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Critique du film : Les Diables [1971], par Nicolas L.

Avis critique rédigé par Nicolas L. le jeudi 5 juin 2008 à 14h22

Le curé de ses dames

Le script des Diables s'appuie très librement sur le texte du roman de Aldous Huxley, lui même inspiré de la véritable histoire de l'abbé Urbain Grandier. Cet homme d'église très influent fut le curé de la tolérante cité de Loudun (dans le diocèse de Poitiers). Apprécié du roi Louis XIII, il parvint à garder intact les murailles de la ville, et il symbolisait à son époque une certaine forme de résistance pacifique face au pouvoir centralisateur mis en place par Richelieu. Accusé de sorcellerie par Jean de Laubardemont, envoyé du cardinal et proche de l'ordre des capucins, Urbain Grandier fut soumis à la question et brûlé vif en 1634, à l'age de 44 ans.
Cette histoire terrible, symbole de la lutte éperdue du pot de terre contre celle du pot de fer, est récupérée au début des années 70 par le réalisateur britannique Ken Russell. Ce dernier voit en ce récit bon nombre d'éléments pouvant amener la mise en forme d'un véritable pamphlet blasphématoire et subversif. Et c'est exactement ce qu'est Les Diables, l'un des films les plus culottés de l'histoire du cinéma. En effet, Ken Russell, en véritable iconoclaste provocateur, récupère les principaux "maillons" de cette chaîne dramatique qui ont fini par conduire l'abbé Grandier sur le bûcher; la jalousie de ses proches (l'homme de foi était très apprécié du peuple); son libertinage; sa liberté de pensée (Grandier avait écrit un texte critiquant la politique dictatoriale de Richelieu); sa compassion envers les miséreux et sa tolérance envers les réformateurs. Bref, Grandier était un humaniste, un personnage perturbateur et non souhaité dans le système "idéal" ambitionné par le cardinal du roi Louis XIII.


Mais Les Diables n'est pas uniquement un drame historique car Ken Russell glisse dans la narration sa fascination pour le baroque et le surréalisme. Il faut dire qu'il voit sa tache facilitée par l'objet de l'accusation - qui est d'avoir pactisé avec le démon Asmodée -, mais aussi par l'identité de la victime et accusateur; la nonne Jeanne des Anges, du couvent des Ursulines. Une femme bossue, aigrie par son physique disgracieux et surtout complètement fanatisée (en réalité, elle n'était qu'une amoureuse éconduite). Le film alterne donc les séquences réalistes (enfin, presque) qui témoignent de la vie quotidienne des gens de Loudun, des passages plus introspectifs qui mettent en exergue les moments de doutes de l'abbé (sur sa condition, sur le clergé, sur la Réforme, et même sur l'existence de Dieu) et les scènes surréalistes et obscènes détaillant les délires et les hallucinations de Jeanne des Anges.
Tous ces traits narratifs vont finir par se mélanger dans un hallucinant délire baroque et sulfureux, dont l'efficacité blasphématoire est appuyée par une musique psychédélique dérangeante. Le climax se produit bien sûr à l'occasion de cette gigantesque orgie au cours de laquelle les Ursulines en transe, complètement envoûtées par le processus d'exorcisme mis en place par un fou de Dieu inquisiteur (au look de John Lennon!), se laissent aller aux pires perversions et actes contre-nature devant un parterre de laïcs hilares et concupiscents. Une bacchanales satanique, empli d'un humour noir qui fait souvent mouche, qui causa un véritable scandale lors de la sortie du film en salles en 1971 (je me demande d'ailleurs si aujourd'hui on laisserait sortir tel quel un film aussi subversif).

Ainsi, Ken Russell met un peu de coté l'acharnement de l'ordre de Capucins à voir la perte de l'abbé, ainsi que l'aspect politique de l'affaire (d'ailleurs, le cinéaste prend de grandes libertés dans le déroulement du procès, qui fut en réalité une longue procédure judiciaire). Il s'attarde plus sur la fantasmagorie, le coté idolâtre de la populace, et le danger que représente pour le pouvoir établi de tels individus charismatiques au fort magnétisme sexuel. Car qu'est-ce qu'Urbain Grandier, sinon une rock-star? Adulé par le peuple, fantasme inavoué de Jeanne des Anges, amant de nombreuses filles de bonne famille, très apprécié de Louis XIII (qui était homosexuel), le curé possède une aura d'une portée qui dépasse largement le rayonnement du respect dévot. Le film se positionne ainsi vraiment dans la mouvance de son époque, avec son lot de gourous et de concerts de rock générateurs d'hystérie collective. Une hystérie que l'on retrouve d'ailleurs de nombreuses fois au cours du métrage, les Ursulines apparaissant souvent comme une foule de groupies en chaleur.
Mais au delà de son esthétique baroque et théâtral (et un peu kitch, disons-le, ahh, ces murailles de Loudun en polystyrène!), et de son traitement subversif, Les Diables vaut aussi son pesant d'or pour les performances extraordinaires de deux immenses comédiens: Oliver Reed et Vanessa Redgrave. Le premier est Urbain Grandier, bien entendu, et la seconde Jeanne des Anges, la mère supérieure des Ursulines. Dans ce film, Oliver Reed est exceptionnel, faisant passer un incroyable panel d'émotions. A travers son personnage, on y voit surtout un homme hanté par ses doutes, à la fois en avance sur les idées de son époque et coincé dans un rôle à responsabilité. La dernière partie, qui le fait paraître devant ses pairs pour assister à un festival de calomnies et de superstition, donne au comédien britannique l'un des meilleurs rôle de sa carrière. Et que de dire de la performance "habitée" de Vanessa Redgrave! Cette véritable "enfant de la balle" (elle est la fille des stars anglaises Michael Redgrave et Rachel Kempson) déploie ici tout son talent pour mettre en forme de manière remarquable un personnage complexe et torturé, emporté au coeur de la démence à la fois par sa passion et par sa haine pour un même homme, incarnation du plaisir charnel et de la tentation.
Finalement, comme Beatrice Cenci, l'une des oeuvres maîtresses de Lucio Fulci, Les Diables se situent bien au-delà du banal film de nunsploitation, même si certains aspects peuvent le rattacher à ce genre. Drame surréaliste mâtiné de fantasmagorie, le film de Ken Russell est bien trop sophistiqué, expérimental et personnel pour être considéré comme tel. Il est préférable d'y voir un véritable électrochoc, intelligent et délicieusement subversif.

La conclusion de à propos du Film : Les Diables [1971]

Nicolas L.
90

A l'heure où la Warner s'apprête à sortir une version intégrale de ce film longtemps maltraité par la censure (la seule version intégrale était jusqu'alors disponible uniquement en langue allemande), il me parait opportun de redécouvrir cette oeuvre majeure du cinéma britannique. Les Diables est un film référence, doté d'une symbolique très forte, interprété par de grands comédiens et dégageant une atmosphère bizarre, mais c'est aussi un véritable pamphlet anticonformiste et libéral, qui met en évidence les tendances subversives de son auteur. Alors, Les Diables serait-il le chef d'oeuvre de Ken Russell? Probable...

Que faut-il en retenir ?

  • Un traitement surréaliste et baroque fascinant
  • Oliver Reed et Vanessa Redgrave, tous deux magistraux
  • Véritable pamphlet anticonformiste et anticlérical
  • Jusqu'au-boutiste dans la démarche
  • Enfin disponible en version intégrale

Que faut-il oublier ?

  • Un aspect kitch qui peut prêter à sourire

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