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Rencontre avec... Victor Dixen !

Publié il y a 7 ans par Sylvain T.

L'auteur du "Cas Jack Spark" répond à nos questions...

Victor Dixen, l'auteur de la quadrilogie "Le cas Jack Spark" dont le premier tome vient de sortie répond à nos questions. Avec lui, nous allons découvrir toutes les facettes de son travail dont vous pouvez lire la critique à cette adresse, sur SciFi-Universe...

SFU : Bonjour Victor Dixen, pouvez-vous nous raconter votre parcours avant d’écrire Le Cas Jack Spark ?
Victor Dixen :
Bonjour Sylvain.
Ma mère est française et mon père danois : enfant, je passais souvent les vacances d’été au Danemark. C’est dans ce pays que « tout » a commencé. Au Tivoli de Copenhague plus exactement ; un endroit merveilleux, hors du temps : le plus vieux parc d’attractions du monde. Je ne sais pas comment je m’y suis pris, mais j’ai réussi à m’embarquer dans les montagnes russes malgré la limite d’âge. Ni vu ni connu, j’en ai fait le tour complet une bonne douzaine de fois. Sur le moment c’était amusant – je crois. Mais le soir même, j’ai fait une crise de somnambulisme carabinée. Cet événement a bouleversé ma vie : depuis cette nuit-là, je suis incapable de dormir plus de quatre heures de suite. Et il m’arrive de voir, de sentir des choses, comment dire…étranges.

Quand on est insomniaque depuis l’enfance, on se sent forcément différent. Mon adolescence s’est passée comme un rêve éveillé – j’étais hagard le jour, lucide seulement la nuit. À cette époque, les chaînes câblées ne diffusaient pas encore en continu. Et puis, j’ai été pensionnaire plusieurs années, nous n’avions pas la télévision. Parfois, je m’échappais dans la forêt autour du pensionnat, et j’étais sûr que les présences qui la hantaient n’étaient pas uniquement animales…
Je lisais aussi beaucoup. Tout et n’importe quoi : bandes dessinées, magazines, emballages alimentaires. Et même le Lagarde et Michard ! Mais surtout des romans. Et d’abord des romans fantastiques. Bradbury, Lord Dunsany, Le Fanu, Lovecraft, Maupassant, Villiers de l’Isle Adam : ils ont été mes amis et mes instructeurs à l’école de la nuit.

Je me suis expatrié dès la fin de mes études – pour fuir quoi, la nuit ? Comme si elle ne m’aurait pas retrouvé où que j’aille ! Je suis parti aux États-Unis d’abord, puis en Irlande. Lorsque j’habitais à Denver, je ne vivais pratiquement qu’après la tombée du jour : c’était l’époque de la « nouvelle économie », la grande révolution des méthodes de travail. L’entreprise était ouverte 24h/24 et l’on y venait quand on voulait. J’ai fini par quitter le Colorado quand j’ai compris que si je restais, ce pays aurait ma peau, que la nuit aurait ma peau : qu’elle m’avalerait pour toujours.

Bien sûr, la nuit m’a rattrapé en Irlande ; en hiver elle me tombait dessus à quatre heures de l’après-midi, avec ses spectres et ses craquements.
Elle me rattrape aujourd’hui à Paris, elle vit à mes côté même quand il fait jour : elle est dans mon ombre, elle la plus grande de toutes les ombres…

SFU : Pour les lecteurs qui attendent ce premier tome qui sera disponible dès le 1er octobre, comment décririez-vous votre livre ?
Victor Dixen :
Je leur dirais que c’est une plongée en apnée dans la tête d’un adolescent, Jack, qui va se rendre compte qu’il est différent de tous les autres. Profondément, irrémédiablement différent, malgré les efforts de ses parents, de ses profs et de ses médecins pour le faire entrer dans la normalité.

Je leur dirais qu’ils partiront à la rencontre du fauve qui sommeille en chacun de nous, qu’ils se lanceront avec Jack dans une lutte effrénée sans autres armes que leurs mains – oui, c’est ça : un mano a mano avec la part animale…

Je leur dirais que c’est une chute vertigineuse dans la nuit d’une âme, qu’ils seront emportés par la lecture comme je l’ai été par l’écriture, prenant plus de vitesse à mesure qu’ils tombent, tournant les pages de plus en plus vite.

Je leur dirais que c’est une chute dont ils se relèveront différents, les yeux plus brillants, et qu’ils ne verront plus jamais la nuit du même regard.

SFU : Est-il difficile aujourd’hui d’écrire des romans fantastiques dans la littérature face à la concurrence de plus en plus féroce ?
Victor Dixen :
Je ne fais pas partie des esprits chagrins qui se plaignent du soi-disant trop grand nombre de livres qui sortent – par exemple à chaque rentrée littéraire. C’est la pénurie de livres, pas l’abondance, qui pose problème : regardez la censure qui subsiste encore dans tant de pays, souvenez-vous des bûchers de livres du passé. On vit quand même dans un monde où Harry Potter a été menacé d’être mis à l’index par le Vatican !  On n’a pas le droit de se plaindre qu’il y ait trop de livres.

En particulier, je crois qu’il faut se réjouir de la vitalité des littératures de l’imaginaire aujourd’hui, et notamment en langue française après tant de décennies de suprématie anglo-saxonne (je préfère utiliser ce terme, littératures de l’imaginaire, parce qu’il englobe non seulement le fantastique stricto-sensu mais aussi la fantasy, la SF, etc.).  Après, c’est le travail des critiques de guider, de défricher, de tracer des pistes. En tant que lecteur, je préfère une jungle littéraire plutôt qu’un désert littéraire.

En tant qu’auteur, cette profusion m’inspire également. La littérature n’est pas une ressource épuisable ; au contraire, elle se renouvelle à l’infini, c’est comme la connaissance de l’univers : plus on le découvre, plus on se rend compte de tout ce qu’on ne sait pas encore.  J’essaie de lire le plus possible. Même si je n’apprécie pas autant toutes mes lectures, toutes m’ouvrent de nouvelles perspectives, de nouvelles manières de voir le monde : de nouveaux possibles. Rien que le fait d’entrer dans une librairie et de voir toutes ces couvertures, ces couleurs, ces petits morceaux de conscience mis côte à côte : ça me stimule, ça m’excite follement : ça me rassure sur l’humanité !

SFU : Où avez-vous puisé vos idées pour la quadrilogie Jack Spark ?
Victor Dixen :
Dans la nuit ! Ce livre a été entièrement écrit la nuit, de la première à la dernière ligne, et les rayons du soleil n’ont touché le manuscrit qu’au moment où je l’ai remis à l’éditeur. Je dors peu – beaucoup trop peu d’après mes médecins, qui ont pourtant tout essayé pour m’assommer…

Je crois que j’ai fini par me faire une raison : Fitzgerald a dit que la pire chose au monde était d’essayer de dormir et de ne pas y arriver. Alors j’ai arrêté d’essayer. J’ai laissé tomber les cachets, les somnifères, l’acupuncture ; à la place j’ai pris un stylo et une feuille.

Vous savez, quand on vit la nuit, on voit des choses que les autres ne voient pas, comme si on accédait à un autre niveau de conscience – je ne sais pas si c’est clair ? Des choses qui sont habituellement cachées, intangibles, qui ne se révèlent que dans le silence, la solitude et l’obscurité. Stephen King en parle bien dans Insomnie – même si le maître reste le Howard Phillips Lovecraft de Demons et Merveilles… Je ne sais pas, c’est peut-être juste une prise de de recul, une formidable prise de recul imposée par la nuit.
La nuit, on ne peut ignorer l’univers, l’infinité des mondes, les milliers d’étoiles sont là pour nous la rappeler à chaque instant. Et puis, la nuit ne nous appartient pas comme le jour, à nous autres humains, même si nous essayons de la coloniser avec nos loupiottes prétentieuses. Elle reste largement animale. Et jusque dans notre âme : c’est la nuit que nos pulsions se réveillent…

Cette part animale m’intrigue, me fascine. Elle nous rappelle d’où nous venons, et que nous sommes en phase de transition vers autre chose. Oui : elle nous rappelle que nous sommes des mutants emportés dans l’irrésistible tourbillon de l’Évolution.

SFU : Vous avez fait le choix d’un récit à la première personne (Je, nous…) alors que ce genre de roman est généralement à la troisième personne (Il…)…
Victor Dixen :
Mais parce que c’est de moi qu’il s’agit ! En grande partie du moins : les insomnies de Jack, je les vis chaque nuit ; le Colorado où on l’expédie, j’y ai habité.

Dans le livre comme dans la vie, je pars du réel, je m’appuie sur le réel, et le surnaturel ne va jamais de soi. Est-ce que je suis vraiment en train de voir ce que je crois voir ? Est-ce que j’ai vraiment vécu ce que je crois avoir vécu dans cette maison au pied des Rocheuses où j’ai passé l’année la plus hallucinante de mon existence ?

Mon existence est gouvernée par le doute. Comment pourrait-il en être autrement, quand vous vivez entouré de ténèbres où vous ne voyez pas plus loin que le bout de votre nez ? Nos yeux d’humains n’ont pas été faits pour lire le grand livre de la nuit. Nous tâtonnons, nous le déchiffrons à grand peine comme de mauvais écoliers. Les secrets qu’il renferme nous rendraient sans doute fous si nous les comprenions tous.

Le doute ne s’exprime jamais aussi bien qu’à la première personne. C’est le moteur de Jack ; c’est le moteur de l’adolescence. C’est à cet âge que les perceptions sont les plus ouvertes. Peut-être parce qu'on sent notre corps d'enfant nous échapper, se transformer, devenir peu à peu autre chose. Un corps d'adulte, à ce qu’il paraît – mais qui sait ? Toutes ces métamorphoses sont-elles vraiment normales ? A qui, à quoi les comparer, à un âge où l'on ne lève pas si facilement les voiles de la pudeur ? Et si l'organisme n'évoluait pas dans le bon sens ? Et si la part animale prenait le dessus ? Celles qui ont tenté de cacher des formes trop vite poussées derrière des T-shirt XXL, ceux qui ont cru pouvoir dissimuler une acné ravageuse sous trois poils de barbe se reconnaîtront...

SFU : Jack est un personnage torturé, et le communiqué de presse de votre éditeur insiste sur le fait que vous lui ressemblez, mais à quel point ?
Victor Dixen :
Un conseil : ne croyez jamais les éditeurs ;-)

SFU : Énoncé dans ma critique, l’écriture du premier tome se veut classique, et ne casse pas les bases de la littérature pour ado, était-ce un choix que vous avez fait dès le départ ?
Victor Dixen :
Ce livre n’est pas seulement un roman. C’est aussi un témoignage. Le témoignage de ce que je pense avoir compris des mystères de la nuit en trente années de vie, et des choses qui y rôdent.

Je crois d’ailleurs que les vraies œuvres fantastiques sont toutes des témoignages. Seuls ceux qui voient court leur reprochent de ne pas décrire la réalité, alors qu’en fait elles disent la vérité. Relisez Dracula, Le Horla, Le Tour d'écrou : le récit est toujours de facture classique (et d’ailleurs toujours à la première personne !). Dans ces chefs d’œuvre, l’étrange ne réside pas dans des effets de style superficiels : il jaillit dans ce qui est dit et pas dans la manière de le dire. C’est pour ça qu’il change notre vision du monde.

Je veux qu’on entre dans Le cas Jack Spark comme dans une chambre bien chauffée, comme dans une veste confortable… avant de s’apercevoir que la chambre est hantée, qu’une tache de sang indélébile est incrustée sur le col de la veste.

SFU : Que doit-on attendre des prochaines aventures ?
Victor Dixen :
Le cas Jack Spark se déroule sur une année entière – il me fallait bien ça pour partager mon expérience. Cette année commence par l’été car c’est la saison des métamorphoses. En été, les choses et les êtres se révèlent : les  fleurs se changent en fruits, les chenilles en papillon, et nous, nous laissons libre court à nos instincts, réprimés le reste de l’année. C’est en été que Jack va découvrir qui il est vraiment, et tout un pan de notre monde qui reste caché au commun des mortels.

Mais savoir qui l’on est, prendre conscience de sa part animale ne suffit pas à faire un homme. C’est juste un point de départ. La prochaine saison du Cas Jack Spark sera l’Automne traqué. De Washington à Dublin, de Tokyo à New York, les monstres et les merveilles entrevus à Redrock se révéleront sous un nouveau jour… ou plutôt, sous une nuit nouvelle. Plus que jamais, Jack devra lutter pour maîtriser ses étranges pulsions, et consentir à de terribles sacrifices tout au long d’une course-poursuite effrénée aux quatre coins du monde.

L’automne, c’est la saison des chasses.

SFU : En tant qu’auteur, vous devez avoir quelques romans préférés sur votre table de nuit…
Victor Dixen :
J’en ai pas mal ! Mes nuits étant longues, je lis beaucoup, et toujours plusieurs livres à la fois. J’aime passer d’une histoire à l’autre, d’un essai à un roman, en faisant un détour par la poésie aussi. Ça crée des résonnances, des chocs, des choses inattendues.

Je viens de terminer Luna Park de Breat Easton Ellis, et j’ai commencé à relire Carmilla de Sheridan Le Fanu. En parallèle je décortique Le Phénomène Humain de Teilhard de Chardin. Un écrivain déchu en plein trip hallucinatoire, une vampiresse dévorée par la jalousie, un jésuite aux visions trop lointaines pour ses coreligionnaires : tous à leur manière, ils parlent de cet animal qui nous hante, et des mutations vers lesquelles nous nous précipitons...

 

Merci à l'auteur d enous avoir accordé cette interview très enrichissante !

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