Décidément, les Américains aiment à reprendre soit leurs propres succès, soit des films venant d'autres pays – plus particulièrement du Japon, de Thaïlande ou bien de Corée. Des films qui ont acquis une bonne renommée, mais - soi-disant – ne pouvant être compris par un autre public que celui de leur propre culture. Pas assez internationalisé argumentent certains! Ainsi, après « Ring », « Shutter », « Dark Water », ou encore « Grudge », voilà que c'est le tour de « Deux soeurs » de passer par la case remake. Cependant, gardons-nous de tout jugement hâtif, car il faut dire qu’Alexandre Aja ou Dennis Iliadis ont dernièrement su montrer qu'un remake de nos jours n'était pas forcément une mauvaise chose.
L’entame des « Intrus » est d'ailleurs sensiblement le même que le film original. Après une longue absence, une jeune fille et sa soeur reviennent dans la demeure familiale. Désormais elles vont devoir apprendre à vivre avec leur belle-mère, ce qui est très loin de les enchanter, mais surtout elles vont découvrir que des choses peu normales se produisent depuis leur retour.

Oublié la subtilité du film de Kim Jee-Woon, construit sur le thème de la reconstruction familiale après un décès ou un divorce, Hollywood débarque à coup de feu d'artifices et de grosses ficelles. Le film, qui commence quasiment de manière identique, se transforme au fur à mesure en une sorte de thriller paranoïaque. Le plus comique de la situation pourrait être qu'ils se sont mis à trois (Craig Rosenberg, Doug Miro et Carlo Bernard) pour écrire un script aussi peu original que tiré par les cheveux, et cela, avec un lot de nouveaux personnages aussi inutiles que vite éclipsés. Toutes les subtilités et les interrogations que pouvaient susciter le script original passent à la trappe pour voir l’intrigue renforcée par une touche « enquête » et « fausses pistes »… avec, sur le dénouement, des gros points sur les « i» des fois que le spectateur ait eu le moindre doute sur sa compréhension. Certes, le film original possédait quelques incohérences, le côté schizophrène était déjà présent, mais il ne prenait pas les spectateurs pour des abrutis et le laissait s'interroger sur ce qu'il avait vu à l’écran, ce qui n’est pas le cas ici.

D'un point de vu technique on ne peut pas reprocher grand chose à Charles Guard et à son frère Thomas Guard. Ils réalisent ici leur premier long de manière certes de manière soignée et efficace, mais aussi bien trop formatée, dans la lignée d'un film comme « Identity », excepté que celui-ci ne dégage pas le suspense qu'avait su instauré James Mangold, et qu’il ne bénéficie pas d'acteurs de la trempe d'un John Cusack. De plus, les deux réalisateurs se retrouvent prisonniers d'une histoire devant forcément subir la comparaison avec celle de Kim Jee-Woon, mais surtout, subir la comparaison artistique avec un réalisateur coréen qui n'a plus grand-chose à prouver et qui avait su avec Deux soeurs se montrer beaucoup plus ingénieux dans sa façon d'instaurer une ambiance, créer quelques sursauts, tout en amenant à l'ensemble une certaine poésie. Bref, si l'objectif pour les frangins Guard était de montrer qu'ils pouvaient conduire et soigner visuellement un film, l'objectif est rempli dans la mesure où Intrus est certainement un film de commande. Par contre, s'ils désiraient montrer qu'ils étaient dotés de personnalité ou d'une certaine maîtrise dans l'art de terrifier, ils ont encore dans ce domaine beaucoup de chemin à parcourir.