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Le maître des illusions >

Critique du Film : Le maître des illusions

Avis critique rédigé par Nicolas L. le lundi 27 février 2006 à 09:49

Une plongée dans les arcanes de la démonologie

Clive Barker est un artiste hors norme. Revendicateur exubérant, considéré par beaucoup comme un marginal, il use régulièrement de ses dons graphiques et littéraires pour construire moult métaphores élégantes, provocantes et colorées, dans le simple but de faire passer ses idées peu conventionnelles. Hélas, ce goût pour le ‘’libertinage d’expression’’ n’est pas fait pour rassurer les éventuels financiers du monde du cinéma, qui ne voient qu’en lui un énergumène irresponsable ayant un penchant prononcé sur la débauche et la perversion.
Clive Barker, le réalisateur, est donc un homme rare. Refusant de se laisser contrôler par les producteurs, il a été progressivement écarté des studios et il est devenu aujourd’hui un homme désiré, qui a laissé quand même un sacré chef d’œuvre ; Hellraiser. Son dernier film, (il en prépare un pour 2007, youpii !), le Maître des Illusions, qui date déjà de 10 ans, est l’illustration parfaite des désaccords constants que connaît ce surdoué avec les décideurs en tout genre.

La mort de Swann : réalité ou mystification ?

En effet, à la vue de ce téléfilm, qui mélange de manière débridée des aspects aussi divers que le thriller, l’horreur et le film noir, les distributeurs (la MGM) décident de couper de nombreuses scènes. Une décision scandaleuse qui a amèner une réduction du métrage de plus de 15 minutes et qui a entraîner l’apparition d’ellipses presque incompréhensibles. Clive Barker, mécontent, et fort de sa fonction de producteur, maintient contre vent et marée sa position et permet la sortie d’une version ‘’director’s cut’’. Cette version sortira en France lors de la distribution de la VHS, mais il est à regretter que la dernière édition en date dans notre hexagone, celle en DVD, ne soit composée que de la version amputée.
Ce film, intitulé Le Maître des Illusions, raconte, à la manière d’un Angel Heart, les mésaventures sulfureuses d’un détective privé spécialisé dans l’occulte. Contacté par la belle épouse d’un célèbre illusionniste, il se voit chargé d’enquêter sur la mort récente des anciennes fréquentations du magicien. Au cours de son enquête, il va découvrir que le magicien tient ses véritables pouvoirs d’un dangereux gourou qu’il a assassiné, aidé par quelques complices, il y a une dizaine d’années. Un puissant magicien nommé Nix, que les membres de sa secte tentent de ressusciter.
Harry d’Amour dans un univers d’illusions

Pour mettre en image son œuvre (issue d’un de ses Livres de Sang), Clive Barker choisit un style narratif qu’il affectionne particulièrement : un gothisme révisé ‘’façon baroque’’ pour l’esthétique et une exposition adulte et gore pour son contenu. La trame reste cependant celle d’une enquête policière, avec ce détective de film noir à l’allure classique (un Scott Bakula parfait, qui interprète de manière subtile une sorte de Jack Nicholson qui aurait vu le scénario de Chinatown basculer dans le surnaturel) qui se trouve confronté aux adversités habituelles avec les traditionnels faux semblants, coups bas, dissimulations et trahisons. Avec cependant une grosse différence par rapport à l’univers de James Cagney, Alan Ladd ou Dick Powell : la plongée dans l’horreur fantastique.
A cours de son enquête, le détective Harry d’Amour doit quitter sa résidence habituelle de New York pour se rendre en Californie. Un indice précieux que ce fait de se retrouver si près d’Hollywood, pays de l’illusion, du culte de l’apparence, et des puissants moguls financiers. Dans cette cité de Los Angeles, il va trouver en place et lieu de l’habituel poulpe de la pègre, une organisation beaucoup plus terrifiante et encore plus pernicieuse : la secte de Nix. Cet homme aveuglé et transporté par la haine, transformé en un démon pour avoir voulu égaler Dieu. Plongé dans cet univers de faux semblants, le spectateur qui accompagne d’Amour dans ses investigations perd le sens des réalités et vient à douter de tout ce qu’il voit, ne pouvant résoudre de nombreuses incertitudes : magie ou prestidigitation, folie ou damnation, amour ou manipulation.
Le film bascule ensuite progressivement dans une lutte entre la magie noire de Nix et celle, blanche, de son fils indigne Swann. Harry d’Amour, placé entre le marteau et l’enclume, et complètement dépassé par des enjeux trop métaphysiques et colossaux pour lui, se rabat vers une quête plus terre à terre : celle de la survie de sa bien-aimée ; la belle Dorothea (excellente Famke Janssen), ex-disciple de Nix et ‘’fausse veuve’’ de Swann. Transformé en chevalier servant, il trouve en cet amour une justification à sa quête, une motivation allant donc bien au-delà des enjeux.
Dans Hellraiser, Clive Barker s’amusait à cultiver le malsain, le morbide et la poésie macabre. Il renouvelle quelque peu l’expérience avec ce film, notamment lors de la description des sectateurs de Nix, des individus élus car détenteurs d’un secret, mais aussi de terribles fanatiques pratiquant la magie noire, la torture et prenant leur pied avec la scarification. L’automutilation étant source d’extase. Cela donne bien sur lieu à des scènes bien chocs, ou le gore est traité à la manière de Clive Barker : comme un art.
Un messie rappelé à la vie

Cependant, tout Le Maître des Illusions n’est pas parfait. L’aspect narratif est un peu dégradé par un scénario qui ne se penche pas beaucoup sur la psychologie des personnages. Ainsi, des individus comme Harry d’Amour ou Swann auraient mérité plus de profondeur. Les objectifs et les motivations de la secte auraient également du être mieux définis (là, on a simplement une passion annihilatrice). Certaines astuces scénaristiques sont aussi assez maladroites, comme, par exemple, l’inconstance dans la définition de pouvoirs de Nix. On le voit omnipotent dans une séquence, puis inexplicablement privé d’une partie de ses pouvoirs (immortalité, hypnose, lévitation, illusion) dans une autre, en fonction des impératifs scénaristiques. Enfin, pour finir, certains effets spéciaux, en raison d’une explicable insuffisance budgétaire, sont ratés, où bien très primaires.

80

Dernier film en date de Clive Barker, Le Maître des Illusions est un excellent film d’horreur adulte et artistiquement riche. Sur un scénario original, riche, mais pas toujours très bien mené, l’écrivain cinéaste parvient à bien faire circuler ses idées, à parfaitement maîtriser sa mise en scène et à entretenir une ambiance bien glauque et oppressante. Même si la fin part un peu trop dans le grand guignol grandiloquent, ce métrage est une réussite qui mérité largement sa place dans votre vidéothèque, entre Hellraiser et Cabal.

Critique de publiée le 27 février 2006.

Que faut-il en retenir ?

  • Scénario intéressant et original
  • L’univers baroque et gothique de Barker
  • De bons effets gores
  • Une ambiance glauque réussie
  • Bonne interprétation

Que faut-il oublier ?

  • Quelques incohérences mineures
  • Effets spéciaux parfois un peu limite

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