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Critique du Roman : Dôme

Avis critique rédigé par Nicolas L. le mardi 29 mars 2011 à 17:14

Ville sous cloche

L'homme s'arrêta. La marmotte comprit qu'elle avait été repérée. Sur sa droite, juste devant elle, il y avait un bouleau tombé au sol. Elle allait attendre qu'il soit passé, puis partirait à la recherche d'un morceau...
La marmotte n'alla pas plus loin dans ses pensées - même si elle avança encore de trois pas - car elle venait d'être coupée en deux. Elle s'effondra sur le bas-côté. Du sang jaillit par à-coups; ses entrailles se répandirent sur le sol; ses pattes postérieures s'agitèrent rapidement deux fois, puis s'immobilisèrent.
Sa dernière pensée, avant de plonger dans les ténèbres où nous sombrons tous, marmottes comme êtres humains, fut: Qu'est-ce qui s'est passé?

Avec Dôme, il semblerait que Stephen King ait décidé de persister dans son processus de retour aux sources entamé avec Juste avant le crépuscule, un recueil de nouvelles très réussi (voir critiques du staff ici). Cette nouvelle oeuvre, parue en 2009 aux Etats-Unis est en effet un roman choral, ce complexe exercice de style qui a contribué à transformer ce humble professeur de littérature anglaise en "croque-mitaine de l'Amérique". D'ailleurs, ici, il pousse encore plus loin la démarche, fait mieux que Ca, Le Bazaar de l'épouvante ou Le Fléau, avec un roman fleuve de plus de 1300 pages, dans lequel s'entrecroisent les destins de plus d'une centaine de personnages (dont trois chiens!). Par contre, pour ce qui est du thème général, celui de la lutte du Bien contre le Mal, on retrouve bien dans Dôme tous les éléments narratifs chers à l'écrivain, avec une très cruelle étude humaniste prenant comme échantillon la population hétéroclite d'une petite ville de province.

Chester's Mill est une petite communauté rurale de quelques milliers d'habitants, vivant au rythme des récoltes et des affluts de touristes estivaux. En apparence, Chester's Mill est d'une tranquilité absolue, on pourrait presque s'y ennuyer, notamment depuis que le cinéma local a fermé ses portes, victime de la crise et du Home Cinema. Heureusement, Chester's Mill ne se situe qu'à une poignée de kilomètres d'agglomérations plus importantes, comme Castle Rock, et Boston, finalement, ne se situe pas si loin, juste à quelques heures de voiture. Sauf qu'un jour, Chester's Mill va se retrouver coupé du monde, littéralement mise sous cloche par un phénomène inconnu.

Dans ce tome 1 (l'édition française, Albin Michel, a découpé cet énorme roman en deux parties), Stephen King commence par nous décrire, avec son cruel et habituel souci du détail et un humour noir grinçant, la brusque apparition de ce dôme contre lequel se fracassent véhicules, avions et moult bestioles emplumées. Les êtres vivants (dont la marmotte citée plus haut) qui ont la malchance d'être sur l'emplacement exact de la circonférence de ce dôme translucide sont horriblement mutilés, comme coupés par une lame aiguisée. Désormais, nul ne peut plus entrer dans le dôme, et nul ne peut plus en sortir, hormis un mince filet d'air. Le décor est désormé posé, le drame - l'horreur - peut commencer.

Toujours aussi génial dans l'exercice, Stephen King met alors lentement en place les multiples pièces de son puzzle terrifiant. Pendant que certains protagonistes essaient de comprendre les origines du phénomène, d'autres essaient de profiter de la situation pour appuyer leur autorité. Des vérités surgissent, dévoilant le vrai visage de cette communauté, finalement pas si paisible et honnête que l'on aurait pu le penser. Isolé du monde et de ses codes sociaux, Chester's Mill devient alors un véritable bouillon de culture passionnel, une ville régie par la loi du plus fort - fourbe. Les rancoeurs se dévoilent, les jalousies sont mises à jour, les anciens amis se disputent violemment la possession d'un paquet de chips. Ainsi, dans Dôme, Stephen King porte un regard très critique sur ses concitoyens et nous trace le portait d'une population crédule et lâche, un véritable troupeau de moutons prêt à suivre le plus ignoble des personnages, pour peu qu'il puisse leur assurer un illusoire bien-être. Plus surprenant, l'auteur y exprime sans détour ses convictions politiques, et se montre très sévère envers le parti Républicain et les institutions fondamentalistes. On peut même trouver dans Dôme quelques interrogations sur la liberté de la presse et sur les réelles capacités de l'état à gérer une crise.

Au milieu de cette populace, quelques individualités se dégagent. Dale "Barbie" Barbara, un cuistot fraichement débarqué en ville; Julia Shumway, la séduisante journaliste locale; "Rusty" Everett, l'infirmier en chef de l'hôpital ;  Rose Twitchell, la propriétaire du snack bar local ; Joe "L’épouvantail" McClatchey, le petit génie de l'informatique sont les principaux (mais il y en a beaucoup d'autres) représentants des forces du Bien. Bim Jim Rennie (une sorte de Randall Flag fondamentaliste, obèse et meurtrier) et Junior, son fils taré, sont les véritables incarnations de ce Mal qui hante toutes les oeuvres de l'auteur. Ils sont également les symboles de l'autorité de Chester's Mill, aidés dans leurs basses oeuvres par toute une cour composée de voyous, de fanatique religieux et d'abrutis. Au final, Dôme présente une galerie de personnages que les fidèles du romancier n'auront aucun mal à appréhender tant leurs profils renvoient aux protagonistes de ses anciens livres. Et comme souvent, les enfants jouent un rôle décisif dans le déroulement de l'intrigue.  On a également le plaisir de noter que, bien que sexagénaire, Stephen King est un écrivain moderne; des éléments narratifs d'essence technologique comme les téléphones cellulaires, les clés USB et l'Internet sont intégrés dans l'intrigue et y jouent même un grand rôle.

Si Dôme, par son thème et sa structure, évoque les grands classiques, il présente aussi une particularité qui démontre que Stephen King n'est pas ignorant des tendances actuelles dans le domaine de l'écriture. Ainsi, ici, le romancier s'éloigne de ses vieilles habitudes en évitant de trop s'étendre sur les descriptif de ses personnages (moins de ses fameux flashbacks). Dans Dôme, il prefére nous en offrir des portraits précis, mais instantanés. Ce ne l'empêche pas d'épater la galerie avec une gestion de trames intercroisées s'appuyant sur la chronologie des évènements, le tout construit avec une précision diabolique. Ce choix de traitement un peu plus direct devrait ainsi contenter ceux qui reprochent à l'auteur de trop faire trainer ses présentations et ses trames secondaires. Ici, Stephen King va plus vite au coeur du sujet, se consacre plus aux évènements présents, ce qui rend le flux nettement plus rythmé et tendu - cinématographique. Par contre, force est de reconnaitre que ce choix narratif fait que les personnages de Dôme sont un peu moins attachants que ceux de ces meilleurs romans. C'est le seul "défaut" que j'ai pu relever à la lecture de ce véritable chef d'oeuvre.

95

Si vous aimez les romans choral de Stephen King, jetez-vous sur cette oeuvre, qui est vraiment ce que ce génial auteur a écrit de mieux depuis très longtemps. Fruit d'un travail s'étalant sur dix longues années, ce roman imposant est à la fois un stupéfiant exercice de style et une captivante histoire horrifique mettant à nu les pires instincts de la nature humaine. Chester's Mill, une tranquille petite ville du nord-est de l'Amérique qui marque de manière indélébile la mémoire les lecteurs.

Critique de publiée le 29 mars 2011.

Que faut-il en retenir ?

  • Une impressionnante galerie de personnages
  • Une intrigue passionnante, aux trames multiples
  • Un récit captivant, surprenant, terrifiant, dérangeant
  • Une horreur réaliste, issue du quotidien
  • Une bonne dose d'humour noir

Que faut-il oublier ?

  • Beaucoup de protagonistes, donc effort de mémorisation
  • Des personnages un peu moins attachants qu'à l'habitude

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