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Entretien avec Anthony Combrexelle et Matthias Haddad

Publié il y a 6 ans par Vincent L.

Le scénariste et le dessinateur de Silences répondent à nos questions...

Sorti dans toutes les bonnes crémeries il y a quelques jour, Silences est un bande-dessinée presque marginale. Mettant en scène un enquêteur muet "pris en otage" par un lapin donneur d'ordre, cette dernière met en place une histoire mystérieuse aux lisières du fantastique. Anthony Combrexelles et Matthias Haddad, respectivement scénariste et dessinateur, ont accepté de répondre à quelques une de nos questions.



Vincent L :
Bonjour, pour commencer pouvez-vous vous présenter ?

Anthony Combrexelle : Bonjour, je m'appelle Anthony Combrexelle, souvent surnommé Yno. J'ai 29 ans et je suis a peu près infographiste dans le vie de tous les jours. Ces dernières années, j'ai écris quelques jeux de rôles (Patient 13 et Notre tombeau, critiqués ici-même) et je suis le scénariste de [...], plus communément appelé "Silences".

Matthias Haddad : Hello, Matthias Haddad, 34 ans. Je suis aussi infographiste et j'ai été illustrateur sur plusieurs jeux de rôles (AmnesYa 2K51, Nephilim Initiation, Patient 13...), certaines couvertures de romans pour la collection Folio SF (du Ray Bradbury) et j'ai eu en charge le développement graphique du jeu de figurines de science-fiction AT-43 pour la société Rackham... Sur Silences [...], je m'occupe des dessins...



Vincent L : Pouvez-vous nous décrire de qu'est Silences [...] ?

Anthony Combrexelle : Le tome 1 de Silences est une petite BD de 80 pages, publié aux éditions Ankama dans la collection Hostile Holster. C'est un polar ésotérique et psychologique, comprenez par ces termes pompeux qu'il y a des références aux légendes urbaines et à l'occultisme et qu'une bonne partie des personnages sont un peu dérangés du ciboulot. Ça raconte l'histoire d'un père, Norman Voltaire, qui suite à la disparition de sa fille il y a quelques années est devenu muet. L'histoire débute alors qu'un matin, Voltaire reçoit une peluche de lapin qui se met à lui parler. L'émetteur contenu dans le lapin peut lui fournir toutes les réponses qu'il souhaite concernant sa fille à la seule contrepartie que Voltaire accepte de lui rendre des services. Pour chaque service rendu, il obtiendra une réponse.

Matthias Haddad : On a voulu faire une histoire courte, ramassée en deux tomes, avec un vrai suspense...



Vincent L : Pourquoi le nom de "Norman Voltaire" ? c'est étrange, presque un cliché américain...

Anthony Combrexelle : C'est vrai. Il faut dire que dans le processus de création, qui visait un format comics, nous voulions un peu jouer sur l'effet "carte postale" à la française : présenter Paris avec des personnages avec des noms bien français pour finalement livrer une intrigue qui l'était moins. Tous les personnages devaient donc avoir au moins un nom ou prénom qui sonne français. De plus, je souhaitais un personnage principal qui soit un peu décalé, un peu marginal, dont le nom sonne... bizarre - et ce, en accord avec le reste de l'intrigue. Dans le premier épisode (alors que son prénom n'est pas encore donné), je l'avais même appelé Normal. Parce que je trouvais tellement anormal le fait d'appeler un personnage "Normal" que ça collait avec cette idée de bizarrerie. Après coup, j'ai craint qu'on se focalise trop sur ce détail et qu'on en vienne presque à douter de l'existence du personnage ("quels parents feraient porter un prénom pareil ?"). Nous nous sommes alors décidés pour quelque chose d'un peu plus classique.

Matthias Haddad : En même temps, avec ce nom, on a vraiment la double-casquette influence américaine/origine française qui caractérise Silences [...], je le vois comme une sorte de clin d'oeil à cette particularité du projet.


Vincent L : Qu'avez-vous voulu créer avec Silences [...] ?

Matthias Haddad : Au départ, l'idée, c'était de créer un vrai graphic novel, au sens américain du terme. C'est la raison du format de type "comics" (17,5cm x 25cm, 3 épisodes de 22 pages par tome, des couvertures internes, comme pour un trade paperback) et de l'approche graphique, pas si éloignée de ce qu'ont fait Brian Michael Bendis sur Torso ou Frank Miller sur Sin City (sans me mettre au même niveau, bien entendu). Je savais qu'Anthony et moi-même avions à peu près les mêmes références en terme de comics, avec un goût commun pour les polars un peu déviants et notre première démarche a d'ailleurs été de démarcher des éditeurs américains... Du graphic novel donc, mais français ! D'où le choix de situer l'action à Paris, pour nous démarquer... Finalement, c'est Ankama à Roubaix qui nous a dit oui, tout en étant très favorable à cette approche "américaine" plutôt que franco-belge.

Anthony Combrexelle : On voulait vraiment se faire plaisir et mettre en scène un polar sombre et tordu avec des personnages déglingués pour ce qui était notre premier essai dans le domaine de la BD.



Vincent L : On y devine un certain nombre de références cinématographique. Etait-ce voulu, ou est-ce juste un délire de ma part ?

Matthias Haddad : Effectivement, l'aspect cinématographique est aussi très présent dans mon approche du travail... Ne serait-ce que parce que je travaille avec des modèles que je dois mettre en scène. Silences [...] est une série avec des noirs et blancs très contrastés, je pense que des films comme Rumbling Fish (Rusty James de Francis Ford Coppola), Angel Heart (Alan Parker) avec son travail sur les ombres ou Pi (Darren Aronofsky) ont eu leur influence, surtout ce dernier qui jouissait, tout comme nous, d'un budget limité.

Anthony Combrexelle : Voulu, je ne crois pas. Du moins, je n'en ai pas le souvenir. Il est clair que pour tous ce que j'écris, je suis sous influence cinématographique. Je regarde beaucoup de films et de séries TV et ceux qui me marquent m'influencent assurément. Et j'ai parfois eu l'impression de scénariser ce qui pourrait être un film. Par contre je ne me suis jamais dit "tiens faisons comme X avec un petit peu de Y." Ceci dit, avec un recul que je n'ai pas encore, en n'ayant en tête que ce tome 1, il est sûrement tout à fait possible d'y voir des références mais l'écriture des épisodes a été assez morcelée dans le temps pour que je ne puisse pas en être conscient. Tu penses à quels films en particulier ?



Vincent L : Je pensais effectivement à Angel Heart, mais aussi à Renaissance pour le style graphique, à Lost Highway ou à Donnie Darko pour les éléments étranges du scénario...

Anthony Combrexelle : Je suis un grand fan de Donnie Darko et d'Angel Heart (mais je préfère Mulholland Drive à Lost Highway) et oui, effectivement, au final, au regard de ce premier tome, il y a des concordances, des liens, des ressemblances. Il y a forcément de l'inconscient au niveau de l'écriture mais aussi des références communes ou des rapprochements thématiques. Le côté "film noir" sur fond de fantastique pour Angel Heart, le lapin donneur d'ordres de Donnie Darko, la frontière floue entre la réalité et la folie pour Lost Highway.

Matthias Haddad : Tiens, moi, je préfère vraiment Lost Highway... C'est vrai que le rendu graphique de Silences [...] a pas mal de points communs avec des films comme Renaissance de Christian Volckman ou A Scanner Darkly de Richard Linklater. C'est directement dû à la technique que j'emploie, ultraréaliste, d'après photo, mais stylisée, qui est similaire à ce qu'on voit dans ces films... Mais difficile de parler d'influences dans ces deux cas-là, au moment où on a débuté Silences [...], Renaissance n'était pas sorti et seule une image de Keanu Reeves dans A Scanner Darkly circulait sur le web


Vincent L : Comment envisagez-vous la suite ?

Anthony Combrexelle : Comme un tome où les événements se préciseront et le temps sera compté. Les personnages ne pourront plus se limiter qu'à enquêter, ils devront agir et faire les bons choix. Comme un final où tout - ou presque - sera révélé et expliqué. Le tome 2 sera identique au tome 1 en terme de format, de pages et d'épisodes (3 épisodes par tome) et il conclura l'intrigue débutée dans le premier épisode.

Matthias Haddad : Comme un vrai challenge ! Des décors plus insolites, plus d'action !



Vincent L : L'aspect fantastique du scénario est très léger dans ce premier tome. Va t-il se renforcer par la suite ?

Anthony Combrexelle : Effectivement, les éléments de l'intrigue restent à la lisière du fantastique. Suivant le rapport du lecteur à l'ésotérisme et au fantastique, l'intrigue l'est plus ou moins. En exagérant, on pourrait d'ailleurs quasiment dire qu'il n'y en a pas dans ce premier tome. C'est le fait qu'on ne sache pas vraiment de quoi il en retourne de ce côté là qui rend à mon sens les événements plus incertains et la menace plus effrayante. Difficile donc de répondre sur la suite des événements sans spoiler ni faire une réponse de Normand (mes amitiés aux Normands qui vous lisent !) : le second tome restera donc dans la même mouvance... à moins que...

Matthias Haddad : Moi, ça me fait penser à l'approche d'Umberto Eco sur Le Pendule de Foucault : tous les personnages croient au fantastique mais celui-ci existe-t-il vraiment ?



Vincent L : Envisagez-vous, en cas de succès, de relancer Norman sur d'autres affaires ?

Anthony Combrexelle : L'intrigue de Silences [...] est profondément liée à Norman, à son chemin de croix pour retrouver sa fille et obtenir des réponses. Son histoire conclue, l'intérêt pour le personnage le sera peut-être aussi. Par contre vu son ancien job et, de la même manière qu'un spin-off de série TV, il est tout à fait possible d'imaginer d'autres histoires, d'autres enquêtes avec d'autres journalistes du "Bizarre". L'édito du magazine à sensations qui se trouve dans le tome 1 nomme d'ailleurs l'ensemble de ces employés pour pouvoir s'en resservir par la suite si besoin est.

Matthias Haddad : Personnellement, je suis assez fan de ce qu'a fait Guillaume Nicloux au cinéma avec sa trilogie Une affaire privée / Cette femme-là / La Clef où on retrouve d'un film à l'autre en second rôle le personnage principal du film précédent... Après, tout dépend de nos envies respectives et des projets sur lesquels nous nous plongerons par la suite, mais pourquoi pas...



Vincent L : Pourquoi avoir opté pour un style graphique noir et blanc, mais sans nuances de gris ?

Anthony Combrexelle : Le noir et blanc apporte une vraie atmosphère à Silences, projetant des ombres dures aux noirs profonds sur les personnages. A un moment du processus de création, nous avions testé la mise en couleur mais nous avons estimé que ça affadissait l'ensemble, le rendant beaucoup moins percutant. Quand à supprimer totalement les valeurs de gris, c'était avant tout parce qu'elles n'apportaient rien visuellement. Et ce faisant, les faire disparaître, a eu pour effet de renforcer encore un peu plus l'ambiance générale, la rendant un peu plus froide... et acérée.

Matthias Haddad : oui, et finalement, les gris c'est très "manga", ça correspond parfaitement à des séries comme Freaks' squeele de Florent Maudoux, qui sont des références directes à ce genre. Là, avec ce noir et blanc contrasté, on arrive directement dans le registre du polar (Miller, encore) et du mystérieux (Mike Mignola sur Hellboy, où les couleurs sont presque accessoires, ou les BD italiennes comme Dylan Dog). Il y a aussi un effet presque expressionniste, cinéma muet, dans certaines scènes qui est renforcé par ce rendu. Je considère que mon travail sur Silences [...] a été de dessiner les ombres...


Vincent L : Comment avez-vous fonctionné dans la création de la BD ? les tâches était-elle bien distinctes et séparées ?

Anthony Combrexelle : La genèse de Silences a été assez longue. Nous avons débuté le projet sans objectif autre que faire une BD de 22 pages. J'ai écris le premier épisode de Silence fin 2005 et pendant une longue période, Matthias l'a illustrée. Du fait de sa façon de travailler, je donnais peu d'indications de cadre (à l'exception des cases importantes) et Matthias illustrait selon sa vision. Il me demandait quelques explications sur le scénario, cherchait les incohérences et l'illustrait à sa façon. Et finalement, quels que soient les épisodes, nous avons continué à travailler comme ça. Donc il me semble, Matthias me contredira ou non, que oui, les tâches étaient bien séparées, chacun respectant le travail de l'autre, pointant quelques détails mais laissant l'autre libre de ses idées. Il n'y a guère que pour les pages "bonus" où j'ai pris ma casquette de graphiste pour faire le design général et l'écriture des textes (situées en début de chaque épisode) parce que j'avais une idée assez précise de l'apparence que ça devait avoir, des informations qu'elles devaient fournir et que l'expliquer par écrit n'allait pas être évident. Les réaliser moi-même, en parallèle du travail de Matthias sur les illustrations permettaient aussi de mettre la main à la pâte et de tester ce qu'il était possible de faire par rapport à mes idées. Matthias a repris l'ensemble, les a améliorées en faisant une mise en couleurs et quelques modifications. Mis à part ce point précis, je n'ai pas souvenir d'un mélange des tâches.

Matthias Haddad : Exactement, et du coup, on se surprenait mutuellement en découvrant le travail de l'autre ("euh... Elle est à moitié-nue dans cette scène, on est bien d'accord" ou "ah, tiens, tu as choisi cette tête-là pour ce perso, je vais changer un peu ce dialogue pour que ça colle mieux" ). Je pense que si nous nous étions concertés pour le scénario où si Anthony était intervenu dans les dessins, nous aurions passé beaucoup de temps à tenter d'imposer nos idées ou nos points de vue et le projet aurait pu péricliter. En étant clairs sur le rôle de chacun, nous avons laissé libre-cours à nos envies réciproques tout en restant dans un cadre précis.

Vincent L : Comment avez-vous techniquement géré le fait d'avoir un personnage principal muet qui devait mener une enquête ?

Anthony Combrexelle : Le fait que le personne principal soit muet est venu de mon questionnement sur les spécificités du médium BD : une représentation visuelle des actions, des phylactères pour les réflexions et une absence de mouvement et de sons (ça sonne terriblement prétentieux quand je dis ça, non ? Ce n'est pas voulu en tout cas). Pallier au fait que le personnage n'ait plus de voix, ça passait donc par l'utilisation d'une voix off qui renforce le côté "film noir" où le privé enquête sans relâches. Par contre comme Voltaire devait resté un personnage renfermé, relativement impénétrable, il ne fallait pas en abuser. Et puis c'est un personnage qui prétend qu'il retrouvera sa voix en même temps que sa fille. Pour lui, c'est du temporaire. Il n'apprend donc pas le langage des signes. Il utilise un dictaphone avec des messages audio pré-enregistrés et des notes sur un calepin. En outre, ces palliatifs permettaient de varier un peu plus la façon d'aborder les discussions. Après je ne saurais dire si j'ai réussi mais c'est en tout cas ce que j'ai tenté de faire.

Matthias Haddad : [...]



Vincent L : Pouvez nous nous glisser un mot de vos projets futurs ?

Anthony Combrexelle : En ce moment, je m'essaie à l'écriture d'un roman ado. De la même manière que pour la BD, c'est une première fois. Je tâtonne, j'expérimente donc cette façon d'écrire des histoires. C'est d'ailleurs ce qui fait que c'est amusant à expérimenter et à travailler. Sinon j'ai écris plusieurs autres synopsis de BD et j'ai démarché plusieurs illustrateurs pour les mettre en scène. Aucune idée s'il s'en sortira quelque chose de concret mais y'a guère qu'en faisant qu'on peut le découvrir...

Matthias Haddad : Pour ma part, je vais m'atteler au tome 2, ce qui va m'occuper pour l'année a priori...



Vincent L : Et pour finir, je vous laisse carte blanche...

Anthony Combrexelle : OK. Alors je voudrais 1.000.000 €, une villa dans le sud de la France et un Penthouse en plein cœur de Paris. Et puis le petit gâteau au chocolat, là. J'peux le prendre ?

Matthias Haddad : 1.000.000 €, c'est vraiment pas assez... la paix sur Terre?



Vincent L : Merci beaucoup.

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  • trop bien je l ai enfin acheté (en même temps il n est pas sorti depuis bien longtemp) et je compte bien dévorer cette BD!!!! :) merci les gars!!! une bonn BD frenchie :)
    Nina, le 29 juin 2010 15:27