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Docteur Sleep >

Critique du Roman : Docteur Sleep

Avis critique rédigé par Nicolas L. le mardi 3 décembre 2013 à 23:09

Le passeur et la disciple

Dan lui confia la lampe. John la dirigea vers la fosse, projetant un faisceau sur ce qui l’avait fait reculer: une chaussure de tennis pleine de terre. Progressant lentement afin de ne pas déranger la dépouille du petit gars du baseball d’Abra, Dan dégagea le corps. Petit à petit, une forme couverte de terre émergea. Cela lui rappela les sculptures sur les sarcophages qu’il avait vues dans le national Geographic.
L’odeur de putréfaction était très prononcée maintenant...

L’on sait que la parution d’un roman ou d’un recueil de nouvelles signé Stephen King est toujours un évènement en soi, grandement relayé par la presse spécialisée. En France, cet auteur très prolixe est extrêmement vendeur et possède une grande réserve de fans. Un cercle d’admirateurs qui, d’ailleurs, ne cesse de grandir, pour toucher une  cible de plus en plus large. Cette fois-ci, cependant, à la grande surprise de ses lecteurs et du grand public, la sortie française de Docteur Sleep a pris une toute autre dimension, puisqu’elle a même été le sujet des journaux télévisés. On peut trouver à ce fait d’actualité deux raisons.

La première raison repose sur un argument purement promotionnel: la sortie de l’édition française (toujours chez Albin Michel, traduction de Nadine Gassie) «coïncidant» avec la visite parisienne de ce maître de la littérature fantastique. Bien qu’admirablement menée, elle est loin d’être la plus justifiable, du moins du point de vue du lecteur. Non, le principal attrait de Docteur Sleep est son sujet. Car le roman répond à une question que les fans de l’écrivain se posent depuis des années: mais qu’a bien pu devenir le petit Danny Torrance, l’enfant lumière de Shining? Bonne nouvelle, il s’avère que son créateur avait la même préoccupation. Il attendait juste d’avoir la bonne idée, celle qui pouvait lui permettre de développer une histoire qui ne serait pas qu’une banale redite de celle ayant servi de support au célèbre film de Stanley Kubrick. Et, toujours aussi habile dans l’art du contre-pied, Stephen King y répond ici de la plus surprenante des manières.

Comme souvent, Stephen King utilise une nouvelle fois son vécu pour construire son récit son récit. Alors, certes, le procédé n’est pas aussi profond que dans Dolores Clairborne ou, plus récemment, Histoire de Lisey et Duma Key, ouvrages qui lorgnent carrément vers l’introspection, mais - et l‘auteur le reconnaît volontiers - Danny Torrance adulte affiche un profil psychologique assez proche de ce qu’était le Stephen King trentenaire. Comme l’écrivain, Danny côtoie des démons qui sont l’alcool et les drogues, comme lui, il y trouve une justification. Pour Stephen King, il s’agissait de stimuler ses fantômes créatifs, ses muses. Pour Danny Torrance, il s’agit avant tout de mettre les siens, ceux de l’hôtel Overlook, dans un placard. Bon, bien entendu, les comparatifs s’arrêtent là, Stephen King développe ensuite une histoire qui n’a rien à voir avec son histoire (encore heureux!).

Ouvrage très surprenant, Docteur Sleep mêle fantômes, zombies, vampires, serial killer, pouvoirs parapsychiques, bref tout l’arsenal utilisé par Stephen King au cours de sa brillante carrière. Le roman n’en est pas pour autant un joyeux foutoir. Bien au contraire. Toujours aussi précis dans la construction de ses schémas (il me fait toujours un peu sourire quand, dans les interviews, malicieux, il affirme écrire à l’instinct), il prend tout d’abord le temps d’introduire son personnage principal, ne nous laisser s’y attacher par un sentiment de compassion alors que, parallèlement, il présente l’adversité via un personnage secondaire qui lui donne une image rédemptrice, voire salvatrice. Ainsi, dés les premières pages, il ancre dans notre imaginaire la vision d’une entité maléfique, redoutable et inhumaine, mais presque excusable car victime de sa nature profonde.

Docteur Sleep est également construit sur le principe d’héritage spirituel. Stephen King, une nouvelle fois, avance la théorie que la vie est un cycle ou l’élève devient maître, dans une boucle sans fin. Et ce Don, qui s’estompe avec l’age, sans vraiment disparaître, représente à la fois l’innocence, la force créative et la pureté, une essence sans laquelle ces entités du Noeud Vrai (une véritable famille, presque attachante, qui a abandonné ses noms patronymiques pour des pseudonymes) redeviennent des enveloppes vides. D’ailleurs, comme on pourra le vérifier, cette «essence» peut être frelatée, détériorée, voire empoisonnée par les aléas de la vie.

Après un roman choral (Dôme), Stephen King se recentre ici sur un plus petit nombre de personnages. Maître dans l’art de donner une véritable vie aux protagonistes de ses oeuvres, l’écrivain fait une nouvelle fois très fort. On s’attache donc rapidement à Danny Torrance, mais aussi à ces personnages secondaires que sont sont Billy et le pédiatre John Dalton. Et, surtout, on adore détester Rose Claque, digne héritière de Randall Flagg, le monstre charismatique du  Fléau et de La Tour Sombre, et du Clown croqueur d’enfants de Ca. Assurément l’un des meilleurs « méchants » de l’univers de King. Quand à Abra, elle incarne cette jeunesse qui joue souvent un très grand rôle dans les romans de Stephen King… et est l’une des faiblesses du roman. Un peu trop lisse,  bien que bien construite, elle est à la fois le personnage clé de l’intrigue mais aussi le moins marquant de l’œuvre sans que l’on arrive vraiment à en déterminer la cause.

Enfin, Docteur Sleep est une oeuvre naturellement positive. J’insiste sur « naturellement ». Et, venu de King, ça fait du bien. Loin d’être un film s’achevant par un happy end un brin débile – je prends pour exemple Dôme, roman génial au final extrêmement décevant -, Docteur Sleep se conclue de façon logique et profondément humaine. Ce dénouement affirme d’ailleurs de belle manière la véritable atmosphère du récit. Bien que de nature très horrifique, voire glauque, et riche d’éléments macabres, le récit met en avant des valeurs en les transformant en véritables objets de rédemption. Danny Torrance, en se mettant au service des autres, en usant de son Don pour aider les mourants à passer paisiblement de l’Autre-coté, et en s’ouvrant à ses congénères, va trouver le chemin qui va le sauver et le guérir de ses blessures. Ce processus compose le véritable centre de gravité de l’histoire. Il ne restait plus à Danny que de réussir  à échapper aux appétits du Noeud Vrai. Et ça, c’est loin d’être gagné.

88

Sans être le chef d’œuvre plébiscité par la presse, Docteur Sleep est l’un des meilleurs romans de Stephen King. L’intrigue, bien que reprenant les thèmes chers à l’écrivain, parvient à nous surprendre et nous accrocher. On apprécie autant de suivre les aventures de Danny Torrance que les agissements du Nœud Vrai, une famille de « méchants » qui arrive presque à être attachante. Le héros est finement construit et attachant, son destin intéressant. Les défauts sont mineurs. Bref, si vous aimez les récits d’horreur loin de tout manichéisme et extrêmement humain, Docteur Sleep est un roman pour vous.

 

Critique de publiée le 3 décembre 2013.

Que faut-il en retenir ?

  • Une intrigue bien ficelée
    Enfin un dénouement réussi
    Des personnages attachants
    Rose Claque, géniale

Que faut-il oublier ?

  • Quelques défauts mineurs.

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