Brunehilde allongeait déjà le bras pour confier la pomme aux ravissantes ondines lorsqu'une brutale bourrasque lui gifla le visage, tandis que le ciel jusque là si pur s'assombrissait de lourds nuages noirs. Une tempête s'abattait sur les rives du Rhin, faisant ployer les arbres voisins au risque de les déraciner. Surgie comme par enchantement de la tourmente, une ombre blanche se profila à l'horizon. Une ombre d'où sortit une voix mugissante:
- Arrête ton geste, fille d'Odin! Cette pomme n'est pas à toi! Elle appartient aux puissances originelles qui ont créé ce monde...
Éminent spécialiste français des univers féériques, des folklores et des mythes et légendes,
Edouard Brasey nous propose avec
Les Chants de la Walkyrie le premier volet de son cycle de
La Malédiction de l'Anneau (qui en comptera quatre). Cet ouvrage de près de 400 pages, qui nous narre les aventures de dieux et personnages issus de la mythologie germanique (
Odin,
Loki,
Siegmund,
Fenrir,
Fafnir, etc;), est le fruit d'un colossal travail de compilation effectué à partir de diverses sources, comme
l'Edda,
La Saga des Völsung ou
l'Anneau du Nibelung.
Ainsi, sous l'effet de la plume limpide, poétique et très élégante de l'auteur, le lecteur va faire connaissance avec
Brunehilde, la plus célèbre des
Walkyries; visiter un monde d'
Asgard bien moins idyllique que l'on aurait pu le penser (avec ses dieux perfectibles, intriguant et jaloux); et découvrir les membres d'une lignée d'
Odin qui va amener la naissance du grand héros
Siegfried. Le récit, extrêmement bien ficelé, est passionnant de bout en bout - grâce à des personnages très forts, un rythme soutenu et un ton très adulte - et
Edouard Brasey parvient avec excellence à marier les éléments tirés de ses sources et les fruits de sa créativité. L'ensemble n'est jamais verbeux, ni archaïque, et peut être présenté comme une belle relecture moderne de
La Chanson des Nibelungen. Un travail comparable à celui effectué par
Jean Markale pour son
Cycle du Graal.