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Critique du Film : Les Rongeurs de l'apocalypse
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Critique du Film : Les Rongeurs de l'apocalypse

Avis critique rédigé par Nicolas L. le samedi 28 janvier 2012 à 1627

Ce matin, un lapin… a tué un chasseur (air connu)

Vous l’ignoriez peut-être mais le lapin fait partie de ce que l’on nomme les espèces invasives, c'est-à-dire celles qui menacent l’équilibre écologique par une vitesse de prolifération exponentielle. Pour preuve, le cas de l’Australie, continent où le lapin ne fait face à aucun prédateur naturel. Introduit en 1859 par Thomas Austin, un amateur de la chasse au lapin de garenne, la vingtaine de spécimens, lâchée dans un environnement favorable à leur expansion,  a entrainé l’existence, moins de cinquante ans plus tard, d’une population de 600 millions de lapins, ravageant les récoltes et privant les autres espèces herbivores, comme les kangourous, de nourriture.  Aujourd’hui encore, au moment où l’on parle d’une population de plusieurs milliards de spécimens, l’Australie reste confrontée à ce problème qui met en danger son très fragile écosystème.

C’est en se basant sur ce phénomène grave, et en s’appuyant sur un roman de Russell Braddon (The Year of the Angry Rabbit) que les scénaristes Don Holliday et Gene R. Kearney (créateur des séries Kojak et Night Gallery) ont construit le scénario de Night of the Lepus, alias Les rongeurs de l’Apocalypse. Dans ce film de 1972, réalisé par William F. Claxton, un vieux briscard ayant une grande expérience dans les productions télévisuelles, les événements ne se déroulent pas en Australie mais en Arizona. Un environnement « western » familier pour le réalisateur, qui a passé de longues heures à filmer les séquences de Bonanza, La petite maison dans la prairie, Chaparral ou L’homme à la carabine. C’est dans cette région sauvage de l’ouest des Etats Unis que se sont établis Roy et Gerry Bennett, un  couple de scientifiques chargés d’étudier des lapins et trouver un sérum permettant de freiner une invasion en cours (inspiré d’un fait véridique, en Australie, de nombreux virus ont été inséminés aux populations de lapins, sans grand succès).

Malheureusement, la fille du scientifique laisse s’échapper un gentil spécimen de laboratoire. Le (chaud) lapin génétiquement modifié se met alors à culbuter toutes les lapines qu’ils croisent sur son chemin, entrainant la prolifération d’une population de lapins géants et… carnivores ! Bref, ce que n’avait pas osé faire Jack Arnoldavec son Tarantula!William F. Claxton l’assume. De simple thriller animalier, Les lapins de l’Apocalypse bascule alors dans l’horreur fiction avec des Bugs Bunny gros comme des véhicules  4x4. Non contents de chercher des carottes, les lapins mutants s’attaquent désormais aux cheptels des propriétaires de la région (chevaux et troupeaux de vaches) et finissent même par agresser les habitants du coin. Le couple de scientifiques, quand même un peu responsable de la situation ; le médecin local (What’s up, Doc ?) et le sheriff du comté s’allient alors pour essayer d’endiguer cette monstrueuse invasion.

Le problème le plus délicat à résoudre, pour William F. Claxton, était d’arriver à donner un air menaçant à des animaux considérés, à juste titre, comme des créatures inoffensives, voire des symboles de tendresse et de fragilité. Le moins que l’on puisse dire, c’est que le cinéaste n’y parvient pas. Il obtient même le résultat totalement inverse, transformant son film en un des nanars les plus réjouissants des années 70. En effet, passée une première demi-heure soporifique, au cours de laquelle nous sont présentés les principaux protagonistes, le film bascule dans un spectacle ridicule dont les effets n’ont rien à envier au plus désopilant épisode du Muppet’s Show.

Embourbé dans une réalisation à la technique défaillante, William F. Claxton tente maladroitement de donner un sens dramatique à son récit en usant d’instrument aussi ridicules que des figurants déguisés en lapins géants (l’attaque du corral est un grand moment de n’importe quoi), des inserts aux raccords calamiteux et des gros plans sur des têtes de lapins barbouillés de sauce tomate et d’improbables cadrages visant à masquer, en vain, la médiocrité des maquillages. Paumés dans une mise en scène approximative, les comédiens, face à la menace lagomorphe, se contentent de hurler en essayant de deviner le coté d’où vient la menace… et se trompent assez souvent. Les agressions sont toutes filmées en plan serré, cadrant une victime sur laquelle s’acharnent les pattes et les dents d’un lapin géant en peluche.

Bref, question effets spéciaux, le résultat est absolument calamiteux. Cependant, comme le film ne manque pas de séquences exposant ces monstrueux rongeurs, il arrive à rester divertissant. Voir en effet des dizaines de lapins géants se déplacer dans les rues de la petite ville ou dans les cours de ferme, envahir les maisons, est finalement un spectacle assez débile mais amusant. De plus, le final,  dans le pur style western, avec des braves citoyens exterminant des hordes de créatures à grand effets de winchester, de fusils à pompe et de dynamite, se révèle particulièrement énergique et amusant. Mention spéciale aux lapins qui, touchés par des impacts de balle, se  voient projetés en l’air, dans des passages au ralenti du plus bel effet.

A coté de son aspect nanar, l’autre intérêt des Rongeurs de l’Apocalypse (titre français génial !) se situe dans la nature de son casting, très luxueux. Dans le rôle du couple de scientifique, on trouve Stuart Whitman et Janet Leigh. Le premier connut une brillante carrière dans les années 50 et 60 dans le registre des westerns et des films de guerre (il a tourné pour Ken Annakin, Michael Curtiz, Richard Fleischer, William A.Wellman, Budd Boetticher, Don Siegel…) avant de s’orienter avec succès vers la télévision (avec notamment la célèbre série Cimarron) sans toutefois délaisser totalement le cinéma (les cinéphiles se souviennent surement de son rôle de shérif dans Le Crocodile de la mort).  Quand à la deuxième, ne retenir que son rôle dans le Psychose d’Alfred Hitchcock, c’est oublier que la mère de Jamie Lee Curtis affiche une prestigieuse filmographie, notamment dans le registre des films à costumes. Les voir s’égarer tous deux dans ce festival de n’importe quoi est un grand moment de bonheur.

Figurant aux cotés de ces deux stars, les amateurs pourront reconnaitre quelques autres valeurs sures des studios comme l’infatigable Rory Calhoun (qui a oublié sa géniale performance dans La rivière sans retour, le chef d’œuvre d’Otto Preminger ?). Il interprète ici un propriétaire terrain plein de ressource qui ne va pas hésiter à payer de sa personne pour freiner l’invasion  de lapins. DeForest Kelley, bien connu des fans de Star Trek, s’est grimé d’une moustache pour incarner le docteur du coin, sans vraiment changer de style de jeu. Enfin, c’est Paul Fix, très habitué à porter le colt à la ceinture, qui s’est vu confier le rôle du sheriff Cody.

La conclusion de

Avec ses effets spéciaux à base d’inserts animaliers demesurés Les rongeurs de l’Apocalypse peut évoquer les métrages SF de Bert I. Gordon. Mais en nettement moins réussi. En effet, s’il ne manque pas de métier, William F. Claxton est loin d’avoir dans le domaine des FX la même expérience que le réalisateur de Food of the Gods et Empire of the Ants et, au final, le métrage affiche un niveau technique assez misérable. Et comme le scénario ne brille guère plus, ce film n’est apte à intéresser que les amateurs de nanars et les cinéphiles curieux de voir de grands comédiens patauger dans la semoule.

Que faut-il en retenir ?

  • Un pur nanar, souvent très drôle
  • Un casting prestigieux

Que faut-il oublier ?

  • Un scénario peu novateur
  • Des monstres ridicules
  • Des effets spéciaux lamentables
  • Une réalisation sans relief

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