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Critique du Film : Gantz, au commencement
Gantz, au commencement >

Critique du Film : Gantz, au commencement

Avis critique rédigé par Nicolas L. le lundi 5 septembre 2011 à 1834

Homme-poireau, robot psychédélique et bouddhazilla

Kei Kurono et Samaru Kato sont morts de manière héroïque, écrasés par une rame de métro après avoir sauvé un homme ivre tombé du quai. Ou, du moins, ils auraient dû l’être. En effet, quand ils reprennent leurs esprits, ils se retrouvent en compagnie d’inconnus dans un lieu qui ne correspond guère aux idées générales que l’on se fait sur le paradis, le purgatoire ou l’enfer: un petit appartement vide de tout mobilier. Et dans la pièce principale, une étrange sphère métallique: Gantz...

Réalisé par Shinsuke Sato, Gantz, au commencement est le volet d’ouverture d’une trilogie basée sur le célèbre manga éponyme de Hiroya Oku (l’oeuvre a déjà l’honneur d’une adaptation, avec un anime produit par Studio Gonzo en 2004). Cet opus se pose donc principalement comme une véritable introduction à une mythologie sous multiples influences qui exploite des éléments cyberpunk, mystiques et horrifiques. Ainsi, le tout début du film, qui voit tous les principaux protagonistes se retrouver inexplicablement réunis au sein d’un même lieu, privés de tout échappatoire, dégage une sorte d’atmosphère à La Quatrieme Dimension qui n’est pas sans évoquer le travail de Vincenzo Natali sur Cube. Des regards apeurés, une sensation d’égarement, des individus privés de tout repère, hormis une Tour de Tokyo qui brille à travers la vitre d’une fenêtre que nul se songe à briser. Puis, rapidement, le cinéaste attire notre attention vers Gantz, cette mystérieuse sphère de métal noir qui, chaque nuit (ou chaque «semblant" de nuit), transforme de simples citoyens (décédés!) en chasseurs d’aliens revêtus de combinaisons high-tech et équipés d’armes extraordinaires.

Gantz débute de la meilleure des manières. Shinsuke Sato (Princess Blade) nous offre en effet une première demi-heure captivante, qui s’appuie sur un début d’intrigue bien ficelée et une réalisation aussi efficace que surprenante. Malicieux, au cours de cette longue mise en place, le cinéaste expose les enjeux immédiats (qui apparaissent, au premier regard, comme ceux d’un vulgaire jeu vidéo) mais il se garde bien de nous éclairer sur les tenants et les aboutissants de cette étrange histoire qui, on le devine, recèle bien des secrets. Cela aboutit à une entame vraiment intrigante qui glisse avec habileté des éléments spectaculaires, riches en superbes effets spéc iaux (la lente matérialisation d’une superbe Natsuna Watanabe dénudée dans la salle de Gantz), dans une trame fantastique pleine de suspense et de mystère.

Puis, durant tout le métrage, Shinsuke Sato continuer de jouer des incertitudes. Kei et Samaru sont-ils vraiment morts? Dans le coma? Sous hypnose? Font-ils partie d’un jeu virtuel au sein duquel leur vie est réellement mise en danger? Sont-ils les victimes d’un programme gouvernemental top secret qui les a transformés en chasseur d’extra-terrestres? Et qui est donc cet individu inconscient qui siège à l’intérieur du Gantz? Autant de questions sans réponse qui titillent notre curiosité, qui font que l’on s’accroche avec passion à la narration, espérant recueillir des indices dans chaque image, chaque plan, chaque révélation des protagonistes. Shinsuke Sako et le scénariste Yusuke Watanabe jouent avec les réalités, brouillent les pistes, nous chahutent (sans toutefois plonger dans le délire métaphysique) entre diverses réalités; celle du quotidien des personnages, qui nous laisse à penser (comme d’autres détails distillés tout au long du film) qu’ils font encore partie de notre monde, et celle des missions de nettoyage d’alien, qui choquent par le mélange de violence horrifique et d’humour ludique, à la manière du V-Cinema.

Mais Gantz est aussi, et surtout, un film d’action. Projeté dans un univers de violence, une sorte de dimension parallèle angoissante car privée de toute présence humaine, les «candidats» se voient contraints d’affronter des créatures redoutables; des «aliens», comme le dit Gantz. On se retrouve alors dans un environnement geek et vidéo-ludique (à chaque créature détruite, les personnages gagnent des points) extrêmement référentiel, souvent délirant (l’homme-poireau, le robot kitch) qui n’est pas sans rappeler celui de Sucker Punch. Cependant, le comparatif s’arrête là. En effet, contrairement à Zack Snyder, Sato n’oublie pas de se renouveler et ne sacrifie jamais l’ambiance au spectaculaire. Ainsi, lors de la première mission qui amène les personnages au coeur d’un quartier fantôme, l’on est autant impressionné par l’atmosphère angoissante (reposant sur une photographie bien travaillée et une ambiance sonore minimaliste) que par la nature surprenante de l’alien et la gigantesque explosion gore qui ponctue cette séquence.

Adhérant pleinement aux codes du V-Cinema, le film de Shinsuke Sato dénonce toutes les tendances du Japon moderne, faisant de ce métrage une sorte de démonstration de romantisme gore qui s’amuse à maltraiter les valeurs traditionnelles (comme les statues bouddhistes qui se transforment en monstre de kaiju eiga ou en machines à tuer). Ainsi, on retrouve ici aussi la démarche chère à des artistes comme Yoshihiro Nishimura qui est de construire ses films à partir des spécificités de la nouvelle société japonaise, et le mal-être de sa jeunesse. Visuellement, avec son budget confortable de 22 millions de dollars, Gantz assure également le spectacle, avec des images numériques d’excellente qualité, des chorégraphies de combats spectaculaires et des effets gore saisissants. Pourtant, malgré tous ces éloges, force est d’admettre que Gantz n’est pas un film totalement réussi, surtout si l’on se place du point des fans du seinen de Hiroya Oku.

En effet, il faut tout d’abord préciser que cette adaptation, si elle ne manque pas d’effets gore et de séquences de violence, est nettement plus sage que le manga. C’est un peu dénaturer une œuvre qui a bati une grande partie de sa réputation sur son aspect provocateur et irrévérencieux pour la sacrifier sur l’autel du grand public. Alors, certes, le récit comporte toujours un petit coté cynique qui n’est pas des plus déplaisants, mais la fanbase pourra s’offusquer de constater la disparition des éléments trashs et salaces. Ensuite, et là cela ne gênera pas que les initiés, on peut regretter que Yusuke Watanabe, le scénariste, est choisi de lisser le caractère des personnages principaux. Extrêmement antipathique dans la version manga, Kei devient juste ici un mec paumé un brin égoïste. Quand à Kato, de ridicule parangon de vertu, il voit son héroïsme un peu tempéré, ce qui atténue considérablement l’esprit cynique de l’oeuvre. A noter que Sato prend également soin d’alléger le coté macho du manga, avec une Kei Kishimato au look un peu moins « bimbo aux gros nibards » (elle est toutefois toujours une cruche). Force est de dire que ces choix sont regrettables, car à trop lisser ces personnages (même leur passé est plus commun), ils en deviennent transparents et banals, ce qui rend les séquences de la vie quotidienne complètement inintéressantes, voire ennuyeuses.

La conclusion de

Bonne série B de SF, Gantz est un film qui vaut le coup d’oeil, à la fois pour son scénario délirant, son atmosphère étrange et ses passages spectaculaires. Par contre, force est de dire que les fans du manga ressortiront déçus par le spectacle, nettement moins percutant qu’ils auraient pu l’espérer. En effet, c’est priver le métrage de l’un de ces principaux traits caractéristiques, à savoir son coté provocateur et outrancier. On peut également regretter une certaine superficialité dans le traitement des personnages.

Que faut-il en retenir ?

  • Une première demi-heure géniale
  • Un concept intéressant
  • Une atmosphère étrange
  • Visuellement réussi
  • De bons FX

Que faut-il oublier ?

  • Les fans seront déçus
  • Des personnages trop lisses

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