"Elle avait choisi le corps d’un très grand mâle.
À son âge, elle ne tenait pas à assumer les conséquences du rut dans la peau d’une femelle dont le partenaire atteindrait les quarante tonnes en moyenne. En milieu aquatique, qui plus est, alors qu’elle n’avait déjà guère d’expérience à l’air libre. Et le peu qu’elle avait n’était pas vraiment concluant, c’était le moins qu’on puisse dire..."
Ann ne pensait pas qu'il y aurait une vie après la vie. Après des années passées dans la recherche biologique, la crème de la crème, au seuil de la mort, impotente et, avouons-le, acariâtre, la vieille dame se voit offrir un nouveau départ. Mais le chemin sur lequel elle prendra la route sera bordé d'eau, au-dessous, au-dessus et... partout autour: on lui donne la possibilité de revivre dans le corps d'un cachalot. Mais il y a le revers de la médaille car une mission l'attend dans l'océan...
Jeanne-A Debats est, elle aussi, un écrivain quasi inconnu. On ne lui connaît pour l'instant que quatre textes (
règne carcéral dans la revue
flash infini,
L'ogre de ciment dans l'anthologie
fugue en ogre mineur dirigée par
Anne Fakhouri aux éditions des
Trois Souhaits chez nos amis d'ActuSF,
cendres dans l'anthologie
Dieu reconnaîtra les siens et
Fata organa dans l'anthologie
La Terre). Elle est de nouveau publiée chez
Griffe d'encre avec la novella
la vieille anglaise et le continent.
Il est bien possible qu'aujourd'hui, avec la valse des prix du baril de pétrole, l'angoisse montante pour l'énergie, tout le monde se foute royalement du problème des cétacés. Pas Jeanne-A Debats qui, apparemment, semble inspirée par le sujet. On se souvient des romans touchant au sujet des cétacés (ils sont peu nombreux) et qui ont le plus marqué les lecteurs:
marée stellaire de
David Brin qui a inventé les chants magnifiques des dauphins, et
un animal doué de raison de
Robert Merle. On retrouve d'ailleurs un peu de cette poésie dans la novella lorsqu'Ann/cachalot rencontre 2x2x2, et s'amuse avec son compagnon dans d'étranges ballets aquatiques et trilles dans le grand bleu.
Ici, la mer est le champ naturel où pirouettent et tourbillonnent ces danseurs marins. Un champ qui a inspiré de nombreux poètes, et des chants qui ont peuplés de nombreux contes. Tout comme l'auteur qui nous décrit ce "continent cétacé". Joli moment, au passage.
A vrai dire, la novella a pour objet l'océan, mais aussi la nature d'une manière générale. C'est un peu écolo, mais constitue finalement un beau message puisqu'il n'y a pas de porte dérobée à celui-ci.
Ajoutez à cela une intrigue un peu plus complexe que ce à quoi on s'attendait et cette novella est une réussite.
C'est à se demander s'il n'y avait pas matière à écrire un plus long roman dans la vague des éco-thrillers de ces dernières années...