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The Wicker Man >

Critique du Film : The Wicker Man

Avis critique rédigé par Nicolas L. le mardi 27 mars 2007 à 15:39

De quoi vous filer le bourdon

Traumatisé après avoir assisté à un terrible accident, l’agent de police Edward Malus récupère d’un repos bien mérité lorsqu’il reçoit un inattendu courrier. Envoyée par son ex-fiancée, la lettre le convie à se rendre sur l’île de Summerisles, au large de l’état de Washington, afin d’enquêter sur la présumée disparition d’une enfant…
The Wicker Man (littéralement L’Homme d’osier) est un véritable petit bijou du cinéma fantastique britannique. Réalisé en 1973 par Robin Hardy, documentaliste et génial touche-à-tout, ce film racontait de manière originale les mésaventures d’un agent de police puritain confronté aux mœurs plus qu’étranges d’une population insulaire. Film injustement méconnu (à part d’une poignée de cinéphiles), The Wicker Man plonge le spectateur dans une ambiance étrange, envoûtante, issue d’un scénario sulfureux de d'Anthony Shaffer et magnifiée par une photographie vaporeuse, une Britt Ekland d’un magnétisme animal, un Christopher Lee sidérant et une musique hypnotique du duo Lodstone-Paul Giovanni (vous pouvez lire la chronique ici).


Que reste-t-il de tout cela dans la version 2006, adaptée et réalisée par Neil LaBute, un amuseur estimé mais guère expérimenté dans le domaine du thriller? Pas grand-chose de valable, je dois dire. Une dure sentence ? Peut-être. Mais j’insiste sur le fait que le cinéaste a généreusement fourni le bâton pour se faire battre en supprimant de son métrage tous les aspects qui faisaient la force de l’œuvre originale.
Qu’il crée un lien entre le policier et l’une des résidentes de l’île, passe encore (ici, l'eternel malheureux Nicolas Cage remplace le débonnaire Edward Woodward). Qu’il introduise un trauma complètement inutile en début de métrage (qui va entraîner quelques séquences cauchemars purement tape-à-l’œil), pourquoi pas ? Qu’il change la situation géographique de Summerisles, qui, du large de l’Ecosse, se retrouve, près de la cote Ouest des Etats-Unis, pas de soucis. Tout cela reste dans le domaine du détail sans importance. Mais pour le reste, on est dans le n’importe quoi.

A croire que le cinéaste n’a rien pigé au film original. Un film dont la construction scénaristique se bâtit tout autour de la sensation obsessionnelle qu’est la Tentation (on sort à peine de la révolution sexuelle, ne l’oublions pas). Une vision sur cet aspect psychologique majeur représentée par la lutte intense d’un homme pris dans le corset de ses convictions religieuses. Un homme qui se voit soudainement confronté, en dehors de son milieu naturel, à l’appel de la chair et à une violente montée de ses pulsions sexuelles. Tout, sur la Summerisles de Hardy, est lié au culte de la nature, et par là même, à l’adoration de la pratique amoureuse et de l’accouplement (le choix de la culture celtique et wicca n’est donc pas un hasard, car crédibilisant les faits les plus incongrus, comme ces jeunes filles nues sautant au-dessus d’un feu). On ne s’étonne donc guère lorsque, pénétrant dans une salle de classe, le sujet de discussion tourne autour de la symbolique du phallus. Seul le policier s’en offusque, devenant de lui-même la personne anormale en ces lieux.
En supprimant pudiquement cet aspect (trouve-t-il le débat désuet ?), Neil LaBute fait fausse route. Dans le nouveau contexte mis en place, la scène de l’école de classe devient ridicule et fait passer les habitants de l’île pour de véritables freaks. Même raisonnement avec le changement d’orientation culturelle des habitants de Summerisles. En créant cette société matriarcale reposant sur l’adhésion de cultistes fanatiques adorateurs d’abeilles, le cinéaste prend à 180° l’idée première de Wicker Man, avec son récit magnifiant, comme il se doit dans la tradition wicca, la féminité et la fécondité. Pour le coup, cette communauté qui, dans le film de 1973, semblait faussement plus excentrique et pacifique que dangereuse (ce qui contribue à amplifier l’impact du twist final) se retrouve transformée en une bande d’amazones homophobes. On n’éprouve aucune sympathie pour elles et l’on n’est nullement surpris de leur attitude criminelle dans le dénouement.

J’avoue que je ne comprends pas la démarche, d’autant que cela entraîne le réalisateur sur des sentiers narratifs balisés. Le récit devient douloureusement prévisible. Et Neil LaBute n’a donc plus choix s’il veut surprendre le spectateur. Il doit y introduire des effets, même s’ils sont gratuits. C’est le cas avec la présence de plans ballots (sensés faire monter la pression) et de séquences inutiles et spectaculaires. L’allergie aux abeilles, la visite de la grange, la visite du caveau, etc. Autant de scènes qui ne font pas du tout avancer l’intrigue, et qui sont autant de filouterie pour tenter de donner un minimum de climax au film. Peine perdue….
Privé de sensations catharsiques (ou au pire, de sympathie) envers cette communauté de malades sexistes et arriérés, le spectateur aborde donc la derrière partie avec une absence totale d’implication. Cette implication indispensable pour éviter d’exploser de rire devant les festivités archaïques des adeptes de cette secte étrange (qui se déclare au cours du film d’origine celtique) et peu crédible. L’excentrisme inquiétant du premier film cède la place au ridicule, un pastiche de carnaval.

Au niveau de la distribution, Neil LaBute a cherché ce qu’il y a de mieux. Il dispose donc d’une belle brochette d’actrices de talent… aux capacités sous-exploitées. Pas la peine de prendre des Leelee Sobieski ou des Molly Parker (la géniale Alma de Deadwood) si c’est, l’une pour lui faire accomplir un pugilat de bar, et l’autre réciter trois mots. Quand à l’oscarisée Ellen Burstyn, elle ne parvient pas à nous faire oublier dans la peau de la grande prêtresse le châtelain distingué Christopher Lee. La faute à un scénario qui la confine trop dans un rôle de sorcière en chef (le plan ou elle est assise sur son lit, les bras en croix drapés de soie qui apparaissent comme des ailes, avec assise de chaque coté du lit une adepte lascive, est franchement ridicule)
Les deux acteurs principaux sont Kate Beahan et Nicolas Cage. Je vais être galant et commencer par la belle australienne. Elle interprète Willow, un personnage complètement différent de la première version, puisqu’elle passe du statut d’initiatrice sexuelle à celui d’ex-fiancée et mère célibataire. C’est le personnage qui a été le plus retravaillé, et il n’y a guère gagné en intérêt. Il n’y a cependant rien à reprocher à l’actrice qui se trouve être plutôt convaincante. Puis, parlons enfin de Môôssieur Droopy Coppola ; Nicolas Cage himself. Et bien, figurez-vous qu’il est tout ce qu’il y a de plus crédible. Il faut dire que l’air de chien battu qu’il affiche en permanence dans ses films colle parfaitement au rôle. Le personnage du flic apparaît pour le coup un peu moins stoïque que le policeman britannique (normal, me direz-vous), mais tout aussi perdu, et parfois même attendrissant (comme lorsqu’il arpente l’île sur un vélo trop petit pour ses grandes guiboles).

25

Au niveau référentiel, Wicker Man est une pitoyable adaptation d’un chef d’œuvre. En le jugeant intrinsèquement, on pourrait cependant être plus modéré et le considérer comme un film médiocre, correctement interprété mais manquant cruellement d’audace et de puissance dramatique. Certains l’aborderont peut-être comme cela, et je les comprends. Mais pas moi. Je vais prendre le parti d’être dur, car Neil LaBute avait en main tous les éléments pour construire un grand film, et par manque de clairvoyance, ou par pur fantaisie, il a tout foutu en l’air. Supprimer une thématique pour porter sur une œuvre un nouveau regard, c’est tout à fait respectable. Mais pour cela il faut apposer une idée originale, un développement inédit. Sinon… Pas la peine. S’il veut se rendre utile, Neil LaBute peut aller voir dans l’agriculture, il paraît qu’ils manquent de bras.

Critique de publiée le 27 mars 2007.

Que faut-il en retenir ?

  • Un casting de qualité

Que faut-il oublier ?

  • Une histoire originale amputée de sa force
  • Un choix narratif désastreux
  • Un final bâclé et ridicule

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