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Critique du Film : L'Orphelinat
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Critique du Film : L'Orphelinat

Avis critique rédigé par Vincent L. le vendredi 21 mars 2008 à 0947

Une relative déception...

Nouvelle production ibérique à s'exporter dans notre pays, L'Orphelinat, précédé de bonnes critiques et auréolé de nombreuses récompenses, est la confirmation que le cinéma fantastique espagnol commence à trouver son public en France. Si ses nombreux prédécesseurs furent de grands succès critiques mais de piètres succès commerciaux (Ouvre les yeux ou L'échine du diable notamment), ils réussirent tout de même à ouvrir la voie et à faire découvrir au grand public un cinéma fin, intelligent et posé, loin de l'image kitchissime qui avait en son temps été exporté par Jesus Franco et ses pairs.
Aujourd'hui, le cinéma fantastique espagnol a gagné sa crédibilité vis à vis du grand public, et traine désormais dans son sillage cette flatteuse réputation d'être un cinéma de grande qualité. Produit par l'un des réalisateurs les plus médiatisés de cette vague, Guillermo Del Toro, L'Orphelinat, malgré son absence de stars au générique et son réalisateur inconnu, a eu le mérite d'être acheté par les grands circuits de distribution, doublé en Français, et ainsi sortir du carcan "arts & essais" où les autres productions hispaniques étaient normalement cantonnés. Si ceci est en soi une très bonne nouvelle, il est malheureusement dommage que ce ne soit qu'un film mineur qui puisse en profiter.


Non pas que L'Orphelinat soit un mauvais film, loin de là, simplement son histoire, d'un classicisme redoutable, n'est finalement qu'un condensé de ce que l'on a déjà pu voir dans d'autres productions. Une petite touche de L'échine du diable, une petite pincée de Les autres, le tout saupoudré de Poltergeist et de Hypnose et, pour peu que vous ayez vu ces quelques productions, vous serez constamment en terrain connu.
Aucune surprise donc dans le déroulement de l'histoire, d'autant que le scénario, relativement bancal, enchaine un certain nombre d'incohérences ainsi qu'une mauvaise gestion du temps de l'histoire. S'étalant sur presque neuf mois, on se demande souvent à quoi peuvent penser les personnages principaux, d'autant que le spectateur a rapidement compris comment aller jusqu'à "la clef de l'énigme".
Enfin, pour bien enfoncer le clou, la fin du film, s'étalant un peu trop en longueur, ne nous offre qu'un épilogue dégoulinant d'optimisme et de bons sentiments. Quelque peu grotesque, elle ne fait que désamorcer toute cette tension dramatique qui s'était jusque là installée. Amputé de ses cinq dernières minutes, L'Orphelinat n'en aurait été que bien meilleur.

Un scénario indigent sur une histoire on ne peu plus convenue donc, mais qui n'offre pourtant pas le film médiocre qu'il aurait pu générer. En effet, derrière la caméra, Juan Antonio Bayona réalise un premier long-métrage maitrisé de bout en bout. Si l'on excepte les quelques effets "chocs" sans aucun intérêt qui ponctuent le film par-ci par-là, force est de reconnaitre que l'Orphelinat sort des sentiers battus par les productions du même acabit. Sa mise en scène raffinée, qui ne se concentre pas uniquement sur les fantômes pour, souvent, se focaliser sur un drame plus "terre à terre", donne au film une grande puissance dramatique. Chose absolument étonnante : cette puissance dramatique distillée pendant tout le film n'est même pas désamorcée par les quelques petites touches d'humour reparties sur l'ensemble du long-métrage. Conscient du ridicule de certaines situations, Bayona s'assume. Mais lorsque l'on rit devant L'Orphelinat, cela ne se fait jamais au détriment de la tension dramatique.
De plus, le petit cachet espagnol nous offre un style éloigné des productions américaines basiques : on est ici soulagé que les fantômes soient interprétés par de vrais acteurs et non pas numérisés en images de synthèse, on est également heureux qu'ils n'aient pas de cheveux gras placés devant leurs visages. Aidés en cela par une très belle photographie, leur aspect naturel ne les rend que plus flippants. Tout juste pourra t'on regretter un aspect trop convenu au niveau des décors qui, à ce niveau également, rappelle trop de films.
Enfin, la qualité générale d'interprétation hisse le film à un tout autre niveau. Ici nous avons le droit à une héroïne quarantenaire qui ne ressemble pas à une poupée Barbie liftée et bien lisse. Belen Rueda offre ainsi au rôle principal tout son charisme et son expérience, transmettant ses émotions au spectateur de manière quasi-naturelle, sans user de pathos inutile. A ses côtés, l'ensemble du casting donne le meilleur de lui-même, de Fernando Cayo, parfait en père cartésien, à Géraldine Chaplin, absolument savoureuse en médium.

La conclusion de

Réalisation stylisée et efficace, interprétation de qualité, techniquement irréprochable, il ne manquait à L'Orphelinat qu'une histoire originale et un scénario débuggué pour accéder au rang de grand film fantastique. Tel quel, il reste quand même sympathique, permettant essentiellement de mettre à la portée du grand public une culture espagnole du film fantastique encore inconnue chez nous. Pas désagréable, mais décevant à plus d'un titre...

Que faut-il en retenir ?

  • Une très bonne réalisation,
  • Une interprétation de qualité,
  • Techniquement bien fait.

Que faut-il oublier ?

  • Une histoire classique voire bateau,
  • Un scénario alignant un certain nombre d'incohérences,
  • Une fin dégoulinante de bon sentiments.

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