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Critique : Gunman

Ecrit par David Q. le jeudi 12 octobre 2006 à 05:50

Le toxium sifflera trois fois...

Gunman c'est un peu l'OVNI du moment parmi les BD. Tout d'abord par son format A4, sa couverture souple et ses dessins noir et blanc style Sin City. Ensuite de par son ambiance western post-apocalyptique et son histoire digne des récits punk gothique des années 80. Gunman c'est un mélange de genres, de la violence sans concession, aucune pitié pour le politiquement correct et un amour de la BD à l'ancienne. Mais si, vous savez, l'époque Druillet, Métal Hurlant, la peur du nucléaire et des drogués. Tout ça se retrouve aux détours du crayon de Delmas et d’Elghorri qui nous livrent leur vision d'un futur bien mal barré.
Le mélange des genres donne lieu à des choses plutôt étonnantes. Déjà, la BD est séparée en quatre chapitres qui viennent comme un cheveu sur la soupe. Pareil pour les différentes races, on se retrouve face à des babouins parlant, des canards débiles, des sortes de nains gentils mais vraiment laids, tout un panel d'espèces peu probable qu'on n'a pas l'habitude de voir ensemble. L'ambiance western façon Ennio Morricone tranche avec le coté post-nucléaire plus proche d'un Mad Max que du bon, la brute et le truand. Les textes sont crus et sans détours, posant les bases d'un monde difficile où le danger est permanent. C'est d'ailleurs plutôt rafraichissant à lire cet humour noir second degré plein d'ironies et de fatalisme, ça change et fait réfléchir.
Mais le plus marquant, ce sont les dessins. Il est déjà rare de voir des BD en noir et blanc - c'est vrai qu'on mérite un peu de couleurs, la BD étant avant tout un loisir plaisir - mais là ça colle tout à fait avec le propos. C'est sur qu'au premier coup d'œil, lorsqu'on n'est pas préparé, on aurait tendance à tout de suite refermer la BD et à passer on chemin. C'est un pari risqué que d'éditer un titre comme celui-là, risqué dans le sens où il ne va peut-être pas être rentabilisé, un pari que seul un petite maison d'édition comme Carabas pouvait tenter, et un pari qui je l'espère sera réussi car si vous passer cette phase de surprise/répulsion et que vous prenez le temps de lire le début de l'album, vous aurez appris à apprécier un style différent qui vous plaira, foi d'humain. De case en case vous suivrez avec attention les différents personnages, reconnaissant par-ci par-là des visages connus comme autant de petits clins d'œil, mais surtout vous apprendrez à apprécier le travail d'un dessinateur puriste qui s'applique à rendre un maximum de détails avec sa seule couleur disponible: le noir. Un challenge réussi grâce à un style et un sens du design parfaitement adapté au noir et blanc.

à retenir

  • Un western-SF post apocalyptique
  • Un sens du design
  • C'est violent et anticonformiste

à oublier

  • Le dessin difficile à apprécier au premier coup d'œil

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