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Critique du Roman : Haïkus de prison
Haïkus de prison >

Critique du Roman : Haïkus de prison

Avis critique rédigé par Nicolas W. le samedi 23 octobre 2010 à 2341

Poésie carcérale

"Le crépuscule est imminent
les mouches sont posées sur le mur
ceux qui ont une religion marmonnent

Dehors un projecteur est en panne
ce soir on ne verra pas passer
les chauve-souris."

Enfermés et oppressés, les personnages de ce monde n'ont même plus de noms. Ils sont l'Idiot, l'Anthropophage, le Bonze ou encore le Russe. Leur univers  se compose de murs de béton et de barbelés, de privations et de violences. Successivement emprisonnés puis convoyés pour finir dans un camp de l'horreur, ces pauvres êtres nous apportent leurs voix par ces quelques haïkus, ces courts poèmes japonais formant pour l'occasion autant de moments choisis à propos d'existences brisées.

Nous avions déjà plongé dans le monde noir et glauque de Lutz Bassmann à l'occasion de cette rentrée littéraire 2010 grâce à son roman Les aigles puent (critiqué ici). Pour ceux qui n'auraient pas suivi, Lutz Bassmann est un des multiples visages littéraires du post-exotisme et un pseudonyme du français Antoine Volodine (autre pseudonyme lui-même...). Dans ce genre à part du post-exotisme, on trouve des auteurs apportant à Volodine autant de voix que de forces (on citera Manuela Draeger ou Elli Kronauer). C'est ainsi qu'en 2009 sont parus - aux mêmes éditions Verdier - deux livres : le roman Avec les moines-soldats et le recueil poétique Haïkus de prison. Voyons voir tout d'abord ce que donne la poésie japonisante par le prisme de Bassmann...

A l'instar des aigles puent, Haïkus de prison prend place dans un monde asphyxiant et où le mot "humanité" a l'air d'avoir définitivement perdu son sens."L'histoire" se divise en 3 grandes parties avec d'abord la vie quotidienne dans une prison, puis un interminable voyage par train pour terminer dans un camp d'internement. Bassmann s'inspirait déjà énormément de notre XXème siècle dans son dernier roman, mais avec Haïkus de prison, la filiation avec un certain régime fasciste et des camps de concentrations est flagrante. L'obsession de l'auteur apparait donc clairement : les horreurs du siècle dernier. Comme toujours, le lieu n'est jamais vraiment défini et le temps encore moins, si l'on excepte cette notion d'interminable dans le voyage ferroviaire. Le monde ainsi dressé en ressort terrorisant et cauchemardesque. Il rappelle bien vite les plus mauvais instants du régime nazi. Si certains prisonniers sont bel et bien des criminels - le Boucher ou les tueurs de vieilles -, d'autres se retrouvent là pour des divergences d'opinions politiques ou religieuses, ou simplement parce qu'ils sont idiots... Curieusement, cette déshumanisation par l'enfermement et la torture autant physique que mentale s'oppose à la volonté de Bassmann de nous les présenter comme des hommes, de simples hommes avec leurs peines, leur bêtise et leur espoir. Il ne suffit pas d'enlever le nom d'un homme pour en faire une bête, le narrateur le refuse et met leurs histoires sous forme d'haïkus. On retrouve au fil des poèmes d'autres petites choses comme une Organisation, sorte de chimère inventée et réinventée, cellule de résistance ou groupuscule terroriste, qui n'accomplit jamais rien. La révolution ne mène nulle part. On croise également un Secours Rouge forcément corrompu et détourné systématiquement. On retrouve beaucoup de choses qui nous renvoient à notre monde... comme quoi, la réalité n'est jamais loin des textes de Bassmann.

La principale originalité de ces quelques quatre-vingt-sept pages, c'est la forme adoptée par Lutz Bassmann pour nous dépeindre cette histoire tragique. Les haïkus sont des poèmes de trois lignes et c'est leur enchaînement qui bâtit le récit. Le rythme s'en trouve haché et le tout forme une espèce de canevas, de collage d'innombrables petites saynètes ou pensées. L'incongruité de la chose réside notamment dans l'opposition entre un monde et un propos extrêmement noirs et une forme d'expression poétique et rythmée. Il faut dire que Bassmann profite de cette structure pour lancer des traits d'humour -forcément noir - ou pour capturer des moments comme une autre forme ne lui aurait pas permis. On rit ainsi facilement avant de repasser immédiatement dans les tréfonds de l'horreur. Le paradoxe créé n'en est que plus saisissant. A vrai dire, il faut vraiment que le lecteur essaye de lire quelques pages pour tester sa sensibilité à l'égard de ces haïkus, tant le résultat apparaît étrange. Ce qui est certain, c'est que le talent, lui, se montre constant.

"La porte s'ouvre
pendant un instant on a cru
que les soldats n'étaient pas féroces

Personne ne fanfaronne
pourtant on a réussi
à atteindre le bout du monde"

Merci à Amandine V. pour la relecture.

La conclusion de

Venant renforcer l'imaginaire de Bassmann en adoptant une forme pour le moins inattendue, Haïkus de prison n'en reste pas moins symptomatique de la vision sombre de l'auteur. Rongé par le spectre génocidaire et par le fascisme, Haïkus de prison prophétise plus qu'il ne poétise. Méfions-nous de laisser ces instants de poésie macabre bien à l'écart de notre réalité tout en se souvenant qu'une étincelle d'humanité peut se cacher même dans les endroits les plus noirs.

Que faut-il en retenir ?

  • L'univers sombre de Bassmann
  • L'humour noir
  • Constamment intelligent
  • L'originalité de la forme...

Que faut-il oublier ?

  • ...qui risque de ne pas plaire à tout le monde

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