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Le Crocodile de la mort >

Critique du Film : Le Crocodile de la mort

Avis critique rédigé par Nicolas L. le jeudi 6 octobre 2005 à 09:23

Le dernier bon film de Tobe Hooper ?

Quittant précipitamment une maison close dans laquelle elle était employée, une jeune femme trouve refuge dans un hôtel isolé, situé au bord d’un marais. Le propriétaire, un étrange personnage, se comporte au début de manière assez courtoise mais son attitude change du tout au tout lorsqu’il s’aperçoit que la fille est une ancienne prostituée. Emporté par une crise de folie, il la tue et jette son cadavre en pâture à un saurien qu’il élève au pied de la maison. Entraîné par le cours des évènements, l’hôtelier fou, avec la complicité passive de son alligator, va alors enchaîner meurtres sur meurtres pour finalement périr dans la gueule même de son animal.
Tobe Hooper avait choqué les foules avec son mémorable film d’horreur, Massacre à la Tronçonneuse. Il récidive quelques temps plus tard avec le Crocodile de la Terreur. Le concept est en fait le même. Le réalisateur nous plonge encore dans les méandres obscurs de l’Amérique Profonde, cette Amérique inavouable qui se vautre dans la folie, la violence et le péché de chair. Une Amérique traumatisée par les exactions du Viet-Nam et cultivant les apparences, cette fine pellicule de protection qu’il vaut mieux ne pas gratter. Mais c’est plus fort que lui, quand ça démange, Tobe Hooper gratte.
Il décide tout d’abord de changer un peu de décor, après le milieu de la restauration, il nous amène dans celui de l’hôtellerie de campagne, du style familial (enfin presque…). Mais bon, n’oublions pas c’est Tobe Hooper à la réalisation alors on remarque tout de suite que quelque chose close. L’hôtelier, Judd (Neville Brand), est un individu traumatisé et socialement hors norme, qui annone des arguments puritains, rabâche des souvenirs nébuleux d’exploits passés, et assimile son simple alligator à un fier crocodile du Nil. Il est en quelque sorte l’icône des laissés-pour-compte de cette nation, un de ces petits propriétaires cultivant leur ignorance en écoutant de la musique country. Comme un aimant social, il va attirer sur les lieux d’autres ‘’marginaux’’, ceux que la société américaine assimileraient à des ratés ; la prostituée, le mariage foireux, le mauvais père, la fille légère, le voyous. Presque tous subiront la punition fatale, infligée avec fureur par cette faux manipulée par un dément. On pourrait penser que Tobe Hooper adopte par là une attitude réactionnaire, cela serait mal le connaître. Il ne faut pas s’ôter de l’idée que c’est la nation elle-même qui a transformé l’hôtelier en tueur sanguinaire, un outil inconscient du système matérialisé par le saurien, véritable métaphore de l’état, ce prédateur privé de conscience et d’humanité – il mange vraiment tout, ce n’est pas sa faute, c’est son instinct, répète en permanence Judd à son sujet.
A partir de cette idée fondamentale, Hooper va construire son film de terreur. Car le Crocodile de la Mort n’est pas seulement horrible, il est également terrifiant. Pour arriver à ce résultat, le réalisateur n’a pas seulement donné libre cours à des prises de vue violentes, mais il les mis en exergue, et a encouragé les acteurs à suivre le chemin de la folie collective. Car dans cette œuvre qui le plonge dans une mer de démence, le spectateur n’a pas vraiment d’esquif auquel s’accrocher – à part peut-être le shériff, et encore, si on fait abstraction de son laxisme – et est soumis durant une heure et demi à des vagues de hurlements et de rires hystériques. Cette tempête de démence saoule et donne presque de envie de vomir, sensation de malaise qui est de plus appuyé par cette petite musique de fond gentillette au goût si écoeurant.
Pour déstabiliser encore plus les spectateurs, Hooper cultive de manière outrée et provocante les décalages, et baigne le tout d’une photographie rouge sang (filmé totalement en studio pour mieux maîtriser les éclairages) La séquence où, bercé par une musique cajun, l’hôtelier range tranquillement la salle de séjour miteuse de l’hôtel sans tenir compte des hurlements de la petite fille réfugiée sous la maison et sans se soucier de la mère, qui donne des coups de boutoirs dans le mur avec le lit sur lequel elle est ligotée et bâillonnée, suffit à elle seule à nous faire entrer dans le monde de la folie. On en revient presque à se dire que le plus normal est l’alligator, et à chaque mort qui se produit dans ses crocs on pousse presque un soupir de soulagement, en raison du bref répit – grâce à un montage remarquable -que cela entraîne dans cette folie, mais aussi parce que l’acte nous paraît enfin logique.
La direction d’acteur laisse la part belle aux interprétations hallucinées, aussi Neville Brand et William Finley s’en donnent à cœur joie. Le premier dans le rôle de l’hôtelier où il alterne des attitudes d’une politesse excessive, presque servile, et des crises de folie d’une démence inouïe. La prestation du second, Finley qui incarne le mari bafoué, est encore plus extraordinaire, et la folie furieuse qui émane du personnage est très impressionnante. On a également le plaisir de voir le célèbre Robert Englund au début de sa carrière dans le rôle de Buck, un petit voyou qui payera cher ses envies de fornication (Tarentino rend hommage au personnage au début de Kill Bill avec la tirade de l’infirmier, i’m Buck, and i’m here to fuck).
Par contre, je dois avouer que la fin me semble inférieur au reste du métrage. Comme s’il avait peur de la censure, le cinéaste nous offre un ‘’happy end’’ – enfin, tout est relatif – assez incongru, dans lequel les deux femmes s’en sortent vivantes, ainsi que la petit fille, alors que l’hôtelier tombe dans l’eau et est dévoré par l’alligator, le tout au moyen d’un nombre assez restreint de scènes, de manière assez précipitée.

80

Le Crocodile de la Mort est certes moins marquant que Massacre…. car il répète en fait la même thématique et ne bénéficie pas du même effet de surprise. De plus, je trouve que, au cours du dernier quart d’heure, il a tendance à s’essouffler un peu au lieu de monter en puissance. Le paroxysme se situant plus au milieu du film. Malgré cela, le film remplit parfaitement son contrat. Il est terrifiant, excellemment dirigé et interprété, et la métaphore politique est subtile et néanmoins forte. Contrairement à toutes les réalisations suivantes d’un réalisateur un peu en manque d’inspiration. Est-ce le dernier bon film de Tobe Hooper ? L’avenir nous le dira.

Critique de publiée le 6 octobre 2005.

Que faut-il en retenir ?

  • Ambiance glauque et horrifique
  • Réalisation excellente
  • Interprétation hallucinée
  • Satire de l’Amérique profonde

Que faut-il oublier ?

  • Une fin un peu bâclée

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