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Critique du Film : Le portrait de Dorian Gray
Le portrait de Dorian Gray >

Critique du Film : Le portrait de Dorian Gray

Avis critique rédigé par Nicolas L. le vendredi 15 janvier 2010 à 1723

Vision racoleuse d'un libertin immortel

Unique roman d'Oscar Wilde, Le Portrait de Dorian Gray est une œuvre magnifique de finesse et de complexité. A la fois peu flatteuse - mais lucide - introspection et ironique regard sur l'hypocrite société victorienne, ce récit, qui évoque tout à la fois Dr Jekyll et Mr Hyde, La Peau de chagrin et Faust, est en réalité une œuvre très personnelle, qui met en évidence les doutes et les inquiétudes de cet adepte du dandysme qu’était le célèbre auteur irlandais.

Cinématographiquement parlant, rares ont été les adaptations réussies de ce drame fantastique. La meilleure, à mon humble, avis, reste celle réalisée en 1945 par le peu prolixe - mais talentueux - Albert Lewin qui avait toutefois pris de nombreuses libertés dans la matérialisation de sa vision de l’œuvre. D’ailleurs, il faut aussi préciser que peu d'artistes ont tenté de récupérer intégralement, sans y ajouter ou retirer des éléments, le texte d'Oscar Wilde. Et cette nouvelle adaptation, mis en scène par Oliver Parker, n'échappe pas à la règle… tout en étant, à ce jour, l'une des plus fidèles qu’il m’ait été donné de voir.

Structurellement, Oliver Parker et le scénariste Toby Finlay ont effectué quelques changements. Ainsi, le meurtre de Basil n'est plus effacé par Dorian et l’alchimiste mais par l'assassin seul, qui jette dans la Tamise le corps de son ancien ami... coupé en petit morceaux! Petit changement également dans la mise en forme de la séparation entre Sybil et Dorian. Ce n'est plus la piètre performance théâtrale (et la honte ressentie) qui pousse Dorian à rompre avec la jeune actrice mais l'influence méphitique d'Harry qui de « prophète » hédoniste se transforme en une sorte de Méphistophélès un brin excessif. Autre détail important, dans le film, Harry ne découvre pas l'existence (et la troublante beauté) de Dorian Gray via le tableau de Basil mais en le rencontrant dans une soirée mondaine. Le premier contact se fait donc charnellement ce qui prive le récit de toute la démarche "mystique" de lord Henry. Disparu, aussi, le fameux livre "empoisonné" (A Rebours, de Huysmans) prêté par lord Henry à Dorian et qui va fortement influencer les actes du jeune éphèbe. Enfin, notons que le récit s'achève d'une manière nettement plus spectaculaire que dans le roman.

En fait, c'est ce style de traitement excessif qui m'a le plus gêné. Harry, par exemple, qui préconise le nouvel hédonisme dans l'œuvre d'Oscar Wilde se retrouve ici transformé en une mauvaise conscience qui prône non seulement le plaisir et la libre expression des ses pulsions ("Le seul moyen de se délivrer de la tentation, c'est d'y céder" dit-il à Dorian dans le roman) mais qui est également cruel et fourbe, incarné par un comédien laissant apparaitre une expression machiavélique à chaque fois qu'il observe Dorian se vautrer dans la luxure.

Même constat en ce qui concerne le héros, métamorphosé en un obsédé sexuel manipulateur, vicieux, avec un comportement évoquant parfois celui d'un psychopathe lubrique. C'est parfois consternant, d'autant plus qu'il entraine d’un seul regard tout son proche entourage dans des orgies aux allures de partouzes privées de tout tabou (j'ai même pensé au Society de Brian Yuzna, c'est dire...). Dans le registre gourou sexuel aux pouvoirs quasi hypnotiques, Aleister Crowley n'aurait pas fait mieux que ce personnage qui finit par devenir fortement antipathique et caricatural. Seul point positif, l'introduction de l'homosexualité, qui avait été prudemment gommée des précédentes adaptations.

En fait, le personnage collant le plus à l'esprit du roman est Basil, le peintre. Et finalement, c'est celui qui apparait comme étant construit de la manière la plus subtile, la plus ambigüe. La séquence où Dorian l'embrasse est d'ailleurs excellemment réussie, non pas par l'attitude du personnage principal mais par la réaction de Basil, pleine de retenue et de trouble, un comportement évoquant de la meilleure des manières l’émoi qui le submerge.

Evidemment, cette adaptation gagne en "efficacité" ce qu'elle perd en subtilité. Oliver Parker n'hésite pas à aller assez loin dans le séquences choquantes pour mettre en évidence les mœurs délurés de Dorian Gray, amenant même le personnage dans des expériences BDSM  ou se mêlent jouissance et souffrance. La philosophie cède ainsi la place à la simple démonstration sensuelle, faite de plans racoleurs (assez pudiques) sur des parties fines que n'auraient pas reniées le marquis de Sade et Sacher-Masoch. Et c'est là que l'on arrive à causer du fantastique. Car dans cette version, le tableau est bien plus que le reflet du flétrissement de l'âme et du corps de Dorian Gray. Plus qu'une éponge psychique, le tableau absorbe aussi les dommages physiques endurés par Dorian Gray au cours de ses expériences extrêmes, le transformant en un être invulnérable. Le tableau acquiert même sa propre identité, habité par le double démoniaque de Dorian Gray. Par contre, à coté de ça, j'ai été surpris par la manière de déculpabiliser un peu Dorian Gray en introduisant dans le récit une enfance douloureuse. Une circonstance atténuante qui s'ajoute au fait qu'Harry joue ici un rôle bien plus important que celui de simple initiateur. Personnellement, j’aurai préféré avoir affaire à un Dorian Gray plus responsable de ses actes.

Cependant, si l’on fait fi de ces défauts - qui ne seront relevés que par les spectateurs ayant lu ou gardé en mémoire le roman -, force est d’admettre que le cinéaste ne s’en sort pas trop mal même si il a un peu trop tendance à ménager la chèvre et le chou, notamment en jetant un voile pudique sur les galipettes de Dorian par des assez ridicules flous artistiques. La réalisation, très classique, est bien maitrisée et exploite avec élégance de jolis costumes et décors. Le récit se laisse suivre sans déplaisir et Oliver Parker fait même souvent preuve de finesse dans la mise en place des différentes étapes de cette histoire. Par exemple, l’ellipse représentant la période où Dorian s’absente pour un long voyage autour du monde, est discrètement illustrée par des automobiles remplaçant des fiacres au sein des mêmes plans, dans les rues de Londres. Il est dommage que dans le final, le réalisateur cède au spectaculaire, avec une séquence horrifique Grand-Guignol plombée par des effets numériques vraiment médiocres.

Autre aspect positif : la bonne tenue de l’interprétation. En effet, la présence d’un casting de qualité amène au récit réalisme et élégance théatrale. Parmi les acteurs les plus en vue, il y a bien entendu Ben Barnes, parfait dans le rôle titre. On peut même dire qu’il évite au film de sombrer dans le vulgaire thriller érotique grâce à la finesse de ses traits et de son jeu. Il correspond tout à fait, d’ailleurs, à l’idée que je me faisais du personnage en lisant le roman d’Oscar Wilde. A ses cotés, on trouve les très talentueux Colin Firth et Ben Chaplin. Deux comédiens chevronnés qui parviennent, malgré la difficulté de leurs rôles et l’imperfection de leurs personnages (surtout Colin Firth, avec un lord Henry un peu trop caricatural), à tirer leurs marrons du feu. Quand aux rôles féminins, vu le contexte dans lequel est bâti le récit, ils ont nettement moins d’importance. Quelques comédiennes retiennent cependant l’attention de par leur prestance, comme Maryam d'Abo et Emilia Fox. Bref, un niveau d’interprétation de tout premier ordre qui tire le récit vers le haut.

La conclusion de

Bien que privé que de la finesse et de la complexité de l’œuvre originale, Dorian Gray est un film qui se laisse voir sans peine. En effet, même si le puriste va regretter que le chef d’œuvre d’Oscar Wilde se trouve réduit ici à un efficace mais assez grossier thriller fantastique teinté d’érotisme, force est d’admettre que la réalisation et l’interprétation sont de qualité. Seul gros point noir : le final, graphiquement excessif et techniquement raté.

Que faut-il en retenir ?

  • Réalisation de qualité Jolies décors et costumes
  • Interprétation générale sans faille
  • Un récit agréable à suivre

Que faut-il oublier ?

  • Le corps d’Oscar Wilde sans son esprit
  • Lord Henry, transformé en Méphistophélès
  • Un final raté

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