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Critique du Jeu Vidéo : Heavy Rain
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Critique du Jeu Vidéo : Heavy Rain

Avis critique rédigé par Bastien L. le mercredi 10 octobre 2012 à 2039

Une pluie de QTE.

Sorti début 2010, Heavy Rain avait fait beaucoup de bruit à l'époque de par la revendication d'une frontière floue entre le jeu vidéo et le cinéma. Heavy Rain, par son exclusivité, fut également un moyen pour Sony de s'attacher un grand projet pour sa PS3 à travers un partenariat avec le studio parisien Quantic Dream (lequel, en plus de Cage, bénéficie du travail du vieux routard Guillaume de Fondaumière). Une proposition qui trouva son public mais qui ne fit pas l'unanimité auprès des vrais joueurs. Alors, véritable renouvellement ou vaste fumisterie ? Surement quelque part entre les deux sans jamais tomber dans les extrêmes.

David Cage est assurément une des grandes personnalités du jeu vidéo ; il fait parti des créateurs qui, à l'image des Hideo Kojima ou Peter Molyneux, tentent de repousser les barrière de leur média à travers de nouvelles approches. Afin de développer des expériences de jeu inédite, David Cage se concentre avant tout du côté de la narration. Il s'est d'abord adressé aux gamers avec The Nomad Soul et Fahrenheit, puis à un public plus large avec Heavy Rain. Sans aller vers une casualisation (un gros mot nécessaire de l'industrie si vous voulez mon avis), Cage a ici repris les vieilles ficelles d'un genre enterré (le film-interactif) tout en utilisant une des grandes modes du milieu des années 2000 : les actions contextuelles (ou QTE pour Quick Time Event, dans lesquels il faut appuyer au bon moment sur une touche quand elle apparaît à l'écran).

Heavy Rain est avant tout un polar, un vrai de vrai, puisant largement dans les ficelles du genre en en reprenant les figures imposées : ambiance sombre (ici très pluvieuse), serial-killer aux méthodes déroutantes, flics pas toujours très clean, détective privée bedonnant, jolie fille trop curieuse, lot de révélations et autres courses poursuites... On suit ici la piste d'un tueur d'enfants laissant des origamis sur leurs cadavres noyés qui vient d'enlever le second fils d'Ethan Mars, lequel a déjà perdu son ainé. Ayant subit un traumatisme, il reprend parfois conscience au milieu de la rue avec des origamis dans les poches ; alors quand son second fils disparaît de manière inexpliquée, il commence à se poser des questions....


En parallèle, on incarne également trois autres personnages : l'agent du FBI Norman Jayden, dépêché dans la ville où officie le tueur (une métropole tendance New-York ou Chicago) afin de résoudre les mystères qui s'y trouvent, le détective privé Scott Shelby, engagé par les familles des victimes afin de faire la lumière sur cette sombre histoire, et on suit l'itinéraire de la charmante Madison Paige qui va rencontrer Ethan Mars et va l'aider dans les défis qu'il doit réaliser afin de connaître la localisation de son fils. Tout ce beau monde va donc cheminer chacun de son côté en se croisant occasionellement, amenant l'histoire vers un lot de fausses pistes, d'accusations prématurées et de grandes révélations finales.

On sent ici la grande influence des polars sombres et violents que Cage met en avant. On pense bien sûr à toute la mode lancée par l'excellent Seven de David Fincher, avec un tueur aussi torturé que ceux qui le pourchassent et des scènes vraiment violentes. Les défis lancées par le tueur à Ethan se terminent souvent par des choix moraux importants, et le tout se conclue dans une violence tant physique que mentale pour ce père de famille ordinaire. L'histoire racontée est adulte et propose des moments difficilement soutenables. C'est pour cela que le projet de Cage n'est vraiment fait pour tous, mais veut intéresser les adultes, qu'ils soient fan ou non du jeu vidéo en général.


Au final, l'histoire s'avère donc très plaisante à suivre bénéficiant d'une bonne dynamique tout au long de la dizaine d'heures nécessaire pour terminer le jeu. Même si quelques parts d'ombre restent inexpliquées, on s'attache vraiment aux personnages, les dialogues sont plutôt bien écrits, les péripéties sont nombreuses et la grande révélation apparaît comme satisfaisante pour qui n'est pas un gros consommateur de polars. Car en effet, l'histoire et l'ambiance délivrée par Quantic Dream reste dans un chemin balisé qui est celui des gros titres de la littérature et des séries télévisuelles qui pullulent en ce moment.

L'ambition de David Cage et de son équipe était donc de nous laisser le choix et de nous permettre d'expérimenter de nouvelles choses manette en main. Pour la première partie, l'ensemble est moyennement atteint ; certes, on peut faire mourir un des personnages avant la fin ou encore modifier le scénario, mais on aura jamais de grands chamboulements dans les tenants et aboutissants de l'histoire. Pire, perdre un des personnages rend juste le jeu plus court... Alors certes cela permet une petite rejouabilité, mais le tout s'avère vraiment mineur.

Pour ce qui est des nouvelles expériences, force est de constater que l'on a vraiment quelque chose de novateur. On s'éloigne ainsi des actions que l'on réalise traditionellement dans le jeu vidéo, comme des gestes simples de la vie quotidienne permettant à Quantic Dream de nous faire vivre des situations banales, de l'ennui et de l'attente pour ces personnages. Dis comme ça, c'est pas très vendeur, mais il faut avouer qu'on se laisse prendre au jeu et que cela offre une expérience vraiment originale.

Mais la vrai réussite de ce projet est lié à son moteur de jeu, utilisant à fond la méthode de la motion capture. Le travail accompli est bluffant, notamment en ce qui concerne les expressions du visage des différents protagonistes. Les personnages faisant ainsi transparaître une multitude d'émotions vraiment crédibles. Les graphismes sont quant à eux plutôt beaux, avec une bonne variation dans les décors qui sont toujours aussi sombres et peu accueillant, tout en réussissant à être variés. il s'impose donc sans problème dans la catégorie des jeux qui émerveillent.

Il est vrai, en revanche, que techniquement Heavy Rain a du mal à subir la comparaison avec Final Fantasy XIII et God of War III, sortis peu de temps après lui. Autre petit bémol : la crédibilité de l'ensemble concernant les comédiens, qui sont assez inégaux (que l'on choisisse le jeu en version anglaise sous-titré en français). De même, si la musique de Normand Corbeil est assez belle et prenante, elle manque de variété et semble parfois utilisée hors-propos.

Le côté SF de Heavy Rain est quant à lui uniquement lié aux technologies très avancées possédées par le personnage de Norman Jayden (comme le système ARI, relié à ses lunettes, qui lui permet de voir littéralement les indices en surbrillance, ou encore les traces de pas ou de pneus tout en étant connecté aux grandes systèmes de renseignement de la police américaine). C'est uniquement à ce niveau que l'univers fait preuve d'anticipation, elle reste donc très timide en dépit de quelques bonnes idées (le système ARI s'avère dangereux pour sa perception de la réalité, le rendant accro à une drogue).


Enfin abordons le cœur du jeu (qui fait évidemment le plus débat) : la jouabilité. A ce niveau, Heavy Rain n'est finalement pas exempt de tout reproche. Cette idée de ne que utiliser les QTE peut bien sur être critiquable pour bon nombre de joueurs, mais cela se justifie cependant par la narration et par les situations inédites proposées. En revanche, il est moins pardonnable pour Quantic Dream d'avoir raté les passages où l'on contrôle le personnage... Il faut appuyer sur un bouton et le joystick pour le faire déplacer, ce qui n'est pas du tout intuitif et va à contre-pied de la norme sans qu'on comprenne jamais la justification.

De même les déplacements sont trop lourds et trop brouillons, avec des animations vraiment trop imparfaites, à croire que les développeurs nous ont donné ces moments de contrôle à contrecoeur. Pour ce qui est des phases où il faut juste appuyer sur les touches au bon moment, on n'est jamais gêné par la présence à l'écran des symboles et des indications ; tout juste on pestera contre l'utilisation trop irrationnelle et pas toujours au poil de la détection de mouvement de la manette PS3 ou des quarts de cercle au joystick.

A ce niveau, le pari de Quantic Dream n'est donc pas totalement réussi car ces phases balisent trop ce qu'il faut faire, et si on ne peut pas qualifier ce titre de film interactif, il est difficile de le qualifier complètement de jeu vidéo. Un entre-deux un peu casse-gueule qui laissera sur la touche bon nombre de joueurs. La succession de QTE avec parfois cinq, six touches à maintenir simultanément ou des « choix moraux » déclenchés par le réflexe du « je vois, j'appuie » feront pester les moins patients.

 

La conclusion de

Heavy Rain est bien l'objet vidéoludique non indentifié que l'on attendait, mais qui ne réussit pas à concrétiser toute ces promesses. C'est certes un bon jeu, mais son identité hybride fait autant sa force que sa faiblesse. L'histoire est assez sympathique à suivre car elle nous propose plusieurs points de vue, des personnages torturés et un ton résolument adulte qui nous scotche à notre écran pendant des heures. Néanmoins, elle souffre malgré tout de quelques incohérences. La jouabilité, quant à elle, réussit parfois à se justifier, mais s'avère globalement trop hasardeuse. Heavy Rain mérite donc son succès, mais ne sera jamais un monument de l'industrie. Pour ce qui est d'un polar avec un personnage torturé et un gameplay réussit, je préfère vraiment ce bon vieux Max Payne premier du nom.

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