finesse et émotion par cinq jeunes acteurs incroyables) vont peu à peu se désintégrer eux-mêmes. L'explosion a lieu dans les personnages, pas dans la ville, contrairement à ce que pourrait laisser penser l’affiche explosive. Bellflower n’est pas un film explosif, c’est un film implosif, hautement inflammable. S’y mêlent et se percutent les émotions les plus contradictoires, les ruptures de ton déchirantes, du rire aux larmes, de l’amour fou à la haine, de la plénitude au chaos, de la sérénité à l'oppression (la dernière partie est particulièrement tendue et anxiogène), des paisibles élans de romantisme aux accès de rage et de fureur.

Bellflower

C'est drôle (car il y a beaucoup d'humour, parfois bon enfant), triste, fulgurant et viscéral. Bellflower est un film entièrement bricolé avec une poignée de dollars, de la passion, de la patience, de l'implication et beaucoup d'imagination, comme si Evan Glodell l’avait fabriqué comme il a fabriqué son lance-flamme. Le jeune cinéaste bricole littéralement les émotions. Son film cabossé transpire la vie, il pulse le désir, il bouillonne intérieurement et établit une sensation de proximité unique avec le spectateur, comme si Evan Glodell s’y dévoilait à vif, en face-à-face. Filmant avec des objectifs spécifiques qu’il a lui-même élaboré et qui confèrent à l’image (floue, sale, saturée, imparfaite) une étrangeté insaisissable et surnaturelle, Evan Glodell décrit une complicité nostalgique, des romances déchirantes de justesse (ça sonne vrai et authentique), une sensualité palpable, une atmosphère crépusculaire et envoutante aux lumières orangées d'un Los Angeles incandescent et sur une bande-son envoutante (les morceaux vers la fin sont magnifiques, la Bland de Jonathan Keevil en dit long sur ce qu'il reste à la fin du film), un monde ou tout part en fumée (la conclusion des rêves et idéaux brisés renvoie à celle d'Easy Rider : « We blew it ») dans un dénouement fou et fantasmatique mais ou l’amitié survit malgré tout, contrairement à l’amour. Si le film semble aussi romantiquement désespéré et tourmenté, c’est parce que le jeune cinéaste a commencé à l’écrire à la suite d’une rupture amoureuse compliquée. Evan Glodell use ainsi de son film comme d’une thérapie et d’une catharsis, il s'y défoule puis tente de comprendre et d’y trouver le pardon à travers cette love story bipolaire et déchirante.

Jessie Wiseman

A l’écran, la science-fiction se manifeste peu, voire pas du tout. Rien n’indique un futur proche, seuls les bricolages des deux personnages semblent décalés dans cet univers bien réel, semblable à la vie tranquille d'une petite banlieue paumée. C’est une représentation SF minimaliste dans la tradition du cinéma australien (comme Mad Max, d’ailleurs). Elle est pourtant là, ancrée dans l’esprit des deux héros qui la transmettent au spectateur, telle une paranoïa contagieuse. On voit le monde à travers leurs yeux. Parce que les personnages croient si fermement à la fin du monde, on finit par en sentir l’odeur de cendres et de souffre. D’où cette atmosphère insaisissable de pré-apocalypse.

Derrière l’amateurisme apparent de la réalisation (mais le style est complètement dans l’esprit du film, qui ne fait jamais low-budget) se cache une maitrise narrative et esthétique stupéfiante pour un premier film, qui plus est fauché. Evan Glodell témoigne de chaque instant d'une énergie fébrile et exaltée. Il souffle sur ce tumultueux et novateur Bellflower un vent de liberté salvateur, jubilatoire, profondément mélancolique et émouvant.

Bellflower jaquette

La conclusion de

Ce fascinant teen movie pré-apocalyptique romantique, sensoriel, fiévreux, ardent, excitant, fou et volcanique ne se raconte pas : il se vit. Evan Glodell bricole, littéralement, un vrai film culte en puissance et dont le rapport étroit qu’il entretient avec Mad Max sert à souligner autant un sulfureux désir de destruction/reconstruction, de domination et de liberté qu’une contre-culture influente et salvatrice. A moins de s’y être ennuyé (il faut être prévenu : ça n’a rien d’un film d’action, de SF ou d’apocalypse et c'est très particulier), on en ressort troublé, planant et évasif, et avec cette impression rare de ne pas avoir déjà vu ça ailleurs.

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