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Critique du Jeu de société : Conan
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Critique du Jeu de société : Conan

Avis critique rédigé par Gaetan G. le mercredi 21 mars 2018 à 0900

Ce soir, c'est soirée peau de bête et slip en cuir

Conan est un jeu de société pas tout à fait comme les autres. Lancé sur Kickstarter au tout début de l’année 2015, il est parvenu à lever plus de trois millions de dollars au terme d’une campagne hors norme de quatre semaines à peine. La communication autour du projet a été menée de main de maître par les créateurs du jeu, et peut-être même un peu trop pour le coup : le projet a percuté de plein fouet le mur de la réalité, et son lancement a déchainé les passions comme aucun autre avant lui.

Mais c’est de l’histoire ancienne, et beaucoup d’eau a coulé sous les ponts depuis lors. Le jeu a évolué, les rageux ont ragés et sont passés à autre chose et les fans purs et durs sont restés. On trouve encore des exemplaires de Conan assez facilement, que ce soit sur le marché de l‘occasion ou en neuf chez les principaux détaillants.

D’ailleurs, peut-être même que ça vous a traversé l’esprit d’en prendre un. Alors, maintenant que la hype est passée et que tous les petits défauts de jeunesse ont été corrigés, je vous propose de s’asseoir autour d’une table et de regarder, posément et sans préjugé, si le jeu mérite aujourd’hui une « petite » place dans votre ludothèque.

Un système de jeu fluide et agréable

Petit rappel pour ceux qui n’ont jamais entendu parler de Conan : chaque partie tourne autour d’un scénario, dans lequel deux camps s’affrontent de manière asymétrique. Un joueur unique incarne l’Overlord et contrôle l'ensemble des monstres présents sur le plateau, tandis que les autres incarnent les Héros chargés de faire triompher la paix et la justice à grand coup de hache ou d'épée à deux mains (c'est toujours ça de gagné en palabres et en discussions).

Le système de jeu est franchement pas mal et mérite que l’on s’y attarde. Ne serait-ce que parce que Frédéric Henry l’a également utilisé comme base pour son futur bébé, j’ai nommé Batman : Gotham City Chronicles.

Commençons par parler des Héros. Ils disposent d’un éventail d’actions a priori plutôt classique :

  • Se déplacer
  • Combattre à distance ou au corps-à-corps
  • Se défendre
  • Lancer un sort
  • Réaliser une action (fouiller un coffre, changer d’arme, donner un objet à un camarade, etc.)

Ce qui est original, c’est plutôt la manière de mettre tout cela en branle (non, ce n’est pas sale). En effet, toutes les actions sont gérées au moyen de gemmes d’énergie présentes sur le plateau individuel du joueur. Conan, par exemple, commence avec un total de 11. Pour réaliser une action, il suffit de déplacer au moins une gemme disponible dans la zone de l’action à réaliser. La première gemme permet de réaliser l’action de base, les autres en renforcent l’effet.

Ce système a beaucoup d’avantages. Tout d’abord, il est très simple puisque tout fonctionne de la même manière. Il est donc idéal pour amener un groupe de joueurs débutants vers ce type de jeu. Ensuite, il apporte une grande polyvalence à l’équipe puisque ce n’est pas nécessaire de se spécialiser. Suivant les tours, un joueur peut traverser le plateau, frapper beaucoup de petits monstres ou infliger une unique frappe dévastatrice pour atomiser un boss.

Mais attention : on ne récupère que 2 gemmes d’un tour sur l’autre, voire 5 si on décide de la couler douce. A trop vouloir chercher l’exploit, on risque de de se retrouver à court de gemmes – et donc immobile et sans défense – pendant le tour du Seigneur du Mal. Et on paie une erreur au prix fort, puisque les gemmes sont aussi les points de vie du personnage. Si Conan prend 5 points de dégât, son maximum de points d’actions passera de 11 à 6, autant vous dire qu’il ne faudra plus trop en demander à Papy Schwartzy. Simple et diabolique !

Après, on a les inconvénients de ses avantages : ce que le système gagne en simplicité et en fluidité, il le perd en profondeur. Je suis personnellement un grand amateur de Dungeon Crawler, Descent : Voyage dans les Ténèbres 2ème édition en tête (je pense que j’ai à peu près l’intégrale de la V1 et de la V2 à la maison). La constitution d’un groupe bien optimisé aux talents complémentaires y fait partie du jeu, ne serait-ce que parce que c’est une condition de survie.

A Conan, on va dire qu’on s’en fiche un peu. Les différents scénarios suggèrent souvent des personnages, des pouvoirs et des équipements bien précis. Comme Conan lui-même est vraiment beaucoup plus balèze que ses petits camarades, ceux-ci en sont souvent réduits à faire de la figuration. Du coup, ce n’est donc pas forcément la peine de passer 10 heures à choisir entre Jean-Jacques en pagne, Jean-Jacques en armure de cuir et Jeanne-Jacqueline en string (hormis pour des considérations esthétiques, bande de petits coquinou.e.s) et on suit les recommandations du scénario.

Le système de jeu offre tout un tas de petites subtilités en plus, comme par exemple un système de gêne qui empêche un personnage de bouger normalement s’il est englué au milieu d’un pack de monstre, mais vous avez l’idée.

Etre Overlord : plus qu’un métier, une vocation

Passons maintenant au tour du Seigneur du Mal, ou plutôt de l’Overlord comme on dit en bon anglois. Celui-ci dispose de son petit plateau individuel en plastique bien épais, appelé le Livre de Skelos, qui lui donne une classe absolue : on sent tout de suite que les Forces du Mal ne sont pas venues là pour visiter et faire du shopping. Sans l’ombre d’un doute, le Livre de Skelos a été conçu pour faire fondre le petit cœur sensible de tous les apprentis Seigneurs du Mal (et au passage pour faire fondre leur porte-monnaie, mais là n’est pas la question).

Cela étant, il leur faudra bien ça car pour le reste ils ne seront pas à la fête. En effet, le niveau de difficulté du jeu de l’Overlord est plutôt relevé. Chaque groupe de monstres (simples soldats, lieutenant ou boss) est représenté par une tuile unique. Ces différentes tuiles sont disposées dans une file d’attente qu’on appelle la « rivière ». La première tuile de la file coûte une gemme pour être activée, tandis que la dernière coûte 8 gemmes.

Lorsque l’Overlord active une tuile, il peut effectuer une action de déplacement et une action d’attaque avec toutes les créatures du groupe correspondant. Ensuite, la tuile est immédiatement déplacée au bout de la file d’attente.

Le nombre de gemmes, ainsi que la quantité récupérée par tour, est définie par le scénario. En général, cela tourne aux alentours de 10 à 15. Croyez-moi ça file vite… En général, les tuiles sont donc activées plus ou moins dans l’ordre afin de garder le plus de gemmes possibles pour renforcer les attaques ou tout simplement se défendre. Mais cela n’a rien d’obligatoire : il est par exemple tout à fait possible d’activer deux fois la première tuile si on a les 1+8=9 gemmes en réserve. N’oubliez pas au passage que le Livre de Skelos est aussi visible des Héros, qui ne se priveront pas d’ajuster leur stratégie en fonction de l’ordre d’activation prévisible. A vous d’en jouer à bon escient pour les feinter au moment où ça fera le plus mal.

Vous pouvez observer qu’il y a une tuile corbeau dans la rivière : celle-ci déclenche en général un événement lié au scénario qui affecte les deux camps, et qu’il faut donc éviter d’activer à la légère. C’est habituellement à ce moment-là que les renforts arrivent, et que l’Overlord fait le plein de chair à canon toute fraiche.

En pratique, les statistiques établies par les joueurs de Cwowd sur plus de 500 parties montrent que les Héros gagnent 4 fois sur 5 environ. Si je reformule, cela signifie que ces derniers ont toutes les chances de gagner s’ils jouent correctement, mais qu’ils ne doivent pas se reposer sur leurs lauriers car la moindre erreur peut faire basculer le match.

Les Overlord doivent donc se considérer comme des Maîtres du Jeu plutôt que comme des compétiteurs : ils sont là pour apporter de la résistance et du défi aux autres joueurs, pas forcément pour gagner. A vous de voir si c’est un défaut rédhibitoire, en tout cas c’est un gros point de désaccord entre l’auteur et une partie de sa communauté qui s’attendait un jeu parfaitement équilibré entre les deux camps.

En ce qui me concerne, cela ne me dérange pas. Honnêtement, je n’ai jamais trouvé de Dungeon Crawler qui ait réussi cet exercice d’équilibriste. Ne serait-ce que parce qu’il y a très souvent une dissymétrie d’information entre le Seigneur du Mal et les joueurs. Ici, les choses sont claires dès le départ : on est là pour le fun, pas pour le défi.

Et comme on ne garde pas ses personnages d’une partie sur l’autre et qu’ils ne progressent pas en expérience, il est du coup très facile de changer de Seigneur du Mal et de le faire tourner de joueur en joueur (ne cherchez pas, ce n’est pas sale non plus).

Scenario générique n°1457 : tuer la princesse et sauver le boss. Oh, wait.

Bon. On a fait le point sur la mécanique qui fait les bons compromis pour être fluide, rapide et facile à jouer. C’est bien, mais l’intérêt sur le long terme d’un tel jeu repose sur l’investissement et la motivation de sa communauté. Et là, force est de constater que le jeu est parvenu à convaincre : les joueurs sont toujours très actifs plus de 2 ans après la sortie du jeu, et il est possible de trouver pas mal de scénarios alternatifs sur des sites comme celui-ci ou celui-ci.

C’est comme partout : l’excellentissime y côtoie le franchement moyen, et il vous faudra un peu fouiner si vous voulez trouver les plus belles pépites. Cela étant, la communauté a fait du bon travail pour dépasser les limites du matériau d’origine.

Ce qui n’a visiblement pas été une mince affaire. En effet, la boîte de base est livrée avec 4 plateaux seulement, ce qui est plutôt léger. En plus, ceux-ci sont assez similaires, plutôt ouverts et centrés sur les affrontements. Et là où un Descent : Voyage dans les Ténèbres 2ème édition  (décidemment, toujours lui…) est livré avec deux ou trois kilotonnes de tokens divers et variés représentants objectifs, PNJs et éléments interactifs, eh bien ici il n’y a pas grand-chose à se mettre sous la dent.

Du coup, les parties tournent souvent autour des 4 ou 5 même gimmicks de base (protéger un personnage, tuer un boss, fouiller plusieurs éléments jusqu’à trouver le bon, survivre x tours). Ce n’est pas gênant lorsqu’on fait une partie de temps en temps, mais je n’y passerai pas non plus toutes mes soirées.

En pratique, les parties tournent autour d’une heure, auquel il faut ajouter 15 minutes maximum pour expliquer les règles. Le plus long finalement, c’est presque de sortir les différents éléments de la boîte puis de les y re-ranger, vu que celle-ci est littéralement tassée comme un œuf.

Au final, tout cela laisse comme un goût d’inachevé. On sent bien le potentiel d’awesomeness du jeu (Jean-Claude Van Damme, sort de ce corps), mais l’écosystème de Conan, pas assez travaillé, pas assez ambitieux, le limite énormément.

Un matériel qui impose le respect

En petit cachotier que je suis, j’ai gardé le meilleur pour la fin : le matériel du jeu est absolument dantesque, qualitativement et quantitativement parlant. La boîte de base, l’édition Barbarian, comprend notamment :

  • 74 figurines très détaillées
  • 2 plateaux recto-verso
  • 4 personnages
  • 1 livre de Skelos pour l’Overlord.

J’ai eu personnellement la chance de mettre la main sur une édition King Pledge, et il faut avouer que l’ensemble m’a impressionné. Tout d’abord, celle-ci se compose non pas de une mais de deux boîtes, pour un poids total approchant les 10Kg au compteur. La première contient le jeu en édition King Pledge, la seconde rassemble les figurines et les bonus exclusifs au Kickstarter.

On est dans la démesure la plus absolue : 176 figurines, dont des tonnes d’éléments additionnels (coffres, tables, chaises, piles de cranes, etc.) qui apportent beaucoup de classe et de réalisme aux parties, ainsi que des goodies à ne plus savoir quoi en faire.

L’inconvénient d'avoir des boîtes aussi remplies, c’est qu’il est impossible de tout ranger dedans après le dépunchage : ça ne rentre tout simplement plus. Le "pimpage" de Conan apporte un réel confort à la mise en place d'une partie, avis aux bricoleurs.

Les figurines sont globalement très réussies et détaillées, à part quelques exceptions comme le lion dont le niveau est un peu en deçà. Pour le reste, ça donne clairement envie de ressortir les bombes de sous-couche et la peinture acrylique.

En tout cas, c’est le jeu le plus impressionnant niveau matériel qu’il m’a été donné de voir, et de loin.

Au passage, il faut savoir que les règles fournies dans la boîte ne sont pas très claires. Par exemple, les différents tokens ne sont pas expliqués et la formulation globale est parfois imbittable (ne cherchez pas : ça non plus, ce n’est pas sale). Il est préférable d’aller chercher la version révisée sur le site de l’éditeur et de l’imprimer vous-même avant d’ouvrir la boîte pour la première fois : ça vous évitera quelques frustrations et maux de tête… Pour le reste, les petits soucis de finition sont réglés depuis longtemps et le jeu peut maintenant être apprécié à sa juste valeur.

Bon alors, c’est bien ou pas ?

Très bonne question, à laquelle j’aurais envie de vous répondre : « oui, c’est bien. Mais en même temps c’est dommage parce que c’est juste bien alors que ça avait le potentiel d’être génial ».

Que reste t’il de Conan une fois la hype passée ? Pas mal de choses, à vrai dire… Il reste une mécanique bien pensée, fluide, rapide et suffisamment simple pour être expliquée en moins de 15 minutes à des joueurs débutants. Il reste un système de gestion de l’énergie très malin, qui favorise le fun, la polyvalence et la rapidité au détriment de la tactique. Il reste un matériel de très haute tenue, à la finition impeccable et au contenu tout simplement gargantuesque.

Le jeu reste facile à sortir, avec des parties plutôt courtes, intenses et riches en moments d’anthologie. Ce n’est pas le jeu du siècle, mais c’est une très bonne porte d’entrée pour les jeux d’escarmouche ou les Dungeon Crawler.

Et le jeu bénéficie aujourd’hui d’un excellent rapport qualité/prix. Je ne me prononcerai pas sur le prix demandé lors du Kickstarter, ce n’est pas le sujet, mais en ce moment la core box se trouve aux alentours de 80€ dans les boutiques en ligne et l’édition complète est à peine plus cher sur les sites d’occasion. A ce prix, le jeu est clairement une bonne affaire, et pas seulement pour les collectionneurs de figurine.

Frédéric Henry ne laisse pas tomber son bébé et lance régulièrement des nouveautés, comme des livres de campagne ou des compendiums de scénarios. J’ai cru comprendre que de nouvelles extensions étaient en approche pour cet automne, Conan n’a donc pas dit son dernier mot, par Crom !

La conclusion de

Conan est une porte d’entrée tout à fait recommandable pour les jeux à scénarios et plus généralement les Dungeon Crawler. Il est très simple à prendre en main, les parties ont une durée raisonnable et les scénarios sont suffisamment variés pour occuper une quinzaine d’heures sans avoir l’impression de toujours faire la même chose. Hélas, si la mécanique a bénéficié de beaucoup de soins, ce n’est pas le cas de l’environnement du jeu (campagnes, construction des personnages, variété des objectifs). Et c’est bien dommage, parce que l’ensemble est juste bon alors qu’il avait (quasiment) tout pour rentrer dans le cercle très fermé des tueries absolues. Au prix où on le trouve aujourd’hui, il bénéficie d'un rapport qualité/prix très correct, et pas que pour les collectionneurs de figurines. N'hésitez pas à l'essayer s'il vous passe sous la main.

Que faut-il en retenir ?

  • Simple à sortir
  • Parties courtes (environ 1h)
  • Matériel plantureux et magnifique
  • Le système de jeu fait le choix de la fluidité et de la simplicité...

Que faut-il oublier ?

  • ... Au détriment de la profondeur
  • Les ajouts du KS sont peu utilisés, au final
  • Pas de système de progression des personnages, chaque scenario est one-shot
  • Difficile à ranger
  • L'environnement du jeu (campagnes, scénarios, etc.) n'est pas à la hauteur et bride la rejouabilité

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