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Critique du film d'animation : Les Sorciers de la guerre [1978], par Nicolas L.

Avis critique rédigé par Nicolas L. le mardi 15 novembre 2011 à 19h37

Tiny Toons vs Rotoscop Evil

En 1972, surfant sur la vague post-hippie, Ralph Bakshi, jeune artiste de Brooklynn qui s'était déjà fait remarquer de la profession grâce à ses travaux sur Spider-man (la série produite par la Paramount), secoue le très conformiste monde de l'animation avec Fritz the Cat, un dessin animé aussi surprenant par son approche très adulte que par ses aspects cyniques et potaches. Film atypique, fruit des expérimentations d'un réalisateur novateur, Fritz the Cat connait lors de sa sortie en salles un immense succès populaire et critique (une telle unanimité est suffisamment rare pour être signalée) et est aujourd’hui considéré comme l’une des œuvres charnières de l’histoire de l’animation.

Cinq ans plus tard (après deux films, un peu trop hermétiques et provocateurs, qui ne connurent pas le succès escompté), Ralph Bakshi essaie se refaire une santé pécuniaire. Amateur de littérature fantasy et d’univers féeriques, il se penche donc sur le monde familial des contes et légendes. Evidemment, le regard que pose l'artiste avant-gardiste sur cet univers est loin d'être conventionnel et, au final, Les sorciers de la guerre se pose plus comme une expérience psychédélique et philosophique, riche de multiples influences, que comme un dessin animé traditionnel. Pour le meilleur et pour le pire…

Pour ce qui est du sujet, l'histoire des Sorciers de la guerre se déroule dans un monde post-apocalyptique, mais qui n'a vraiment rien à voir avec celui de Mad Max. Il y a des éons, suite à une guerre nucléaire, la civilisation, telle que nous la connaissons, a disparu. A la place a surgi un univers de science fantasy (un croissement entre le monde du Tragique Millénaire et celui des Terres du Milieu) où cohabitent fées, gobelins, magiciens, mutants et créatures monstrueuses. Un univers plein de dangers, mais non dépourvu d'endroits idylliques, au sein desquels des communautés pacifiques vivent en harmonie avec la nature. Dans ce monde manichéen, la technologie, considérée comme néfaste, voire maléfique, n'est plus utilisée que par les engeances démoniaques, composées principalement de mutants dégénérés (aux looks ridicules) regroupés en meutes.

Cet univers contrasté voit s’opposer deux icônes, deux frères jumeaux incarnant les deux courants. Avatar, gentil magicien à la barbe fleurie, et son disciple, une fée aux formes généreuses, représentent le Bien et l'Harmonie. Blackwolf, nécromancien manipulateur et fourbe, est l'incarnation du Mal et du Chaos. Hors, ce dernier, de nombreuses années après avoir subi une cuisante défaite, revient sur le devant de la scène, bien décidé à prendre sa revanche et conquérir le Monde avec ses armées de gredins, de monstres et de mutants. Usant d'images d'archive de la deuxième guerre mondiale (mettant souvent en vedette Adolf Hitler) projetées par sa « machine à rêves », le méchant sorcier a réussi a endoctriné les hordes de mutants débiles. Il va d'ailleurs utiliser les mêmes images pour semer le trouble dans les rangs des armées du Bien, en les projetant au-dessus des champs de bataille. Parallèlement à cette conquête militaire, il envoie ses agents parcourir le Monde, afin qu'ils éliminent son frère honni. Mais l'inattendu se produit quand le plus puissant de ces agents change de camp pour rejoindre le parti d'Avatar. Dés lors, plus rien ne se déroule vraiment comme prévu...

Pour bien appuyer le contraste entre ces deux mondes que tout oppose, Ralph Bakshi a pris comme option de mixer différentes techniques d'animation au sein du même métrage. Les créatures du Bien, et le monde qui les entoure, se voient donc attribuer un traitement traditionnel tout en rondeurs et en couleurs. Au cours de ces séquences, où l'on accompagne Avatar et les faëries, on évolue donc dans un véritable environnement cartoon empli de naïveté. Seuls quelques tétons pointant sous des bustiers tendus et quelques paires de fesses de nymphes callipyges nous rappellent que l'on est en train de visionner un dessin animé adulte. Par contre, quand l'artiste nous propose sa vision du Mal, il change complètement de technique et opte pour le rotoscoping (une technique qu'il réutilisera un an plus tard pour représenter les Nazguls dans Le seigneur des Anneaux). Recyclant des stock shots de grands classiques du cinéma (Alexandre Nevski, Zoulou, Le Cid et divers films de guerre), Baskhi nous offre un spectacle au rotoscoping volontairement sommaire, appuyant ainsi le coté expérimental de l'œuvre et créant une sorte d'hétérogène maelstrom guerrier. La pertinence de ces choix apparaît dans toute sa grandeur lors du choc visuel créé par ces deux univers antithétiques.

A coté de cela, il serait une erreur de considérer Les sorciers de la guerre comme une oeuvre simpliste. Il suffit de se pencher un peu plus sur les profils psychologiques des personnages pour s'en convaincre. Ainsi, sous son air bonhomme et bienveillant, Avatar dissimule quelques failles alors que sa jolie disciple, Elenore, exprime quelques attirances peu avouables. De l'autre coté, Fritz, l'assassin, revêt par certains moments un aspect pathétique, voire attendrissant. Le film, de plus, malgré un défilé de gags, dissimule un fort pessimisme (les images de fin du monde sont frappantes par leur violence), laisse entendre que le Bien et le Mal sont des composantes essentielles et inaliénables de notre société. Enfin, si le message « beat generation » est bien entendu fortement présent (le film subit les influences de l’époque et celle de J.R.R. Tolkien, Bakshi étant un fan du Seigneur des Anneaux), le récit ne s’arrête pas à cette unique thématique (on y parle de manipulation de masse, des dangers de la science pratiqué sans conscience, etc.).

Cependant, aussi plaisant soit-il, Les sorciers de la guerre est loin d’être le film parfait. D’aucun pourraient même le trouver chiant sans que l’on puisse trop leur en vouloir. Car force est d’avouer que si, graphiquement, le défi visuel est relevé haut la main par Ralph Bakshi et ses collaborateurs, narrativement, on en arrive à un constat bien moins flatteur. Dés l’entame du film, la beauté des cartons de Mike Ploog, talentueux illustrateur et story-boarder formé chez Marvel, n’arrive pas à nous faire oublier la longueur d’une séquence d’intro statique à peine secouée par quelques mouvements de caméra. Bercé par une voix off monocorde, l’on est déjà à deux doigts de s’assoupir. Et quand l’on sait que Bakshi nous en ressert une louche en milieu de métrage… On peut également émettre quelques réserves sur le rythme général, qui souffre d’une réalisation cheap mêlée à une démarche « arty » un peu pompeuse, et qui entraîne parfois le spectateur vers l’ennui. Ainsi, si son aspect expérimental, trip psychédélique mettant en scène la lutte éternelle entre le Bien et le Mal, en fait un film très intéressant à étudier, cela ne gomme pas le fait que Les sorciers de la guerre apparaît aussi comme un spectacle inégal.

La conclusion de à propos du Film d'animation : Les Sorciers de la guerre [1978]

Nicolas L.
70

Œuvre expérimentale très intéressante de par ses choix techniques et son approche adulte des univers féeriques, Les sorciers de la guerre souffre également de problèmes de rythme, qui en fait parfois un spectacle peu excitant. Au final, même si le film de Ralph Bakshi se positionne bien au-delà du statut de simple curiosité, il a peu de chance d’éveiller l’intérêt d’un public non cinéphile.

Que faut-il en retenir ?

  • Une expérience visuelle
  • Une approche adulte de l’animation
  • Un scénario assez habile
  • Une œuvre atypique et avant-gardiste

Que faut-il oublier ?

  • Une réalisation inégale
  • Des grosses chutes de rythme

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