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Critique du Jeu de société : Terraforming Mars
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Critique du Jeu de société : Terraforming Mars

Avis critique rédigé par Gaetan G. le vendredi 23 février 2018 à 0900

Le lauréat des As d'Or, catégorie "jeu expert"

Ça y est, le suspense est terminé. La cérémonie des As d’Or a eu lieu le jeudi 22 février dernier et le nom des heureux élus est désormais connu. Et comme l’équipe l’avait prévu, Terraforming Mars a été désigné meilleur jeu expert de l’année 2018. Pour être honnête avec vous, il n’y avait pas trop de doute sur le classement tant le jeu se taille un succès grandissant (et mérité) depuis sa première révélation à Essen en 2016.

C’est donc le moment idéal pour en réaliser un test détaillé, histoire de permettre à ceux qui n’auraient pas encore eu la possibilité de poser leurs paluches dessus de se faire un avis éclairé.

Un thème aussi luxuriant que les paysages de Mars…

Au niveau du thème, Terraforming Mars se la joue hard-science pure et dure. Ce qui signifie, au cas où vous vous poseriez la question, une ambiance SF axée sur la crédibilité, la vraisemblance et la cohérence. Ici, c’est du sérieux.

Jugez-en plutôt : l’histoire prends place en 2315, dans un futur finalement pas si lointain. La terre est surpeuplée et les ressources naturelles s’épuisent à un rythme alarmant. Notre espèce doit trouver rapidement de nouvelles planètes à coloniser si elle veut éviter l’extinction façon Ile de Pâques.

La Planète Rouge est la candidate idéale, même si elle n’offre pas de base les conditions propices à la vie. A cœur vaillant, rien d’impossible : le Gouvernement Mondial décide de s’appuyer sur l’expertise des différentes corporations qui rançonnent dirigent la Terre, afin de transformer Mars et la rendre habitable pour les humains.

Chaque joueur incarne le leader d’une corporation. Et attention parce que le but d’une partie vend de la magie, du rêve et de la poésie : il faut que la température moyenne de la planète atteigne 8°C, que les océans remplissent 9% de sa surface et que le taux d’oxygène dans l’atmosphère atteigne 14%. Les joueurs devront unir leurs efforts pour y arriver, mais n’allez pas croire que le jeu soit coopératif pour autant.  En effet, à la fin seul celui qui aura le plus contribué au développement de Mars sera déclaré gagnant et bénéficiera de tous les honneurs. Les autres finiront dans les oubliettes de l’histoire, merci pour eux bisou la femme les gosses.

Clairement, le thème du jeu ne transpire pas la déconne et la joie de vivre. On sent bien la volonté de faire un produit sérieux, ultra-peaufiné et limite pédagogique. Certains pourront déplorer, du coup la froideur et l’austérité qui vont avec.

…Avec une réalisation aux fraises

Le matériel est tout ce qu’il y a de classique. La boîte contient en effet :

  • Un plateau central représentant la planète Mars
  • 1 plateau individuel par joueur pour gérer la production des 6 ressources du jeu (les €uros, l’acier, le titane, l’énergie, la flore et la chaleur)
  • 200 cubes de ressources
  • 17 cartes corporations (5 pour la partie découverte, 12 pour les parties standards)
  • 208 cartes de constructions
  • 80 hexagones représentant les différentes « constructions » réalisables (des mers, des forêts, des villes ou des zones spéciales)

Le contenu est classique, certes, mais c’est la réalisation qui détonne. Car autant commencer tout de suite par les mauvaises nouvelles : il y a peu de chances que vous flashiez sur son physique…

Le carton des plateaux individuels, par exemple, est très fin et possède une finition brillante (et glissante). C’est ballot parce que vous n’allez pas arrêter de prendre, de poser ou de déplacer des petits cubes dessus. Au moindre geste un peu trop vif, ou au moindre tremblement de la table, tout ce petit monde va joyeusement vadrouiller et se mélanger les uns les autres. Pour le coup, un plateau type Otys ou Exodus - avec des petites réservations dans le carton - aurait été nettement plus approprié.

Il y a aussi beaucoup à (mé)dire sur les cubes de ressources. Ils sont recouverts de peinture métallisée (couleur cuivre = 1 ressource, argent = 5 et or = 10) pour un rendu assez particulier et franchement tape-à-l’œil. Personnellement, je ne suis pas fan mais tous les goûts sont dans la nature. Par contre, la peinture s’écaille assez facilement aux coins, même au bout de 2 ou 3 parties.

Le pire, c'est sans doute les cartes. Voici par exemple une carte de corporation. Avouez que ce genre de rendu immerge tout de suite dans le thème et donne envie d'embaucher un graphiste digne de ce nom de se lancer à la conquête de la Planète Rouge :

Je vous avais prévenu : ça pique les yeux. Les concepteurs du jeu ont d’ailleurs fait un choix assez audacieux : ils ont choisi de mélanger de vraies photos aux illustrations, pour un rendu final que l’on pourra qualifier de « différent ». La carte qui m’a le plus marquée est celle avec Kiki le caniche qui s’est imprimée au fer rouge sur ma rétine et que je revois à chaque fois que je ferme les yeux :

Ironie mise à part, le jeu se pose en digne héritier des boîtes de 2005-2010 (Trajan ou Myrmès en tête) qui se caractérisaient par un gameplay aux petits oignons doublé d’une réalisation aux fraises. Un mélange assez indigeste, et surtout d’un autre temps.

Pourtant, le succès du jeu montre que ce défaut n’est pas rédhibitoire. Vous vous en doutez, la boîte a de sacrés atouts à faire valoir en face. En particulier, le travail réalisé autour du contexte scientifique force l’admiration. Toutes les technologies décrites sont crédibles et réalistes, et si un jour l'homme se met réellement à terraformer la Planète Rouge il est probable que l'on ressortira Terraforming Mars en s'extasiant sur son côté visionnaire, un peu comme on regarde les livres de Jules Verne un siècle plus tard. De ce point de vue, le jeu est une belle performance et on a l’impression de participer à l’histoire avec un grand H.

Et puis c’est bête à dire, mais cette esthétique austère et datée participe d'une certaine manière au charme du jeu. Il ne cherche pas à rentrer dans les canons esthétiques de son époque, ce qui lui donne une identité assez affirmée. Au moins, on peut être sûr qu’il ne se démodera pas.

Parlons un peu du système de jeu

Soyons clairs : jusqu’ici, on n’a pas franchement vendu du rêve. Mais concrètement, qu’est-ce que ça donne une fois sur la table ? Dans un premier temps, je vous propose de regarder comment se déroule une partie d'initiation.

Une partie débute normalement par le choix de sa corporation. En mode découverte, le choix est purement cosmétique puisque les toutes cartes disponibles sont rigoureusement identiques : chacune met à disposition 48 milliards d'€uros, et une capacité de production de 1 ressource de chaque type.

Dans Terraforming Mars, on enchaîne les tours – appelés « générations » – jusqu'à ce que toutes les conditions de terraformation soient remplies.

Au début de chaque tour, chacun commence par piocher 4 cartes (10 pour le premier tour). Elles ne seront pas gratuites puisqu’il faudra acheter celles que vous voudrez garder au tarif de 3 M€ pièce. Les autres sont défaussées, et il est peu probable que vous les revoyez passer dans la partie puisqu'elles sont quasiment toutes uniques.

Et ce n’est pas forcément une bonne nouvelle. Cela signifie que si vous avez pioché d'entrée des cartes end-game, très chères et/ou qui nécessitent des conditions très contraignantes pour être posées, alors votre partie démarre très mal… Vous allez manquer de cartes simples pour initier votre développement. Vous allez par conséquent vous retrouver à la traîne, et cela va retarder du même coup votre montée en puissance. Un véritable cercle vicieux.

Et voilà, on a à peine commencé à jouer et on touche déjà à un gros défaut de cette partie d’initiation : Terraforming Mars est un jeu basé sur la pioche de carte, c'est-à-dire sur l'aléatoire, le bol, la chance (appelez-ça comme vous voulez). Bien sûr, le talent et la stratégie auront de l’importance car il faudra savoir maximiser les synergies, mais le hasard gardera une place absolument centrale et prépondérante. Si c'est votre soirée chat noir, désolé pour vous mais la partie va être longue comme un jour sans pain.

Le nombre d’actions par tour n’est pas limité, mais par contre on ne peut pas tout faire d’un coup. Chaque joueur joue jusqu’à deux actions, on passe au suivant et ainsi de suite jusqu’à ce que plus personne ne souhaite jouer. Du coup, certains tours peuvent durer trèèèèèès longtemps. Personnellement, je conseille de ne faire qu’une action et de laisser la main, afin de réfléchir à son prochain coup pendant le tour de jeu de ses petits camarades. Cela évite d’avoir des parties interminables, d’autant qu’en pratique on ne se fume que très rarement.

Une fois que tout le monde a passé, la phase de production peut commencer. Rien de bien compliqué : chaque joueur ramasse les ressources correspondant aux cartes qu’il a posé et les ajoute à son stock. Chaque joueur gagne également 1M€ par point de victoire déjà marqué, ce qui favorise les joueurs en tête et accentue les écarts.

Ensuite, une nouvelle génération commence. Et ainsi de suite jusqu’à ce que toutes les conditions soient remplies. A ce moment-là, la partie se termine et on procède alors au décompte final.

Je vous propose de faire un petit tour rapide sur la palette d’actions à votre disposition.

Première action possible : poser une carte de votre main

Vous avez payé votre carte pour la prendre en main, mais il vous faudra payer une seconde fois pour la mettre sur la table. Chaque carte dispose de son propre coût : en général, il s’agit d’un nombre de M€, d’acier, de titane ou d’énergie qu’il faut défausser immédiatement. Parfois, le bâtiment nécessitera également de baisser la production d’une ressource bien particulière (souvent, la flore ou l’énergie).

Pour compliquer les choses, vous ne pourrez en général pas poser une carte n’importe comment : il faudra une température ou un pourcentage d’oxygène minimum. N’espérez pas faire fondre un lac de glace par -36°C, par exemple. Ce qui peut être assez frustrant, puisque vous n’êtes pas sûr qu’il restera encore des tuiles d’océan lorsque la température arrivera à 0°C.

Sans trop rentrer dans les détails, il existe trois différents types de cartes. Les cartes Rouges représentent les évènements : elles ont un effet immédiat (gain ou vol de ressources, pioche de cartes, « construction » de tuile, etc.) puis sont retournées face cachée. Elles restent cependant dans l’espace de jeu du joueur et ne retournent pas dans la défausse.

Les cartes Vertes représentent des bâtiments, et influencent principalement la production de ressources. Ces cartes sont placées en jeu face visible, car elles offrent parfois un bonus lorsqu’elles sont combinées.

Les cartes Bleues, enfin, offrent des pouvoirs permanents. Suivant les cas, ces pouvoirs sont passifs, ou peuvent être activés une fois par tour.

Les cartes ont beaucoup de synergies potentielles, et il est possible de réaliser des combos vraiment sympathiques. Par contre, il n'est pas possible de détruire ou de voler les cartes de ses adversaires, contrairement à un jeu comme Exodus. Du coup, il est très difficile de rattraper un joueur qui prend l’avantage…

Deuxième action possible : transformer la Planète Rouge

Il y a 2 ressources dont nous n’avons pas encore parlé car elles ont un fonctionnement un peu différent. En effet, elles sont dédiées à la terraformation.

8 cubes de plantes peuvent être transformés en une forêt que l’on pose sur le plateau principal, sachant que chaque forêt augmente le taux d’oxygène de 1%.

De la même manière, défausser 8 cubes de chaleur permet d’augmenter la température de 2°C.

Chaque fois que vous faites cela, vous gagner 1 point de victoire, et donc 1M€ de plus tous les tours suivants.

Troisième action possible : valider un objectif

Cette option ne doit pas être négligée, car c’est souvent elle qui fait la différence en fin de partie. Il y a deux types d’objectifs : ceux de rapidité et ceux de majorité.

On peut prendre un objectif de rapidité dès que l’on respecte sa condition (être le premier à construire 3 forêt ou 3 villes, atteindre 35 points, etc.), sachant que cette action n’est pas gratuite puisqu’elle nécessite de payer 8M€. Chaque objectif ne peut être pris qu’une fois, et il rapportera 5 points de victoire en fin de partie.

Les objectifs de majorité, quant à eux peuvent être pris n’importe quand. Il pourra y en avoir au maximum 3, sachant qu’ils seront de plus en plus cher (le premier coûtera 8, le second 14 et le dernier 20M€). En fin de partie, le joueur qui respectera la condition (le plus d’argent, le plus de minerai, le plus de constructions, etc.) marquera 5 points de victoire et le deuxième 2 points, et inutile de dire que ce ne sera pas toujours celui qui l’aura payé. Le mécanisme est plutôt bien trouvé : plus on prend un objectif tôt moins il coûtera cher, mais plus on risque de se le faire piquer.

Bon alors, c’est bien ou pas ?

Arrivé à la fin de ma partie d’initiation, je dois vous avouer que je n’étais pas emballé plus que ça par Terraforming Mars : le jeu est moche, les règles ne sont pas très fun à expliquer et le jeu met du temps à prendre sa vitesse de croisière. Et j’ai eu le désagréable sentiment d’être complètement dépendant de ma main de départ.

Alors fermez le ban, Terraforming Mars est un gros pétard mouillé ? Eh bien pas du tout. C’est même exactement le contraire… Comme on va le voir tout de suite, le jeu est vraiment excellent et vous auriez vraiment tort de vous arrêter à cette première impression.

En effet, une fois qu’on enlève les roulettes et qu’on passe en partie normale – ce que les règles appellent « l’ère des corporations » – alors le jeu prend une toute autre dimension.

Dans cette variante, chaque joueur commence avec 2 corporations et 10 cartes en main, et il doit faire son choix parmi tout cela. En général, on arrive toujours à trouver plus ou moins son bonheur. Les différentes corporations ont des conditions de départ très différentes et plutôt bien équilibrées. Elles vont fortement orienter le début de partie, et par conséquent votre stratégie de développement sur le long terme. Pour gagner, il est impératif de jouer dans l’esprit de sa corporation, et de trouver le meilleur compromis entre cette voie naturelle et les cartes que l’on pose.

En plus, lors d’une partie d’initiation on retire une bonne moitié du paquet de cartes, et inutile de vous dire que les plus intéressantes et les plus complexes ne sont pas du voyage. Le niveau de stratégie franchit clairement un pallier lorsqu'on joue avec toutes les cartes : c’est bien simple, on n’a pas l’impression d’avoir affaire au même jeu.

Une autre variante permet également d’augmenter le degré d’interaction entre les joueurs et d’éliminer quasi complètement le hasard en répartissant les cartes selon une mécanique de draft (vous en gardez une puis passez les autres à votre voisin, et ainsi de suite jusqu’à ce que tout le monde ait ses 4 cartes en main).

Les deux variantes sont compatibles, et je vous recommande même chaudement de les combiner : c’est pour moi dans cette configuration que le jeu révèle ce qu’il a de meilleur et qu’il assène la baffe attendue. C’est à ce moment précis qu’on commence à prendre son pied et qu’on comprend pourquoi il a été récompensé.

En contrepartie, la durée des parties s’envole et tutoie les 4 heures sans trop forcer… A vous de voir si c’est un défaut, sachant que pour le coup on ne les voit pas passer.

Le jeu tourne très bien entre 3 et 5 joueurs, avec un rythme et une durée globalement similaire. La boîte est également livrée avec une règle solo hyper réussie et qu’il serait dommage de ne pas tester, avis aux amateurs.

En conclusion, Terraforming Mars est bien la petite merveille attendue, même s’il faut un peu de persévérance pour l’apprécier à sa juste valeur.

La conclusion de

Terraforming Mars est-il à la hauteur de sa nomination comme jeu de l’année 2018 ? Sans hésitation, je réponds oui. Oui pour sa mécanique bien huilée qui offre un grand éventail de stratégies tout en maintenant une relative simplicité. Oui pour son excellente rejouabilité. Et oui enfin pour le sérieux quasi monomaniaque avec lequel chaque élément a été soigneusement poli pour s’emboîter parfaitement avec ses petits copains.

Le jeu n’est pourtant pas exempt de défauts. Tout d’abord, sa réalisation est très loin des standards actuels, et surtout à des années-lumière des autres jeux vendus dans cette gamme de prix. Ensuite, il faut persévérer quelques heures pour commencer à prendre son pied, car la partie d’initiation fait le pari assez surprenant de castrer le jeu de ce qu’il a de meilleur. Et surtout, il faut être prêt à consacrer 3 ou 4 heures à une seule partie. Cela pourra en effrayer certains, même si le match ne souffre d’aucun temps mort ou baisse de rythme.

Alors c’est clair, la boîte ne plaira pas à tout le monde. Mais c’est le propre des jeux avec une forte personnalité : que l’on aime ou que l’on déteste, Terraforming Mars ne laissera personne indifférent. Perso je n’ai qu’une hâte : m’en refaire une petite partie…

Que faut-il en retenir ?

  • Enorme rejouabilité
  • Beaucoup de variantes très intéressantes à tester
  • Background scientifique très travaillé
  • Mécanique plutôt fluide passée la première partie

Que faut-il oublier ?

  • Réalisation aux fraises (que ce soit le graphisme ou la qualité de réalisation des différents éléments)
  • Partie d'initiation pas très intéressante. Il faut persévérer pour voir ce que le jeu a dans les tripes
  • Très long (comptez entre 3 et 4 heure par partie)

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