Deux ans après la mort de son écrivain à succès de mari, Lisey replonge dans les cartons et les souvenirs refluent, grâce à de mystérieux indices laissés et par cette petite voix dans la tête. Une voix qu'elle connaît bien, qu'elle a entendue pendant toutes ses années de mariage avec cet homme qu'elle a tant aimé. Et cette voix va la guider, la prévenir du danger qui la guette...
La mort n'a de cesse de tourmenter
Stephen King. Depuis son accident le 19/06/1999, ce thème est récurrent dans ses romans. On se souviendra de l'achèvement de son cycle de la
Tour sombre très rapide, suite à ce drame, de peur de ne pouvoir un jour en venir à bout. Mais si la mort a toujours été une composante de son oeuvre - après tout, il fait dans le roman fantastique et d'horreur, dans lequel la faucheuse n'a pas chômé -, il semble écrire avec le temps passant des oeuvres plus personnelles. Il se tourne peu à peu vers l'autobiographie, témoin son apparition en chair et en os dans les derniers volets de la
Tour sombre. Deus ex machina. C'est aussi un peu lui qui se retrouve confronté à l'horreur dans la part des ténèbres.
Lisey's story lui permet, d'une certaine manière de mettre en scène sa propre mort et passer au stade suivant. De passer à autre chose que lui-même. De penser à sa femme Tabitha.
Lisey est un des plus beaux personnages féminins de
Stephen King, qui arrive à lui insuffler une intense vie intérieure.
Bool! The end.
L'histoire se situe dans un Maine que l'auteur connaît bien, pour y avoir vécu de nombreuses années. C'est ainsi que l'accent du Maine y est retranscrit assez fidèlement, non pas dans des caricatures faciles mais dans de vrais personnages parfois charismatiques. Stephen King installe également un langage que seul le couple Lisey/Scott peut comprendre (des mots ou expressions comme
"bool, blood-bool, good bool, smuck"...), hérité de Scott mais comme un code personnifié par leur amour.
De Scott, on le découvrira, Lisey héritera d'une part beaucoup plus inquiétante et mystérieuse, ce qui lui fera peur (la terrorisera, même) pendant de longues années. Cette part de Scott est aussi son jardin secret, symbole de vie, symbole de mort, symbole de créativité. L'auteur nous met le doigt sur la part de l'écrivain à pouvoir inventer des mondes, des situations, sur la source de
son inspiration, la part de travail et la part non rationnelle dans l'oeuvre créatrice.
Enfin, ce roman est peut-être aussi un certain aboutissement pour
Stephen King qui, depuis toujours, a écrit des romans fantastiques ou d'horreur assez psychologiques, et qui, avec ce dernier, écrit un roman psychologique assez fantastique. Les scènes fantastiques sont d'ailleurs du coup assez impressionnantes, du fait de leur rareté. Cela prouve qu'il sait encore être efficace.
Roman hommage, roman psychologique, roman sur la mort,
Stephen King n'en finit pas de s'écarter de la voie qu'il a créée depuis ces longues années.