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Critique du Roman : La Rédemption du Marchand de sable
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Critique du Roman : La Rédemption du Marchand de sable

Avis critique rédigé par Nicolas W. le jeudi 30 avril 2009 à 0351

Si la Folie m'était contée...

« Formuler la haine ne faisait qu'en rabaisser la grandeur. On ne saurait donner voix à la fièvre, à la frénésie. On éprouve des émotions que nul n'a jamais éprouvées, depuis que le monde est monde, en dépit des tourments et des tragédies qui ont frappé les hommes. On se tient devant Dieu, seul, car arborant une rage et des cicatrices uniques. »

Eddie Whitt est un homme au bord du gouffre, celui de la démence. Il était père et époux. A présent sa femme Karen est folle et sa fille est morte. Il chasse seul l'homme qui lui a pris son bonheur. Killjoy. Le marchand de sable. Un tueur en série, auteur de vingt et un meurtres d'enfants par étouffement avec une taie d'oreiller. Vingt et une familles brisées. Et pourtant, après un long silence, Killjoy vient désormais déposer des « enfants de remplacements » aux parents qu'il a meurtris. Un tueur sur la voie de la rédemption et qui entretient, semble-t-il, un lien tout particulier avec Whitt. Il fut le premier. Les lettres qui arriveront au père dévasté en sont la preuve. Le tueur à la taie d'oreiller aime parler avec des images et constructs abstraits, et seul Whitt semble le comprendre. Il ne reste plus qu'un espoir à cet homme: venger sa petite fille Sarah en démasquant et tuant son assassin. Mais à se risquer aux confins de la raison, Whitt n'en devient-il pas plus proche de Killjoy?

Si Tom Piccirilli n'est pas très connu en France, on a pu néanmoins profiter de son livre Un choeur d'enfants maudits, excellent au demeurant. Denoël Lunes D'encres et Gilles Dumay nous offre la possibilité de replonger dans l'univers étrange de l'Américain. Placée sous la magnifique couverture de Lasth, l'histoire commence  par un premier chapitre qui ne trompe pas, nous sommes bien dans un Piccirilli. Dès l'entrée, on retrouve ces gens étranges qui hantent les pages de ses ouvrages, en l'occurrence ici une secte dirigée par la famille Prott et qui vénère le dieu Mucus-au-cerveau-à-l'épine. Et puis surtout la première lettre de Killjoy, le tueur en série, cœur du propos et  élément fascinant du recueil. D'emblée, on comprend que les lettres du tueur sont l'œuvre d'un fou qui prend plaisir à mener ses victimes sur des chemins volontairement tordus. Chose qui déroutera bien des lecteurs tant le contenu de ces lettres est hermétique mais pourtant capital pour le livre. Chaque lettre est un témoignage qui constitue une partie du jeu auquel se livre Killjoy envers Whitt, à l'entraîner au cœur de la folie tout en maintenant une part de lucidité dérangeante, puisque rapprochant les deux hommes. Des lettres donc étranges qui amènent le lecteur à s'accrocher pendant sa lecture. À rire aussi, puisqu'elles ne sont pas dénuées d'un humour surréaliste, et finalement malsain quand on se remémore qui en est l'auteur.

Au-delà de ce lien écrit, l'auteur va s'échiner à nous décrypter comment l'intervention d'un homme dans la vie d'un autre peut bouleverser toute son existence, et même au-delà...Car Whitt chasse Killjoy depuis cinq ans, et perd peu à peu pied avec la réalité, en essayant de pénétrer l'esprit de l'assassin, il se contamine et sombre plus ou moins dans une folie tout autant inquiétante que fascinante. Fascinante car Piccirilli rapproche les deux personnages que tout oppose, en fait des égaux, deux faces d'un destin commun que la folie rassemble là où tout les sépare. Pour ce faire, l'auteur fait appel à des motifs récurrents (procédé qui n'est pas sans rappeler celui utilisé par un autre américain, Chuck Palahniuk...), comme celui des singes, des aérofauteuils dont Whitt parle avec son ami publicitaire excentrique Freddy. Ces éléments reviendront régulièrement, symptômes entres autres de troubles obsessionnels chez Eddie qui sombre, au fil du récit, dans son propre monde fait de vengeance, de traque, de paranoïa et...de tristesse. Le style de Piccirilli fait merveille dans ces pages, donnant définitivement une saveur étrange au roman et une certaine émotion au lecteur. Une sacrée émotion même, puisqu'au fur et à mesure, on s'attache à ce père de famille dont la vie a tout pris. Quand il nous conte sa vie passée, quand il s'attache à décrire au travers de la maison de poupée ce qu'était sa famille. La plume de l'auteur fait merveille, la lecture en est d'autant plus agréable sans compter l'empathie transmise au lecteur par les mots utilisés.

Polar en apparence, Tom Piccirilli se refuse à se cantonner dans les cadres usuels du genre, un peu à la façon de son précédent ouvrage. Le propos ici est celui de la folie avant d'être celui de la traque d'un meurtrier. C'est l'impact d'une chasse à l'homme sur la santé mentale d'un individu. Mais c'est surtout l'occasion d'installer une ambiance toute particulière et dont l'Américain a le secret. Si cela passe avant tout par le duo atypique formé par Killjoy/Eddie Whitt, c'est aussi toute une galerie de personnages, plus dingues les uns que les autres, qui permet d'en arriver là. Avec la famille Prott et le publicitaire, se trouvent également des personnages plus conventionnels comme l'inspecteur de police ou le beau-père issu des Marines, une joyeuse compagnie agrémentant le bouquin et lui faisant gagner en intérêt... Si ce n'est le personnage de Diana Carver, qui ne sert au final pas à grand-chose excepté de boucher les trous...

Oh...excusez-moi, j'ai un appel...

- Allô oui ? - Nicolas ?
- Oui c'est moi, et vous êtes ?
- Mais c'est moi, Nicolas !
- Oh très bien, je ne m'attendais pas à avoir ton appel si tôt !
- Ne t'en fais pas Nicolas, tu peux continuer de parler du Marchand de Sable, je ne veux pas t'interrompre...
- Mais, il ne me reste plus grand-chose à dire, vois-tu Nicolas ?
- As-tu parlé de la trame principale tout de même ? De la fin aussi ? As-tu insisté sur la descente dans les affres de la folie du père éploré contemplant également sa femme devenue folle... ?
- Eh bien Nicolas non...Alors, tu as raison, l'intrigue principale, pour découvrir le visage du tueur est rondement menée, notamment grâce à la concision du récit qui tient en 300 pages et à l'entrelacement des deux fils conducteurs que représentent la famille Prott et Killjoy. Pour un final, comme tu l'as si bien rappelé, de toute beauté, puisque la folie du père y trouve le repos, mêlant poésie et tristesse...Un très beau dénouement à sa façon toute particulière...Pour la folie, j'en ai déjà parlé Nicolas, il faudrait suivre !
- Oh, du calme, moi tout ce que j'en dis c'est pour ton lecteur, Nicolas. Il faudrait bien lui faire comprendre que l'on est pas devant un thriller/polar lambda avec ce Dead Letters !
- Rédemption du Marchand de Sable, Nicolas !
- Rah, oui c'est vrai, le titre français, j'oubliais...Mais dis-moi au final, ce livre, il est bon ?
« Se rencontrer soi même, c'est rencontrer un inconnu. L'homme qu'on devient n'a pas grand-chose à voir avec l'homme qu'on a été.»

La conclusion de

Il est sacrément bon ce livre assurément. Permettez-moi de mettre de côté ma conversation, mais avec la Rédemption du Marchand de Sable, on tient un bouquin qui sort des sentiers battus, intelligent, bien mené et très bien écrit. Tom Piccirilli est un auteur diablement intéressant, surpassant même légèrement son chœur d'enfants maudits pour accoucher d'une œuvre forte et qui marque le lecteur. Remercions Gilles Dumay pour ce choix éditorial...En attendant le prochain livre de l'américain, du moins on l'espère...

Que faut-il en retenir ?

  • Le Style Piccirilli, travaillé et envoûtant
  • L'ambiance étrange
  • Le fascinant duo de personnages Killjoy/Whitt
  • Le propos fort intelligemment traité
  • La fin sublime

Que faut-il oublier ?

  • Le personnage de Diana Carver
  • L'hermétisme des lettres de Killjoy qui peut rebuter

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