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Critique du Roman : Les Gentlemen de l'étrange
Les Gentlemen de l'étrange >

Critique du Roman : Les Gentlemen de l'étrange

Avis critique rédigé par Vincent L. le samedi 29 janvier 2011 à 2000

Quand Sherlock Holmes rencontre le Kraken...

« Les gentlemen de l'étrange coururent longuement à travers les dédales des rues londoniennes, les pavés trempés de pluie qui claquaient sous leurs bottes luisant fantastiquement sous la lumière des réverbères... ».

Recueil de nouvelles édité par Black Book Editions, Les gentlemen de l'étrange met en scène les aventures fantastiques de deux dandy londoniens au XIXème siècle. Tous les ingrédients sont au rendez-vous dans ce recueil de nouvelles (l'inspecteur du Scotland Yard, l'asile, le manoir familial, les fumeries d'opium, la Fée Verte, ...) permettant ainsi à l'auteur d'ancrer ses récits dans une ambiance typiquement victorienne. Les références aux classiques du genre sont nombreuses, de Sherlock Holmes à Dracula en passant par 20 000 lieues sous les mers, et le tout ne manque pas de rappeler certaines oeuvres plus contemporaines, du comics (La Ligue des gentlemen extraordinaires) au roman populaire (L'aliéniste). La quatrième de couverture nous annonce de plus que la romancière, Estelle Valls de Gomis, maîtrise parfaitement les codes de l'époque ; à ce niveau, les attentes du lecteur sont malheureusement déçues, car en fin de lecture, on ne peut malheureusement être que très dubitatif vis à vis de cela.

Les gentlemen de l'étrange est construit selon l'exercice faussement facile du recueil de nouvelles. Estelle Valls de Gomis met en scène ses personnages dans onze petites histoires d'une trentaine de pages chacune. Bien que la nouvelle soit un récit bref, limité en pages, en personnages et en événements, cette structure particulière doit être finement agencée afin de produire l'effet voulu sur le lecteur. Ce format demande donc un travail de narration ardu qui ne peut supporter une histoire bancale ou un épilogue trop rapide, au risque de provoquer l'insatisfaction du lecteur face à un récit bâclé. Les gentlemen de l'étrange aligne ainsi des nouvelles possédant toutes des défauts structurels tendant à frustrer le lecteur, que ce soit des personnages mal construits, des conclusions trop rapides (ou mal amenées) ou des descriptions pas suffisamment étayées. Ainsi, en dépit de points de départ souvent sympathiques et intrigants, les histoires souffrent globalement d'un sentiment d'inachevé.

Pourtant, les bases sont souvent correctement posées, Estelle Valls de Gomis jouant avec les codes du genre pour livrer des récits très référentiels, qui ne manqueront pas d'amener le lecteur à faire des parallèles avec les représentations liés aux écrits classiques de cette époque. Mais paradoxalement, malgré ce foisonnement d'éléments nécessaires à la distillation de l'atmosphère emblématique des écrits du XIXème siècle, l'auteur ne parvient pas à décrire de manière convaincante les sensations qu'elle tente de transmettre au lecteur. Souvent, les écrivains dont elle s'inspire avaient vécu ce qu'ils dépeignaient, expliquant pourquoi les lecteurs pouvaient mieux ressentir ce qui leur était raconté, et faisant ainsi l'expérience sensitive de ce que vivait les personnages. Ici, lorsque l'on parle, par exemple, des effets de l'absinthe ou du Londres suintant et sordide, on voit que l'auteur s'inspire visiblement des écrits d'autrui, mais sans parvenir à se les approprier pour pouvoir leur donner une profondeur.

On retrouve également ce manque d'envergure descriptive lorsque l'auteur dépeint les pays étrangers dans lesquels elle amène ses personnages. Si le choix d'envoyer ces héros hors de Londres est certes l'un des éléments incontournable du romantisme (Chateaubriand a décrit la beauté des forêts du Nouveau Monde dans Le génie du Christianisme, Stendhal a situé la Chartreuse de Parme en Italie), mais il est dommage que l'auteur ne parvienne pas à faire ressortir la beauté de ces paysages que l'on croirait issus de cartes postales. Alors que le lecteur devrait être ébloui par ces peintures, il ne reste finalement qu'une impression de banal. De fait, on ne peut pas comprendre l'intérêt des héros pour la splendeur de Venise, leur sensation d'immensité lorsqu'ils traversent le territoire américain, et encore moins leur impression de petitesse quand ils sont à New York. Ces descriptions, bien trop exhaustives, peuvent évidemment s'expliquer par les contraintes de format, toutefois, il appartient à l'auteur d'agencer son récit pour ne pas créer ce sentiment d'inachevé.

C'est globalement le problème des
Gentlemen des l'étrange que de vouloir trop en faire, au risque de négliger l'espace donné pour faire vivre les histoires. Et ici, très clairement, le trop est l'ennemi du bien, tendant pà rendre les nouvelles caricaturales, et ce malgré un vrai potentiel de départ. Ainsi, les héros sont des caricatures de l'époque : l'un est un aliéniste qui a un penchant pour l'opium et les prostituées, tandis que son comparse est un nanti qui se passionne pour les phénomènes étranges et qui a développé des facultés occultes. On passera volontiers sur la gouvernante belle et mystique qui fait de la sorcellerie ou sur la souris géante qui parle. De plus, les personnages secondaires ne sont pas suffisamment exploités, ce qui tend à les rendre franchement inintéressants (on ne voit pas, par exemple, ce que vient faire l'inspecteur du Scotland Yard dans les histoires, si ce n'est de la figuration).

Ceci dit, tout n'est pas à jeter dans Les Gentlemen de l'étrange. En effet, malgré ces insuffisances et autres maladresses, les nouvelles sont tout de même formellement bien écrites, parvenant à conjuguer lecture facile et style littéraire correct. Il ne fait ainsi aucun doute qu'Estelle Valls de Gomis possède une bonne culture littéraire dans ce domaine, qui peut aisément être transmise aux plus jeunes. A ce titre, on peut donc considérer ce recueil de nouvelles comme un roman jeunesse efficace et accessible - les enfants et autres ados seront en effet moins sensibles aux défauts structurels évoqués ci-dessus - et s'avérer être un bon préambule à la lecture des nouvelles du XIXème siècle. Il pourrait ainsi servir de passerelle vers la littérature victorienne classique, et ainsi y amener les néophytes – ou les lecteurs non initiés à ce courant – en leur donnant une partie des codes et références, ainsi qu'une photographie partielle de l'époque qui pourra, par la suite, être complétée par d'autres lectures.

Enfin, Les Gentlemen de l'étrange baigne dans une ambiance plaisante, et le choix du XIXème siècle comme décor permet d'instaurer l'atmosphère fantastique bien particulière à cette fin de siècle : expériences scientifiques, goût de l'occulte, intérêt pour les phénomènes étranges, avancées dans le domaine psychiatrique, machines fantastiques, et, bien entendu, ce mal de vivre qui caractérise vraiment cette époque via, notamment, les diverses addictions. On aimerait ainsi qu'Estelle Valls de Gomis sorte par la suite ses personnages du format "nouvelles" pour les lancer dans un roman construit, qui prenne le temps de développer son histoire, son décor et ses enjeux, lui donnant ainsi l'envergure nécessaire pour poser son ambiance, ses références et ainsi s'approprier cette époque, en se démarquant des auteurs qui l'ont inspiré. Techniquement, nul doute qu'elle en a les capacités.

La conclusion de

Les Gentlemen de l'étrange est un recueil de nouvelles avec un potentiel indéniable, qui plus est écrit dans un style littéraire très correct. Cependant, le fait que son auteur ne maîtrise pas encore les codes littéraires de la nouvelle donne au tout une forme quelque peu rédhibitoire. Les récits souffrent ainsi de défauts structurels qui entraînent constamment une certaine frustration du lecteur. Malgré cela, le choix du XIXème siècle comme cadre permet d'instaurer une ambiance fantastique et élégante assez agréable à lire. De plus, l'ouvrage, parsemé de références littéraires, s'avère très accessible, et peut donc être conseillé à un public jeunesse. Au final, malgré ce premier ouvrage en demi-teinte, Estelle Valls de Gomis pourrait, avec un peu plus d'expérience, surprendre et livrer des écrits de qualité.

Pour les jeunes : 6/10
Pour les adultes : 4/10

Que faut-il en retenir ?

  • Style d'écriture correct,
  • Rapide à lire, facile à appréhender,
  • Ambiance générale agréable,
  • Rendu du XIXème siècle fantasmagorique intéressant.

Que faut-il oublier ?

  • Codes littéraires de la nouvelle non maîtrisés,
  • Aspect descriptif lacunaire,
  • Parfois trop caricatural,
  • Personnages sans envergure.

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