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Film (non sorti en salles françaises) réalisé par Simon Hunter. Etats-Unis d'Amérique


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Anecdotes de The Mutant Chronicles

  • Interview de Simon Hunter

    Durant le mois d'avril 2009, lors de du Festival international du Film fantastique de Bruxelles (BIFFF), était projeté le film Mutant Chronicles en présence de Simon Hunter. Nous avons pu rencontrer ce dernier et lui poser quelques questions.

    Bonjour Simon Hunter, Au départ, Mutant Chronicles est un jeu de rôle. Le connaissiez-vous avant de faire le film?
    Non. Je ne le connaissais pas du tout. Je l'ai lu et je me suis immergé dans ce monde après avoir voulu en faire un film, pour mieux le connaître. Mais auparavant, non. Parfois vous pouvez arriver avec une nouvelle approche. C'est parfois bon d'en savoir beaucoup... et parfois de rien n'y connaître. Je ne pense pas que ce soit un désavantage. Si vous en savez trop, vous ne pouvez pas vous écarter du chemin, vous aurez forcément ci et ça, telle créature... toutes ces choses... parfois, ce n'est pas bon.


    Comment vous est venue l'idée de faire ce film?
    Le producteur américain Edward R. Pressman est très prolifique et a toujours voulu faire un film là-dessus. Le monde est contrôlé par quatre mega-compagnies dans le futur, et je pense que ça correspond au genre de film qu'il voulait faire. Et en même temps c'est proche des histoires de comics avec ce côté "pulp". Je pense que c'est une bonne franchise pour un réalisateur qui voudrait faire l'expérience d'un très gros film. Durant plusieurs années rien n'est arrivé, et l'idée a ressurgi quand j'en ai discuté avec lui. Il m'a dit "Simon, faisons-le à une échelle plus petite, mais de façon plus intéressante, et unique". Voilà comment ça s'est passé.

    La dernière fois qu'un jeu de rôle a été adapté au cinéma, c'était avec Donjon et Dragons, et c'était un film catastrophique...
    Je pense que le problème avec les jeux de rôle, c'est qu'en général, ils n'ont pas de vraie histoire dans leur fondement. Ils ont un monde bien défini avec ces armées qui peuvent faire ceci, ce type de créatures qui peuvent faire cela, dans cet univers on porte du rouge, dans un autre du noir, etc. Il y a aussi des sortes de petites histoires qui peuvent arriver, genre, cette armée peut vaincre cette autre armée avec ce pouvoir. Mais ce n'est pas l'histoire de la quête d'un héros qui est né pour vaincre telle ou telle armée. Comme vous créez vous même l'histoire, on manque souvent de ce côté épique qui est nécessaire au succès d'un film et c'est sûrement pour ça que d'autres ont échoué. Vous devez avoir une histoire forte pour réussir un film car c'est toujours l'histoire de quelqu'un qui raconte quelque chose.

    Aviez-vous peur de faire ce film?
    Tout d'abord, techniquement, pas du tout. J'avais fait beaucoup de pubs avant et d'autres films comme "Lighthouse" donc ça ne me faisait pas peur. J'avais plutôt peur de l'histoire, qu'il n'y ait pas de scénario clair et réaliste. C'est une des choses les plus importantes qu'un réalisateur doit vérifier. Que cette colonne vertébrale soude les scènes entre elles et qu'on puisse s'en servir pour construire quelque chose. C'est le plus important. Tout le reste importe moins.

    Mutant Chronicles est axé sur la religion. Pourquoi mettre en avant la guerre et ses crimes?
    Je pense que ce n'est pas tout à fait notre histoire. On voulait quelque chose de vraiment fou, mais aussi un film confiné. Un côté « fun » et « pulp ». Il y a un grand nombre de corps, beaucoup d'activité mutante et beaucoup se font massacrer, mais dans une sorte d'esprit comics qui rend ça plus fun. "Blade" décapite souvent des gens, mais c'est un comic et c'est plus second degré. Il n'est jamais question de torture par exemple, on l'a éliminé pour garder du sens. C'est pourquoi on a beaucoup de victimes, pour le fun.

    On peut comparer Mutant Chronicles au film Les 7 Mercenaires, car ils partagent les mêmes idées et de héros « bad guy ». Aimez-vous l'évolution de vos personnages au cours du film?
    Oui. J'aurais aimé en faire plus, vraiment. Je pense que c'est toujours bien d'emmener ses héros dans une mission aussi glauque que possible. Ça leur donne plus de temps pour évoluer ensemble et réagir. Et c'est aussi la base d'un film, de l'histoire du film.  Je trouve qu'on a eu quelques bons moments pour nos personnages avec une bonne entraide entre eux. On en veut toujours plus, mais c'est un tout et il faut garder une bonne balance entre action et amusement quand on fait évoluer ses personnages. C'est difficile.


    Visuellement le film est impressionnant et a dû demander beaucoup de travail. C'est difficile de le comparer à Lighthouse. Pourquoi ce changement de sujet?
    Je pense que ce film nous obligeait à changer. Ce qu'on a essayé de faire, c'est un film indépendant à petite échelle et au budget européen. Ça a demandé un gros travail de fond. Sinon, on n'aurait pas pu le faire, c'était probablement le seul moyen d'y arriver. En construisant d'énormes décors, cela aurait coûté trop cher. Si l'on avait été sur le terrain, cela aurait fait trop médiocre et ça n'aurait pas marché. La seule façon d'y arriver était d'utiliser un fond vert avec des vieilles techniques, des techniques plus rapides, pour créer un monde. Avec de simples « matte painting », des modèles réduits, et des montages photos en  « matte painting », puis nous avons étendu les décors en digital, tout cela rapidement. Ce n'était pas un film au design novateur comme 300 ou Watchmen qui sont faits par de gros studios, mais on a mis la main à la pâte et beaucoup de gens ont travaillé dur pour le résultat.


    C'était donc difficile à gérer ?
    C'était difficile à gérer. Le plus dur dans ce genre de film est de gérer tout ce qui va bouger dans le plan que vous tournez. Juste pour une simple scène dans une zone de la ville, vous avez dix comédiens faisant différentes choses pour remplir le cadre, vous devez filmer des maquettes et des acteurs, vous devez imaginer comment seront le vaisseau et le ciel... C'est 8, 10, 15 niveaux qui seront dans un seul plan, et au final 18000 plans. Ça fait un nombre énorme de trucs à gérer. Vous devez en plus gérer le niveau de détails à atteindre pour rendre le film parfait, mais si vous focalisez trop sur une partie vous risquez des coupes ou des inégalités et il faut trouver le juste milieu, c'est très dur.


    Combien d'heures par jour passiez-vous sur le plateau à travailler?
    Tellement de temps. On a mis 3 ans pour faire ce film dont 2 en post- production. On y passait des nuits et des week-ends. C'est probablement trop pour un film. Parfois vous avez besoin d'un peu de recul pour vous changer les idées et aller plus vite au final. Là, parfois, on y passait trop de temps.


    Le casting de Mutant Chronicles est parfait pour les « geeks » et amateurs du genre. Thomas Jane et John Malkovich sont connus du public, mais Ron Perlman, Sean Pertwee et Devon Aoki sont des stars de films B...
    Aux USA on utilise beaucoup ce terme et les gens pensent que ce ne sont que de mauvais films, mais je dis toujours "non, non, non". Les films de série B sont des films plus petits, mais d'un point de vue « fun », ils sont bien plus matures. Ils sont faits pour le divertissement, et on aime ça. Les films B sont comme des petits A+. On croit que vous faites quelque chose qui n'est pas aussi bon, mais ce n'est pas vrai. Beaucoup de monde travaille vraiment dur et fait du mieux qu'il peut. Mais c'est un bon divertissement, un peu brut, en quelque sorte, mais ça ne veut pas dire qu'ils n'y mettent pas tout leur coeur. C'est même le contraire en fait, ils bossent vraiment dur sur leurs films et ils aiment ça, ils trouvent ça fun. Ils font ces films pour des raisons différentes. C'est un bon terme et je pense que les films de série B sont « cools », et ça a été le début de pas mal de stars, en plus...

    Est-ce que votre but était de viser ce public d'amateurs de série B ?
    Non, j'ai plutôt visé les amateurs du genre, ceux qui aiment ce genre de film.


    Comment êtes-vous arrivé à avoir un tel casting?
    Je ne sais pas trop. Certains ont aimé le genre de film qu'on proposait, d'autres le ton, et ils ont eu envie d'y participer. Ron Perlman, Thomas Jane sont tous les deux à la recherche de ce genre de film. Ils ne pensent pas trop aux détails. Ils regardent juste si le réalisateur a l'air cool, s'il a une bonne vision, alors là ils disent oui. Ils sont très proactifs et aiment travailler sur plein de choses. On se retrouve avec une liste de bonnes et de mauvaises choses, de manière très clinique, et ils nous demandent de regarder ce qu'ont fait d'autres acteurs en disant « ça a l'air fun », « faisons ça ». Thomas est vraiment ce genre le personne qui s'implique. Il adore les comics et est toujours présent au Comic-Con avec son propre stand, il est vraiment fan de ce genre de films. Il a de bonnes analyses et une bonne connaissance de ces films, et Ron est pareil. On a vraiment besoin de plus d'acteurs comme ça, des acteurs qui n'ont pas peur de s'impliquer et qui prennent du plaisir.


    Ont-ils apporté des idées lorsqu'ils interprétaient leurs rôles ?
    Oui, ils étaient pleins d'idées tous les jours et ils avaient de bonnes idées sur le reste du script. Une idée assez claire de comment devait être le film. C'était excellent de les avoir, ils étaient si marrants et si professionnels envers le reste de l'équipe. Ils donnaient l'exemple et ça se transmettait jusqu'en bas de l'échelle. Ils s'amusaient tous les jours. On a eu de la chance de les avoir. On ne sait jamais comment ça va se passer, mais là c'était top et j'espère retravailler avec eux sur d'autres films.
    La fin du film est ouverte, on peut imaginer une suite assez facilement. Est-ce que cela vous intéresserait?
    Pas trop. J'ai passé trop de temps sur Mutant Chronicles et j'aimerais faire autre chose. C'était vraiment une longue période. Peut être que dans deux ans, je répondrais différemment, mais pour le moment j'aimerais retourner à un film " en live" dans lequel, on peut tourner et quelques semaines, après faire le montage pour avoir plus ou moins le final.


    Il y avait trop de post-production sur Mutant Chronicles?
    Tout était sur fond vert alors vous n'avez qu'une vague idée de ce que ça va donner. Vous ne le savez pas vraiment avant que le plan ne soit terminé et personne ne peut en juger. Il faut vraiment voir le final avec les effets et le style, l'arrangement avec les « matte painting » et les maquettes, tout l'ensemble. Et si ce n'est pas assez bon, le monteur doit tout refaire. C'est comme avoir un morceau d'argile brut qu'il faut modeler en une jolie forme. Alors qu'en action réelle vous pouvez tourner et monter rapidement en choisissant d'autres plans. Le film se crée vraiment en salle de montage dans laquelle vous pouvez raccourcir ou rallonger vos scènes. Mais globalement le film que vous aurez sera basé sur le script de départ et sur ce que vous aurez filmé. Qu'importe ce que vous aurez deux semaines après le tournage, ce sera forcément dans votre film.


    Une dernière question, avez-vous des projets pour le futur?
    Je voudrais faire quelques thrillers. L'un d'eux est l'histoire de quelqu'un qui revient d'Afghanistan et qui est convaincu d'être possédé. Il a eu un terrible accident qui lui a laissé d'énormes cicatrices et il est convaincu qu'on lui a implanté des phrases dans le cerveau. Il en devient paranoïaque. C'est un thriller, avec un très bon script et j'ai vraiment envie de le faire. C'est de l'action réelle à tourner et ça va me plaire. L'autre, est un thriller sur les rapts en voiture à travers l'Amérique. C'est un thriller avec un tueur en voiture, et c'est un bon script, bien écrit. Ça ressemble à un « Misery » croisé avec un « The Hitcher ». Beaucoup de suspens, pas très visuel, difficile à comparer avec le rythme et l'action de « Mutant Chronicles », mais ce sont mes projets pour l'instant.


    Merci pour vos réponses et bonne chance pour votre film
    Merci beaucoup, j'apprécie que vous ayez pris le temps de conduire cette interview.

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