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Critique du film : Le livre d'Eli [2010], par Nicolas L.

Avis critique rédigé par Nicolas L. le samedi 18 septembre 2010 à 00h04

Parole de plomb

Dans une Amérique post-apocalyptique où l'humanité est retournée à la barbarie, Eli marche vers l'ouest, détenteur de l'une des pierres fondatrices de l'ancienne civilisation. Eli marche vers l'ouest, car il a une mission...

Réalisé par les frères Hughes sur un scénario de Gary Whitta, Le livre d'Eli nous transporte dans un futur sombre guerrier où les quelques survivants d'une apocalypse manquent d'eau potable mais possèdent à profusion des balles, du whisky et du carburant. Par son ambiance générée et entretenue, on se retrouve projeté dans un environnement à la Mad Max (et surtout la bande dessinée Jeremiah, d'Huppen Hermann), avec ses personnages couverts de poussières, ses sales gueules, ses gangs de brutes illettrées, ses saloons et ses putes, et ses communautés se pliant à la loi du plus fort. C'est au cœur de cet environnement évoquant les westerns spaghetti de Sergio Leone que vont se heurter deux personnages métaphoriques dont les méthodes et les objectifs apparaissent comme antithétiques mais qui, en fait, sont les incarnations de deux voies de reconstruction spirituelle. Reste à savoir laquelle va emprunter l'humanité, et si elle a bien pris note de ses errements passés.

Carnegie (Gary Oldman, en free style!) est ce que l'on peut appeler un entrepreneur privé. Rare survivant d'une époque révolue (la fin du monde a eu lieu il y a déjà 30 ans) dont il se fait l'incarnation, il est le seul dans la région à connaitre l'emplacement de sources d'eau potable, connaissance plus précieuses que n'importe quel trésor. Avec le temps, son sens des affaires lui a permit de monter une petite armée personnelle et de consolider une petite communauté qu'il dirige d'une poigne de fer. Mais pour mieux maitriser ses administrés et continuer son extension, Carnegie a besoin d'affirmer sa position de leader charismatique. Comme il a retenu la leçon des Anciens, il sait que rien ne vaut un "livre saint" pour soumettre le peuple à sa volonté, surtout si utilisé au sein d'une communauté d'ignorants. Problème, dans cet univers où le but premier de chaque individu est d'assurer sa subsistance, les livres, désormais inutiles, sont devenus des objets d'une grande rareté. Arrive alors en ville un voyageur. Il se nomme Eli et transporte dans ses bagages une Bible. L'occasion est trop belle pour Carnegie qui décide, devant le refus d'Eli de lui céder l'ouvrage, de lui arracher par la force. Mais ce porteur de bonne parole, ce convoyeur de foi, comme protégé par une force surnaturelle, se révèle indestructible et redoutable au combat. Carnegie va alors user de toutes ses forces, jusqu'à les rendre exsangue, pour s'emparer de cette Bible qui, par la puissance de ses mots, devrait lui permettre de reconstruire un pays selon ses visions réactionnaires.

L'autre personnage est donc Eli, Némésis de Carnegie. Interprété par un Denzel Washington à l'envergure mystique, Eli est un personnage étrange, le Jean le Baptiste d'un monde renaissant, à la fois Porteur de Lumière (il lit des passages de la Bible à qui veut bien les entendre) et Gardien du Temple car il refuse à quiconque le droit de poser la main sur le livre saint. Eli n'est pas un martyr, ni un prophète psychopompe, il ne se livre pas volontiers au supplice et ne prétend pas être le medium d'une quelconque démarche expiatoire. Il ne sait même pas pourquoi il doit marcher vers l'Ouest. Eli n'a pas entendu de voix alors qu'il gardait des moutons et aucun buisson ardent ne lui a jamais parlé mais il SAIT qu'il doit marcher vers l'ouest. C'est tout ce qui lui importe, c'est qu'il se doit de faire, même si pour cela il doit éliminer tous ceux qui se mettent en travers de sa route. C'est une évidence: Eli a la foi.

Le scénario, essentiellement construit autour du personnage d'Eli, se contente sur son point de vue, entretenant ainsi un certain mystère sur le but de sa mission. Une finalité qui est d'ailleurs à la fois surprenante et amusante et qui, via un twist ayant de fortes conséquences dans la teneur symbolique du récit, désamorce avec humour les reproches que l'on aurait pu adresser au film (à la fin du film, le Bible est déposée dans un rayonnage, entre d'autres ouvrages, regardez bien les titres de ceux-ci). Ce dénouement nous montre que Le livre d'Eli est une œuvre sur les portées humanistes de la foi en tant que puissant concept individuel. Le choix des réalisateurs d'avoir opté pour la Bible du roi Jacques, première traduction de textes sacrés en langage populaire, n'est bien entendu pas un hasard. Bien au contraire, l'incarnation du dogme, organisme déviant manipulateur de masses, c'est Carnegie. Et ce dernier se rendra douloureusement compte (à travers une amusante métaphore) que, sans adorateur, sans ouaille, il n'est rien d'autre qu'un pauvre aveugle égaré... comme tous les autres (la signification profonde de cette population atteinte de cécité peut prêter à débat).

Mais attention, malgré son aspect philosophique, Le livre d'Eli reste avant tout un film de SF post-apocalyptique au récit très simple, construit à partir d'une succession de séquences d'action. Le film se révèle donc très musclé, avec un léger aspect HK dû à la rapidité surnaturelle du héros. Le travail du duo de cinéastes est, là encore, assez intéressant car il repose sur une réalisation classique, dans la pure tradition western, mais reposant sur une imagerie SF très moderne. On a donc droit à la vision de scènes composées d'alternances de travelling en plans américains, pour les mises en situation des personnages, et de plans serrés accentuant les expressions de personnages aux traits déjà bien marqués. Oui, comme dans un film de Sergio Leone ou de Sergio Corbucci. A la différence près que le tout baigne dans une somptueuse photographie ténébreuse (on pense un peu à La route) jouant des ombres et des lumières, à la manière de Frank Miller. Puis il y a ces plans d'ensemble faisant apparaitre les anciennes constructions humaines comme autant de gigantesques vestiges cyclopéens au milieu desquels errent quelques vagabonds, minuscules résidus d'une ancienne et prétentieuse humanité, et qui entretient une ambiance sombre et désespérée. Certains crient au maniérisme gratuit, personnellement, je trouve le spectacle superbe.

Parlons maintenant, si vous le voulez bien, des choses qui fâchent. Posées dans cet univers grave et dépressif, théâtre d'une intrigue dramatique, certaines séquences peuvent étonner par leur légèreté, voire leur aspect "gaguesque". Cela démontre certainement une volonté des frangins Hughes de dédramatiser un récit mettant en jeu de délicats éléments narratifs, mais force est d'admettre que l'on est très surpris lorsque, dans un pur esprit cartoon, Carnegie fait sortir la très grosse artillerie pour déloger Eli et son amie d'une fragile maison en bois. Même constat concernant la scène où le vieux couple de cannibales sert au héros, avec la plus grande des politesses, le thé dans leur service de porcelaine. Intrinsèquement, ces passages ne sont pas mauvais (ils sont même, techniquement, très bien maitrisés, avec un excellent découpage rendant l'ensemble bien lisible et très intense) mais ils apparaissent, par leur traitement décontracté, comme étant un peu trop décalés vis à vis du sujet. Tout cela pose finalement un problème d'équilibre car on alterne sans cesse entre le post-nuke bien bourrin et la réflexion à portée messianique. Au final, on reste dans l'expectative concernant les intentions des frères Hughes et c'est un peu embêtant quand on aborde un thème aussi sensible que le religion. A trop ménager la chèvre et le chou...

Enfin, mis à part le fait que Le livre d'Eli pourrait très bien, par manque de prise de position dans son choix de traitement, être perçu comme une œuvre à la démarche plus prosélytique que véritablement spirituelle (je reste toutefois persuadé du contraire) l'un des principaux reproches que l'on pourrait faire au film est aussi sa mauvaise exploitation des personnages féminins, notamment Solara. Fruits d'un processus de  construction rigide, caricaturale et minimaliste, les trois femmes du Livre d'Eli apparaissent, surtout Solara (interprétée par Mila Kunis), comme de simples prétextes aux actes extrêmes d'Eli et de Carnegie. Le final, extrêmement iconique, accentue cette peu séduisante impression de conformisme primaire.

La conclusion de à propos du Film : Le livre d'Eli [2010]

Nicolas L.
60

Le Livre d'Eli est victime de son manque de clarté dans ses prises de positions. S'il est avant tout un spectaculaire film d'action post-nuke, il met en jeu tant d'éléments narratifs délicats (la foi, le dogme, la place de la femme dans la société, la justification de la violence) qu'il ne peut être simplement considéré comme une basique série B bien bourrine. C'est un peu comme si on avait affaire à un métrage se situant à mi-chemin entre Les Gladiateurs du Futur et Les Fils de l'Homme. Et c'est là que le bas blesse. A vouloir trop mêler ces deux aspects sans jamais justifier leur démarche (ni par les images, ni par le contenu dramatique), les frères Hughes ratent leurs cibles pour nous offrir un film certes intéressant visuellement mais exploitant de manière très confuse son capital spirituel.

Que faut-il en retenir ?

  • Une superbe photographie
  • Une ambiance post-nuke bien rendue
  • Des comédiens charismatiques
  • Belles chorégraphies

Que faut-il oublier ?

  • Une piste de réflexion mal explorée
  • Un sujet délicat, trop maladroitement abordé
  • Les rôles féminins
  • Gary Oldman, qui en fait des tonnes

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