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Critique du Film : American Gothic
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Critique du Film : American Gothic

Avis critique rédigé par Nicolas L. le vendredi 21 décembre 2007 à 1254

Psycho Island

Lorsque, le moteur connaissant des ratés, un groupe de gens doit poser son hydravion dans une petite crique isolée, ses membres ne doutent pas encore qu’ils vivent là les dernières heures de leur existence. Coincés sur cette île, ils vont en effet tomber nez à nez avec une étrange famille qui a une conception bien peu orthodoxe du sens de l’hospitalité.
Bon, annoncé comme cela, American Gothic n’attire guère l’attention, tant son pitch – mixage de Survivance et de Massacre à la Tronçonneuse - est commun à bon nombre de survival. Mais il serait dommage de passer à coté de cette petite série B en se fiant uniquement à cette courte description. Il est vrai que ce film met en scène le banal déchainement sadique d’une famille de dégénérés sur des jeunes en villégiature, mais tout est fait d’une manière suffisamment personnelle pour qu’il puisse être sorti du lot.


Tout d’abord, il faut savoir que le réalisateur d’American Gothic est John Hough. En 1988, date de la sortie de ce film, il a déjà à son actif bon nombre de séries B et si certaines sont cruellement ratées (comme Hurlements 2, un véritable désastre), d’autres présentent de nombreuses qualités. Ce cinéaste, issu du département « live » des studios Disney n’est en effet guère à l’aise lorsqu’il s’agit de retranscrire efficacement en image un cinéma punchy et moderne dans le pur style B-movie ‘ 80, mais, inversement, il est assez doué pour mettre en place des ambiances inquiétantes et mystérieuses, sans effets chocs ni flot d’hémoglobine.
Pour ce faire, John Hough met souvent en avant l’hermétisme et l’hostilité de l’environnement, comme celui d’une petite communauté rurale, d’un lieu isolé ou, comme c’est le cas ici et dans Les Yeux de la Forêt – son meilleur film -, d’une forêt. Cela a pour principal conséquence d’ajouter du poids à la sensation de malaise et d’oppression issue de l’apparente vulnérabilité des personnages. Là encore, la technique fonctionne ; minimalisé par la mainmise des bois environnant, ce petit groupe de jeunes gens apparaît comme cruellement fragile, à la merci de n’importe quel évènement dramatique.

Cet évènement, il ne va pas tarder à surgir. Au cours de l’exploration de l’île, les jeunes découvrent une maison isolée. Après avoir pénétré à l’intérieur, ils vont être surpris par les propriétaires des lieux, un vieux couple un peu « rétro » qui va les inviter à séjourner chez eux pour la nuit. Malgré de gros problèmes narratifs (les jeunes gens ne pensent même pas à prévenir celui qui est resté au camp !), la tension commence alors à monter progressivement et efficacement, au fur et à mesure des révélations, même s’il apparaît très rapidement que ce vieux couple et leurs trois enfants dégénérés sont excessivement dangereux.
De manière classique, un par un, les jeunes gens vont alors tomber sous les coups de ces malades. Les meurtres ne sont guère explicites ni très effrayants, mais l’atmosphère reste bien tendue, ce qui est finalement le plus important. A la manière d’un jeu morbide, à chaque séquence mettant en scène l’un des jeunes discutant en aparté avec l’un des membres de la famille, on redoute qu’il se fasse sauvagement assassiné. Seule la fragile et dépressive Cynthia, qui a été prise en affection par Fanny - la fille du vieux couple qui chérit comme son fils un bébé momifié - se verra épargnée et, mieux, adoptée par cette « freaky family ». Un élément du scénario qui permet d’ailleurs à John Hough de nous offrir un twist final horrifique assez sympathique.

Dans les principaux rôles, on a le plaisir de voir à l’écran deux grands comédiens du cinéma américain ; Rod Steiger et Yvonne de Carlo. Désormais sexagénaires, ces deux stars interprètent les deux parents de cette famille réactionnaire et complètement barge. L’efficacité du film doit beaucoup à la qualité de leur prestation, qui évite tout cabotinage et faute de goût. Rod Steiger joue Pa, un homme lugubre, excessivement pieu, qui montre dés la première rencontre un aspect antipathique, voire hostile. Yvonne de Carlo dans la peau de Ma, est nettement plus contenue. Elle ne désapprouve jamais Pa mais démontre une certaine joie à rencontrer des jeunes gens. Ce n’est qu’à travers certains petits comportements excentriques et ridicules que l’on peut deviner qu’elle est encore plus folle que son mari.
Quand aux trois enfants, c’est la foire aux monstres : Teddy, un gros bébé de 120 kilos au profil trisomique et porté sur la bagatelle ; Woody, un petit bonhomme inquiétant, boudeur et terriblement puéril et Fanny, une quadra vêtue comme une des filles Ingals et qui joue à la poupée avec un vieux cadavre de bébé desséché. Un peu « too much » dans le style maboul, il faut bien l’admettre, mais la pilule parvient à passer car John Hough entretient en permanence un humour noir qui, certes, dédramatise un peu l’ensemble mais évite au film de sombrer dans le ridicule.

La conclusion de

American Gothic ne révolutionne certainement pas le genre mais il mérite certainement que l’on y jette un œil. John Hough, qui est un bon faiseur de films d’atmosphère, réussit ici son pari de construire une œuvre basée sur l’ambiance et non pas sur une débauche d’effets. Ainsi, à grand renfort d’humour noir et aidé par un casting de qualité, il nous offre une bonne série B de facture très classique mais jamais ennuyante. Une œuvre trop rare à découvrir…

Que faut-il en retenir ?

  • Une réalisation efficace
  • Bonne atmosphère inquiétante, un humour noir efficace
  • Interprétation de qualité
  • Un twist final sympathique

Que faut-il oublier ?

  • Un scénario dans l’ensemble très prévisible et guère original
  • Quelques petites erreurs narratives
  • Parfois un peu « too much »

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