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Critique de la Bande Dessinée : Shark

Avis critique rédigé par MRHA le samedi 13 septembre 2003 à 14:26

Shark

Shark
Ce qui est sympa quand on travaille sur un site comme celui-ci, c’est qu’on reçoit de temps en temps des bandes dessinées d’auteurs inconnus. Et franchement je ne connaissais pas Ptoma avant, pourtant il a déjà produit des albums - en noir et blanc - par le passé (« Nettoyage par le vide » et « Réminiscences » notamment), tous des polars et c’est ce premier opus des Equilibres Meurtriers (série qui en compte trois) qui va me permettre de rattraper mon retard.
Commençons bien par la couverture, en général on ne s’y attarde pas, mais là ça vaut le coup d’en parler un brin : Illustration intelligente (un visage masculin composé de corps féminins entrelacés, deux visages féminins de part et d’autre illustrant en gros le thème de la bande dessinée, une sorte de double dualité) et emballage résolument classe, ça nous change et c’est tout à l’honneur des éditions Emmanuel Proust qui mériteraient d’être plus connues au vu de leur travail plus qu’honorable en la matière.
Le récit commence plutôt bien, puisque nous avons à faire à deux humanoïdes bleutés au corps féminins qui commentent l’histoire, ainsi ils jouent en quelque sorte le rôle du commentaire au fil des cases (la voix off si on veut), mais tout en étant intégrés au récit. La première planche est ainsi axée uniquement sur ces deux personnages (fond noir), alors que la seconde élargit le champ à une scène de rue où nous embrayons directement sur les personnages d’Alex et de de Dalia. Une introduction rondement menée donc, qui trouve ici une certaine efficacité dans le contexte « polar » du récit, plongeant le lecteur directement dedans plutôt que de laisser un nombre de page plus ou moins conséquent pour lui présenter tout l’univers composé. A ce sujet on est tout de même étonné du manque de mise en situation graphique. Si on prend en comparaison le premier tome de la série « Polka » (polar futuriste blade-runner-ien également), on a plusieurs pages essentiellement centrées sur la découverte de la ville, ses menaces, ses engins volants etc. ici tout semble tout à fait contemporain jusqu’à ce qu’on voit une voiture volante à la page 17 (si on excepte la scène du bar qui laisse douter du contexte)… D’un coté le lecteur n’a pas besoin d’une introduction au monde si le travail de mise en situation expliqué plus haut s’avère efficace, mais de l’autre, sa curiosité peut sentir une légère frustration également. Toujours est-il que l’originalité de l’utilisation des deux humanoïdes demeure une excellente idée et que la mise en situation est par conséquent plus un choix qu’une possible lacune.
Le scénario s’articule autour du cheminement de trois entités : premièrement les agents Alex et Dalia qui mènent une enquête dans le plus pur style du Seven de Finsher (avec les détails bien morbides comme il faut), deuxièmement l’entité des meurtriers avec le personnage de Duffel et d’un humanoïde masculin et enfin l’entité des spectateurs/témoins avec les deux humanoïdes féminins dont on a parlé précédemment.
La première entité est connectée à la seconde via l’enquête, la seconde est connectée à la troisième via l’humanoïde et la troisième est connectée à la première via un événement qui concerne le personnage d’Alex à la fin de l’album (et dont la mise en place prend toute la longueur du récit).
C’est donc des dualités qui se croisent et s’entrecroisent, ce que nous est révélé d’une part dès la couverture et d’autre part par les personnages bleus (décidemment très mystérieux), en effet les deux humanoïdes spectateurs ont des yeux vairons (un œil vert et un rouge) alors que le mâle à lui les deux yeux verts. Il en sort un certain sentiment de fatalité qu’on retrouve également dans le mysticisme ambiant (voir une oppression de sentir nos chers protagonistes assujettis à ces étranges observateurs, comme si ils en étaient subordonnés malgré eux).
En toile de fond, l’enquête est donc ponctuée de références religieuses qui se concrétisent de plus en plus, au début on parle de cultes ésotériques (le meurtrier mange la glande spinale de ses victimes pour assimiler son âme semble-t-il), puis ensuite carrément de fanatisme chrétien (la croix, référence monothéiste), d’expiation des pêchés et d’autres douceurs de ce style.
Le travail de Ptoma au scénario est donc remarquable dans sa construction et sa rigueur, sans pour autant faire preuve d’une originalité folle, l’histoire peut sembler pourtant difficile à suivre pour certains lecteurs. Il faut également préciser que Shark, premier tome d’une trilogie, ne constitue qu’une introduction, les fils se tendent, commencent à se croiser dans les dernières pages mais n’aboutiront que dans les prochains albums… Ainsi beaucoup de questions restent en suspend : Quel est le mobile des assassins ? Une auto justice ? Un corps rédempteur d’une entité supérieure ? Une mainmise d’une espèce extra-terrestre (après tout ils sont bleus) ? Une sorte de Jugement Dernier où les pêcheurs (il est question de relations incestueuses à plusieurs reprises) seraient damnées, privés d’au-delà par l’ablation spinale qui fait suite aux meurtres ? Confrontation Anges (les humanoïdes femelles) versus Démons (l’humanoïde mâle et Duffel qui est peut-être son sous-fifre) sous fond de manipulation de l’Humanité (on apprend que les meurtres de ce type se font à l’échelle mondiale) ? La lecture de cette introduction donne donc envie d’en lire la suite, dans ce sens c’est mission réussie pour Ptoma.
Le passage à la couleur du dessin de Ptoma, avec l’aide de la coloriste Tanja Cinna, est assez spécial… Les lignes sont relativement épurées, on sent le passé noir et blanc de l’artiste (traits d’ombrage à la Comes), mais on peut regretter des décors un peu trop vides et des plages de couleurs trop larges par exemple, n’en tenons surtout pas grief à Ptoma, c’est un style qu’il semble entretenir et qui mérite considération, même si on aurait aimé un ton plus glauque. On passe à coté du simplisme du dessin de Damour dans Nash (encore que par moment les personnages ont des problèmes de proportions) sans pour autant aller dans la complexité créative d’un Moebius. Ptoma ne prend pas énormément de liberté dans son découpage (cases bien rectilignes), mais se trouve plus audacieux dans les compositions de planche (à voir la page 44, quasi-cinématographique), on reste dans la bande dessinée franco-belge à ce niveau, mais c’est le thème qui nous fait oublier les poncifs et les étiquettes du genre, en allant vers une BD plus adulte comme les grands pionniers des années 70 avaient su faire évoluer le Neuvième Art.

69

Au final, Shark est une introduction à une œuvre dont la portée nous échappe encore, au scénario construit et au dessin qui aurait gagné à être plus audacieux mais qui s’en tire tout de même avec les honneurs. A lire et surtout à découvrir.

Critique de publiée le 13 septembre 2003.

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