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Critique du Roman : Artères souterraines
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Critique du Roman : Artères souterraines

Avis critique rédigé par Nicolas W. le jeudi 9 septembre 2010 à 0124

Bienvenue dans l'underground américain

" Je suis surtout très malchanceux. Vous savez qu'on m'a confié une affaire d'adultère, l'an dernier ? Et vous savez ce que faisait le mari, ces soirs-là ? Il avait fondé une sexo-secte qui s'introduisait par effraction dans un élevage d'autruches à minuit trois fois pas semaine. Vous savez ce qu'on ressent, quand on découvre huit mecs entre deux âges en pleine séance de sexe tantrique avec des autruches ? "

Michael McGill vit de ses activités de détective privé. Ou plutôt survit. Harcelé par son ex-copine devenue lesbienne et englué dans une guerre de position avec le rat qui vadrouille dans son appartement insalubre, le brave New-Yorkais a du mal à y croire lorsque le chef de cabinet de la Maison Blanche se pointe chez lui. Sa demande surprend encore davantage quand il annonce qu'il désire retrouver un livre contenant une paire d'amendements des Pères Fondateurs et qui serait écrit avec certaines astuces extraterrestres. Grâce à celles-ci, l'orateur qui le lirait en place publique pourrait assainir les vilaines pensées de l'américain lambda. Bien entendu, cela ne va pas sans inconvénient... comme celui de devoir ratisser les endroits les plus sordides de cette Amérique à la dérive et, par la même occasion, de rencontrer toute une flopée de tarés. Cela dit, avec cinq cent mille dollars payés d'avance, McGill s'embarque illico pour un long voyage à travers les Etats-Unis.

Pour la rentrée littéraire, les éditions du Diable Vauvert nous gâtent avec rien de moins que le premier roman du génial anglais Warren Ellis. Connu d'abord comme un des auteurs de comics les plus en vue et les plus talentueux de sa génération, il fait une entrée remarquée dans la scène littéraire avec Artères souterraines. Convoquant ses plus grandes œuvres parmi lesquelles l'incontournable Transmetropolitan (Critiqué ici) ou le percutant No Hero (critiqué ), cette entrée en matière à mi-chemin entre polar, road trip et science-fiction débridée va en réjouir plus d'un. Bienvenue au pays des fous.

On connaît déjà les penchants anticonformistes d'Ellis avec Transmetropolitan et son héros haut en couleurs, Spider Jerusalem. Avec McGill, c'est un peu la même sauce, avec peut-être un poil plus de normalité. Mais juste un poil. Magnifique héros au caractère très lunatique et un brin cynique, le détective New-Yorkais s'affiche clairement comme la voix d'Ellis dans cette épopée. Son sens de la répartie, ses obsessions, son humour acide et ses crises de colère en font rapidement un personnage aussi charismatique qu'attachant, avec ce côté paumé et looser qui le rapproche bien plus du citoyen lambda que des super-héros de comics. D'un autre côté, on ne peut pas dire que le reste des acteurs de cette aventure soit négligé. Tous plus dingues les uns que les autres, ils forment un Panthéon de l'abject, du ridicule... bref de ce milieu qu'on dit aujourd'hui underground. On pense immédiatement à Trix, la femme qui accompagne notre anti-héros. Obsédée sexuelle (comme bien d'autres dans le roman), révoltée permanente contre l'ordinaire américain et féministe convaincue, elle donne une touche féminine qui ne dénote pas dans le climat général. Le chef de cabinet de la Maison Blanche se révèle tenir plus du junkie paranoïaque et névrosé que d'un dignitaire haut placé...enfin on pourrait presque croire cette version plus proche de la réalité qu'il n'y apparait de prime abord. On passera rapidement sur les personnages plus secondaires,  joyeuse galerie de fêlés, certains curieusement attachants, d'autres pathétiques au possible. Du gay qui s'injecte de la solution saline dans les testicules au serial killer affable, en passant par une famille politique totalement décérébrée, on reconnaît rapidement la marque de fabrique Ellis.

L'autre marque caractéristique de l'anglais, c'est naturellement son style. Avec des phrases qui tiennent plus du langage parlé que du style romanesque habituelle, le livre assume son côté irrévérencieux. Un franc-parler flirtant avec le cru et l'imagé, et alternant humour et sordide avec la plus grande aisance, on tourne les pages sans même s'en rendre compte, toujours sous le charme des péripéties surréalistes de McGill. Pourtant, cela serait bien vain et vite lassant si l'auteur oubliait d'être d'une intelligence redoutable. Dans un niveau proche des meilleurs pages de Transmetropolitan, Ellis parle de l'Amérique et il en parle avec une justesse effrayante.

Artères souterraines met en avant les Etats-Unis, cet immense pays devenu pour beaucoup la norme, le modèle. Mais contrairement au courant mainstream (un mot au sens très fort), Ellis en explore les bas-fonds. Ces enfants reniés et abjects d'une démocratie qui s'est perdue quelque part en chemin. Cette galerie de doux-dingues qui parsèment le récit, c'est avant toute chose un miroir déformant de l'Amérique puritaine et bien pensante. Ce qui impressionne ici, c'est le talent d'Ellis pour exacerber les plus vils penchants humains, leur donner corps et en faire l'objet d'une critique de la société états-unienne. Cette obsession de l'opposition d'une Amérique proprette et morale contre une Amérique abjecte et dégénérée. Le paradoxe de l'anglais se perçoit dans son point de vue de cette frange de population qu'on rejette dans l'ombre, un point de vue certes humoristique au premier degré mais non dénué d'humanité lorsqu'on regarde bien. Un peu comme cette humanité qui transcendait les pages du Festival de la Couille de Chuck Palahniuk. Une façon au citoyen qui réside dans le pays de la bannière étoilée de dire merde au système, de s'affirmer, de franchir les limites juste pour se sentir vivre, juste en fait, parce qu'il peut le faire. Il réemploie les grands mythes américains, comme celui du serial killer, pour mieux le déconstruire et s'en servir comme moteur de sa réflexion. Bien d'autres y passent et illustrent à merveille un pays de paradoxes moraux qui ne reconnaît plus ses enfants. Le résultat flirte entre le grotesque et le génial mais n'est rien de moins que splendide.

Mais le tableau ne serait pas complet sans parler de l'autre grand axe du roman, cette autre opposition excellemment négociée, celle du mainstream/underground. Artères souterraines fait la part belle aux laissés pour compte, aux pratiques que d'aucuns appelleraient underground (le bukkake pour n'en citer qu'un exemple... parlant). On y parle aussi énormément de pratiques sexuelles, thème universel au possible et certainement très significatif dans un pays comme celui-ci. Mais là où le bât blesse, c'est que ce milieu underground ne tient plus dans son carcan habituel. L'avènement de l'internet et autres moyens de communication a ouvert au grand jour les recoins les plus inexplorés de la société. Dès lors, qu'est-ce qui peut être qualifié de mainstream et d'underground ? L'informatisation et les jouets high-tech récents ne seraient dès lors pas autre chose qu'un moyen libérateur pour ces milieux confinés. Au final, ce sont bien les médias qui définissent notre notion du mainstream ou de l'underground, de l'information qu'on peut relayer et celle que l'on ne peut pas. Dès lors, celui qui les contrôle peut redéfinir les normes. Un tableau bien inquiétant, et d'une justesse tout à fait glaçante et qui redéfinit l'information comme ce qu'elle est : une arme absolue.

Reste qu'Artères souterraines s'avère un premier roman et en tant que tel, il affiche quelques imperfections. On retiendra pourtant la plus notable et certainement la plus inévitable de la part d'Ellis, cette impression que ce road trip n'est qu'un collage de scènes, de moments forts et de rencontres. Un peu comme plusieurs volets d'un comics. Certains en seront attristés et regretteront de ne pas avoir une histoire plus linéaire. Les autres se réjouiront de retrouver l'anglais dans ses penchants habituels. Mais pour un premier roman, c'est franchement excellentissime.

"Imagine ça, comme une télé multifacette : sur un réseau normal, chaque chaîne diffuse au moins une émission que tu as envie de voir, OK ? Eh ben, sur mon réseau, ton émission préférée passe à toute heure. Toutes les émissions préférées de tous les internautes passent à toutes les heures. Disponible au moment où ils veulent les regarder. Additionne tous les utilisateurs de mon réseau, et t'as un plus gros audimat que celui de HBO. Ce n'est plus tendancieux, mon pote. Si tu définis le terme mainstream par rapport à ce que tous les gens veulent regarder, alors tu trouveras pas plus mainstream que mon affaire"

Remerciements à Amandine V. pour la relecture

La conclusion de

Poids lourd de la rentrée littéraire, le premier roman de Warren Ellis tape juste et fort. A la fois hilarant et intelligent, ce trip sous acide offert par les éditions du Diable Vauvert se révèle une sacrée petite trouvaille. De cette autopsie d'un pays paradoxal et fou, l'anglais offre ce qu'il sait faire de mieux. Vous savez ce qu'il vous reste à faire...

Que faut-il en retenir ?

  • Le personnage principal
  • Les personnages secondaires
  • Le style
  • Les thèmes
  • L'humour constant

Que faut-il oublier ?

  • Une construction décousue

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