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Critique du jeu de société : Anachrony [2017], par Gaetan G.

Avis critique rédigé par Gaetan G. le jeudi 29 mars 2018 à 09h00

Un jeu qui fait tout péter

Alors attention car aujourd’hui on va parler gros jeu, très gros jeu. Anachrony est la deuxième réalisation des tchèques de Mindclash Games (littéralement « bataille de l’esprit », tout un programme) après un Trickerion certes imparfait mais qui avait beaucoup marqué les esprits en 2016.

Il s’agit d’un jeu de stratégie et de gestion, dont la mécanique repose sur le placement d’ouvriers. Pour contextualiser la bête, laissons un peu parler l’éditeur :

Le monde a changé. Nous sommes au 26ème siècle et la Nouvelle Terre récupère peu à peu du Jour de la Purge : le jour où une explosion mystérieuse et catastrophique a secoué la planète entière. La majorité de la population a été exterminée et la quasi-totalité de la surface est devenue inhabitable. Personne n’a vraiment compris ce qui a causé cette apocalypse. La seule chose que les survivants ont pu faire a été de trouver un abri jusqu’à ce que la poussière soit retombée. Mais un nouveau cataclysme se profile à l’horizon, et cette fois-ci la capitale n’y résistera pas. Toutes les colonies sont sur les rangs pour devenir le futur berceau et le fleuron de l’humanité…

Clairement, ça donne le ton. Amoureux de la gaudriole, de la déconne ou du petit jeu léger à sortir à l’apéro pour mettre l’ambiance : vous pouvez passer votre chemin. Ici, on est là pour sauver l’humanité, excusez du peu, en se retournant bien comme il faut le cerveau au passage.

Même si vous n’êtes pas plus fan que ça des gros jeux, ce serait dommage de passer à côté. Car inutile de faire durer le suspense plus longtemps : Anachrony est une tuerie absolue, une petite merveille ludique qui se mérite, certes, mais qui ne vous décevra pas. Vous avez besoin d’un peu plus de détails pour être convaincu ? Ça tombe bien, c’est ici qu’on en parle.

Un matos imposant, limite intimidant

Le dépunchage d’Anachrony est une expérience qui m’a marqué. La boîte est lourde, très lourde (environ 4kg) et pourtant elle ne contient pas un gramme de plastique. Elle contient « juste » 4 plateaux individuels, un plateau central et surtout une quantité hallucinante de tuiles et de tokens en cartons.

C’est bien simple, ma table en était littéralement recouverte. Il y en a de toutes les couleurs et de toutes les formes, sans que l’on puisse identifier d’un premier regard tous celles et ceux qui vont ensemble. La sortie de l’épais manuel s’est donc révélée indispensable dès l’ouverture de la boîte.

Heureusement, celui-ci est hyper clair, bien détaillé et très joliment illustré. A la lecture, on se dit même que ça n’a pas l’air si terrible que ça, finalement. Et c’est sans doute la plus grosse surprise du jeu : oui, on est sans aucun doute sur une boîte Expert+ (voire Expert++), mais la complexité ne vient pas de règles touffues ou d’une débauche d’actions disponibles. Non, la profondeur réside dans des actions toutes simples et dans la manière dont elles s’imbriquent ensemble. Mais on en reparlera plus tard.

D’un point de vue qualitatif, rien à redire : le matériel est d’excellente facture. Les plateaux sont épais, massifs voire imposants. Une grande table est préférable pour jouer à Anachrony si vous voulez éviter de vous marcher dessus. Pour vous donner une idée, ma propre table – qui accueille sans problème 6 convives – est un poil trop petite pour une partie à 4 joueurs.

L’esthétique est également très soignée, même si je ne suis pas un grand fan du charadesign. L’ambiance pré / post-apo est parfaitement retranscrite, et le thème est vraiment au cœur du jeu. Bref, on est en face d’un petit bijou de S.F. qui fera vibrer le cœur de tous les amateurs.

On peut quand même déplorer des plateaux nettement trop chargés en détails, ainsi qu’une iconographie pas toujours très claire qui oblige souvent à ressortir le manuel (surtout en ce qui concerne les tuiles de constructions). Pour le reste c’est du solide…

Une dernière chose pour finir. Il existe une extension, l’Exosuit Commander Pack, contenant des figurines additionnelles pour le jeu, ainsi que deux petites variantes sympathiques. Celle-ci est vendue plutôt cher (une quarantaine d’euros), mais je vous la recommande chaleureusement si vos finances vous le permettent. Elle donne énormément de cachet à l’ensemble, en plus d’augmenter énormément la lisibilité du plateau principal. C’est simple, on a plus l’impression d’avoir affaire au même jeu. Personnellement, je ne me vois plus jouer sans.

A première vue ça paraît simple…

Comme on l’a dit plus haut, Anachrony est avant tout un jeu de placement d'ouvrier avec une forte composante de planification. L’espace de jeu est divisée en 2 parties :

  • La ville, une zone commune qui ne peut être visitée que par des ouvriers protégés par un exosquelette à cause des radiations ;
  • Les plateaux individuels des joueurs, qui représentent leur colonie et dans lesquelles les ouvriers peuvent activer l’effet des bâtiments déjà construits.

La planification doit se faire en amont, puisque la première action du tour consiste à choisir combien d’exosquelettes seront mis sous tension et utilisables pendant la manche. Les 3 premiers sont gratuits, mais il est possible d’en préparer jusqu’à trois de plus en dépensant un token d’énergie pour chacun.

Par exemple, si vous avez 8 ouvriers disponibles et que vous dépensez 1 token d’énergie, 4 d’entre eux pourront aller en ville pendant que les 4 autres activeront les effets de vos bâtiments (ou seront gardés en réserve pour le tour prochain, vous verrez qu’il est important d’en laisser quelques-uns bien frais et dispos).

Les actions disponibles en ville sont assez classiques, et leur nombre est étonnamment restreint :

  • Recruter de nouveaux ouvriers ;
  • Miner les ressources qui seront nécessaires à la construction des bâtiments ;
  • Construire un bâtiment ;
  • Rechercher les technologies nécessaires à la construction des bâtiments évolués (les superprojets).

Il existe 4 types d’ouvriers différents : les scientifiques, les ingénieurs, les administrateurs et les génies. Ils ne peuvent pas réaliser les mêmes actions ou activer les mêmes bâtiments (par exemple, les administrateurs ne peuvent pas construire ni faire de la recherche), et certains ont des bonus lorsqu’ils réalisent une action bien précise (l'ingénieur ne sera pas fatigué s'il doit miner). Il faudra donc soigneusement planifier qui fera quoi, tout en gardant pas mal de flexibilité car vous ne pourrez sans doute pas faire tout ce que vous aviez prévu au départ.

En effet, chaque action peut être réalisée seulement trois fois. De plus, il est souvent préférable d’être le premier plutôt que le dernier : les ressources et les ouvriers sont tirés en début de manche, et on se sert dans l’ordre. La plupart des emplacements offrent également un petit bonus. Et si aucun ne vous intéresse, raisonnez à l’inverse et prenez celui que les autres prendrait.

En plus de cela, il y a deux actions disponibles à volonté : purifier de l'eau (qui servira essentiellement à remettre sur pied les unités fatiguées) et faire du commerce (qui permettra de ne pas être bloqué si la ressource que vous convoitez vient de vous passer sous le nez). On rajoute deux « jokers » permettant de cloner une action qui n’est plus disponible et c’est fini, on a fait le tour.

Le premier joueur fait une action, on passe au suivant et ainsi de suite jusqu’à ce que plus personne ne souhaite ou ne puisse jouer. A ce moment-là, les exosquelettes sont enlevés du plateau et tous les ouvriers qui ont été utilisés sont considérés comme fatigués. Pour les réutiliser, il faudra les remettre d’aplomb, ce qui peut être fait de deux manières.

Si vous êtes gentil, vous pouvez leur donner à boire. Cela leur remontera le moral et vous donnera quelques points de victoire en fin de partie, ce qui est bien, mais cela va aussi vous prendre une action, ce qui est beaucoup moins bien. Si vous êtes obligé de le faire au début du tour parce qu’il ne vous reste plus aucun ouvrier disponible, cela veut dire que chacun va placer au moins un exosquelette en ville avant que vous ne puissiez commencer à jouer. Vos possibilités stratégiques seront donc amoindries, et cela peut même être fatal si vous êtes en train de vous tirer la bourre avec un autre joueur pour construire un bâtiment spécifique.

Si vous êtes moins gentil (ou plus pressé), vous pouvez également régler le problème à grand coups de taloche façon Dungeon Keeper. Les ouvriers redeviennent immédiatement disponibles, mais leur moral va en pâtir ce qui peut vous coûter des points de victoire en fin de partie. Les scores ne volant pas très hauts, il ne faut point en abuser même si ponctuellement ça peut être nécessaire (et puis ça défoule).

Les quatre premiers tours se passent un peu près de la même manière, mais la partie change brutalement de visage à partir du cinquième tour. En effet, une énorme météorite tombe sur la planète et tout s’accélère : les joueurs n'ont que quelques tours pour remplir leur condition de victoire (lié à la construction de bâtiments spécifiques) et se faire la malle le plus vite possible. La ville va sombrer dans le chaos, et chaque action ne pourra plus être réalisée qu'une fois avant de disparaître définitivement. Les choix à faire seront donc cornéliens, et à ce stade toute erreur sera fatale.

A quatre joueurs, vous pourrez vous estimer heureux s’il reste 2 tours avant la fin du jeu. Dur, dur…

Les voyages dans le temps, c’est génial quand c’est bien fait

Anachrony est un pur jeu d’optimisation : il faut planifier la construction des différents bâtiments (et surtout des superprojets) de nombreux tours à l’avance. Vous aurez beau prévoir des plans B, voire même des plans C, vous serez souvent bloqués – volontairement ou involontairement – par vos petits camarades. D’autant qu’il sera nécessaire de construire énormément de bâtiments pour respecter ses conditions de victoires (qui sont propres à chaque joueur).

Heureusement, le jeu prévoit une mécanique plutôt sympa pour limiter la frustration : si vous avez besoin de quelque chose (ça peut être n’importe quoi : un membre d'équipage, un exosquelette prêt à partir, une ressource, etc.) il suffit de demander et celle-ci apparaît immédiatement et comme par magie.

C’est cool, non ? Tempérez quand même votre optimisme, parce que ça ne veut pas dire qu’elle est gratuite. Plus tard dans la partie, vous devrez la renvoyer à vous-même dans le passé au moyen d’un type de bâtiment spécifique appelé centrale énergétique.

Eh oui, car il est question de voyages dans le temps dans Anachrony. Ce n’est pas le premier jeu à utiliser cette thématique (on peut penser notamment à Khronos ou à Time Stories), mais il le fait extrêmement bien et d’une manière particulièrement élégante.

Il est toutefois déconseillé d’en abuser  car elle peut avoir des effets négatifs plutôt violents. A chaque tour, celui qui aura le plus de dettes envers lui-même va se manger des paradoxes temporels, qui vont assez rapidement donner naissance à de jolies petites anomalies. Celles-ci ressemblent à des bâtiments, sauf que le joueur va devoir payer (très cher) pour les enlever de son plateau, notamment en sacrifiant un ouvrier innocent.

Heureusement, on gagne beaucoup de points de victoire lorsqu’on arrive à boucler la boucle et à payer sa dette à soi-même. C’est même souvent ce qui permet de faire la différence en fin de partie. La victoire se trouve dans un équilibre subtil, qui devra être ajusté en permanence en fonction de ce font ses adversaires puisque seul celui qui a le plus de dettes est pénalisé.

Un chef d’œuvre, tout simplement

Au final, soyons clair et sans détour : Anachrony est une petite merveille ludique. Le jeu ne cherche pas à innover à tout prix, ni à être follement original. Il n’en a pas besoin, le bougre : il se contente de proposer un gameplay parfaitement équilibré qui fonctionne à la perfection.

Le but est simple et immédiatement compréhensible : optimiser le placement de ses ouvriers afin de construire des bâtiments et disposer de la plus belle colonie en fin de partie (et accessoirement répondre à ses propres conditions de victoire permettant de survivre).

Mais le plateau est petit et il n’y aura pas de place pour tout le monde, ce qui rend la planification absolument fondamentale. Le nombre d’action limité permet d’anticiper dans les grandes lignes le jeu des autres, et c’est un exercice particulièrement grisant de se demander, 5 tours à l’avance, comment les empêcher de mettre la main les premiers sur le superprojet qu’on convoite.

Sur cette base parfaitement équilibrée, chaque case, chaque bâtiment, chaque coup donne un micro-avantage s’il est bien utilisé. Peu à peu, ces avantages se transforment en points, et les points en victoire. Mais le jeu est impitoyable, et une erreur se paie cash et ne peut pas toujours être rattrapée, à moins de prendre des risques et de faire appel à la mécanique des voyages dans le temps.

Il sera difficile de gagner sans y faire appel, mais il sera impossible de finir premier si vous en abusez. L’équilibre est subtil, et il évolue en permanence.

Pour finir, la règle contient de nombreuses variantes qui augmentent le niveau de réflexion global par petites touches légères mais sensibles. Partie après partie, vous pourrez donc augmenter la difficulté en fonction de votre maîtrise des mécaniques. Il y a également un mode solo, très bien fichu et à la difficulté particulièrement relevée, qu’il serait dommage de ne pas essayer.

Alors certes, le dépunchage et la première lecture des règles peuvent faire peur, surtout si c’est votre premier gros jeu. Mais il faut persévérer : une fois la partition mise en musique, vous verrez qu’elle chante toute seule et que tout s’enchaîne avec fluidité.  Si vous vous êtes déjà frottés à quelques jeux un peu velus (par exemple un Exodus, un Roll for the Galaxy, ou dans des genres complètement différents un Mombasa ou un Great Western), pas d’inquiétude à avoir : ça va passer tout seul.

​Clairement, Anachrony est ma première baffe et mon premier coup de cœur de l'année, et je n’aurai au final qu’un seul regret : ne pas l'avoir découvert plus tôt. A essayer, au strict minimum.

La conclusion de à propos du Jeu de société : Anachrony [2017]

Gaetan G.
95

Anachrony est une claque, une baffe, une gifle, une droite dans les ratiches, un pain dans les gencives, bref un petit chef d’œuvre ludique qui va vous marquer durablement. Le jeu n’a rien de franchement innovant, il n’est pas spécialement joli, il n’a pas de licence connue. Non, il se contente juste de proposer un gameplay absolument parfait, plutôt simple en première approche mais livrant ses subtilités partie après partie.

Niveau thème, la boîte arrive à trouver son identité bien à elle en mêlant avec beaucoup de finesse la S.F, le post-apocalyptique et les voyages dans le temps. Le résultat respire la qualité et l’amour du travail bien fait, à défaut d'être original.

Attention quand même, car le niveau demandé à l’entrée est assez relevé. On est dans le jeu expert chimiquement pur : les parties sont très longues et la moindre erreur peut réduire à néant vos chances de victoire. Mais le jeu en vaut la chandelle, et c’est un véritable plaisir de s’y frotter les méninges… De mon point de vue, Anachrony est un must pour tout gros joueur qui se respecte.

Que faut-il en retenir ?

  • Matériel dantesque
  • Mode solo très bien fichu
  • Plutôt simple à prendre en main, au final
  • Variantes qui augmentent le niveau de complexité de partie en partie

Que faut-il oublier ?

  • La boîte de paracétamol n’est pas incluse pour le dépunchage et la première lecture des règles
  • Très long (compter facilement 4 heures par partie)
  • L’extension Exosuit Commander Pack est vendue très cher, alors qu’elle rajoute énormément au jeu

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