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Critique du Livre : Le shôgun de l'ombre
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Critique du Livre : Le shôgun de l'ombre

Avis critique rédigé par Nicolas W. le mercredi 23 décembre 2009 à 2121

Enquête parmi les ombres du soleil levant

"Le visage de Ryôsaku est impassible, mais une vague tristesse envahit l'officier. L'aube se lève sur Kyôto. C'est pourtant un crépuscule qu'il sent inexorablement tomber sur son esprit. La capitale était autrefois magnifique. On l'appelait la cité fleurie et elle méritait mille fois ce surnom. Au printemps, ses rues étaient comme les plis d'une somptueuse étoffe irisée par le soleil. Le vent faisait s'envoler en nuées roses les fleurs de cerisiers. Les fêtes succédaient aux fêtes. Des foules bigarrées, marchands, paysans, guerriers, seigneurs accompagnés de leur suite, femmes de cour au visage voilé, arpentaient les avenues, se massaient sur les ponts qui enjambent la rivière Kamo pour assister aux spectacles de théâtre nô qui se donnaient sur les rives."

Dans le Japon du XVème siècle, l'officier shôgunal Ryôsaku va devoir résoudre les désordres laissés par la guerre civile au sein de la capitale, Kyoto. Loin des querelles entre villageois, l'enquêteur se voit mis à mal par les actions d'un mystérieux criminel : le shôgun de l'ombre. Epaulé par ses assistants, Kaoru, Keiji et Sozo, son enquête va le mener dans les quartiers les plus démunis de Kyoto et confronter ces hommes à leurs propres démons...

Gulf Stream accueille ainsi le troisième roman jeunesse de l'écrivain français Jerôme Noirez. Plus connu pour sa trilogie Féerie pour les Ténèbres chez Nestiveqnen, et pour son roman Leçons du monde fluctuant chez Denoël Lunes d'encre, Noirez perce encore un peu plus en rayon jeunesse avec ce nouveau voyage asiatique. Après L'empire invisible, Le shôgun de l'ombre est la suite de Fleurs de dragon . C'est l'occasion pour l'auteur de revenir au pays du soleil levant qu'il semble tant affectionner., avec le talent coutumier qu'on lui connaît.

Le roman se propose de suivre l'enquêteur Ryôsaku et ses acolytes dans les méandres d'une cité impériale japonaise toujours sous le coup des guerres civiles d'Onin. Première constatation,Noirez excelle à poser une ambiance asiatique à mi-chemin entre exotisme et misère. Pour se faire, il emploie des images fortes, n'hésitant jamais à décrire l'environnement et la ville de Kyoto où se déroule la majeure partie du récit. Ajoutons à cela une ribambelle de termes japonais pour achever ce plongeon dans le monde nippon. Très bon point donc, qui embellit l'histoire agréablement par cette atmosphère toute particulière et qui ravira les lecteurs en quête de dépaysement. N'oublions pas non plus le style de l'auteur, maniant une langue à la fois simple, précise et pourtant raffinée à bien des niveaux. C'est indéniablement un des principaux charmes du roman, chose pourtant peu étonnante au vu des écrits précédents du français...

Du côté de l'histoire, Noirez nous entraîne dans un policier fantastique dont l'intrigue principale est finement menée, distillant d'intéressantes réflexions dans le même temps  que l'on apprend une foule d'informations sur des us et coutumes japonais. Même si certaines ficelles de l'histoire sont parfois un peu trop voyantes, les intrigues secondaires à propos des personnages de Keiji et Kaoru sont suffisamment intéressantes et pertinentes pour combler ces quelques lacunes. C'est d'ailleurs les assistants de l'enquêteur Ryôsaku qui s'avèrent être les personnages les plus fouillés et les plus réussis du roman au côté du personnage de Yukiko, jeune fille tourmentée, étrange et attendrissante...

D'idées, le roman n'en manque pas. Jerôme Noirez y décrit l'injustice et la misère avec des mots qui sonnent très justes, rappelant notamment l'exclusion et l'indifférence envers certaines classes en quelques passages judicieux (Le bidonville des kawaramono est à ce titre une très bonne illustration). Il se permet aussi une réflexion sur la vengeance et la justice, multipliant les réponses à cette question fondamentale avec une maturité surprenante pour un livre destiné à une collection jeunesse, cela pour la plus grande joie des lecteurs, jeunes ou moins jeunes. Enfin, l'auteur en profite également pour nous parler de traditions japonaises tel que l'art du nô (sorte de théâtre asiatique) ou encore, et surtout,  de l'art de la calligraphie japonaise, l'écriture et les poèmes nippons prenant une place prépondérante dans le récit pour signifier de manière définitive la puissance des mots. Toutes ces choses seront d'ailleurs reprises dans les annexes en fin d'ouvrage, ajoutant un intérêt et une profondeur supplémentaire à l'ouvrage.

Malheureusement, ce beau tableau est ternis par quelques défauts plus embêtants : Le personnage de Ryôsaku est beaucoup trop sous-exploité par rapport à son potentiel et la manie de l'auteur du running-gag "marteau de sagesse" s'avère agaçante et rapidement ridicule, une ou deux mentions de cette obsession de l'officier pour son marteau aurait suffit amplement. Enfin le fantastique du livre est au final assez peu présent concrètement, on aurait beaucoup aimé que Noirez y consacre un peu plus de temps...

"Les gens qui peuplent ces marges sont appelés kawaramono. Equarisseurs, tanneurs, acteurs et amuseurs publics, mendiants, bandits, ou simplement miséreux qui n'ont pour dernier refuge que ces terres inondables et infestées d'insectes. Leurs noms ne sont inscrits sur aucun registre. Leur existence comme leur mort n'intéresse personne. Ils n'existent pas."

 

La conclusion de

Entre enquête et fantastique, tradition et modernité,Le shôgun de l'ombre est un bon roman jeunesse que l'on conseillera sans modération aux adolescents et aux plus jeunes lecteurs, voir même aux autres. Malgré des défauts évidents et parfois agaçants, le roman de Jerôme Noirez est une nouvelle preuve de la voix unique de celui-ci dans le paysage francophone de l'imaginaire. Par ses idées, sa maîtrise stylistique et ses traits d'intelligence, ce récit vous transportera au pays du soleil levant pour un agréable séjour...

Que faut-il en retenir ?

  • L'ambiance asiatique
  • Les idées
  • Le style
  • Les personnages secondaires
  • La richesse du livre

Que faut-il oublier ?

  • Ryôsaku
  • Fantastique trop light
  • Le gag du marteau

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