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Voir la fiche Into the Mirror : Mirrors [2008]

Film réalisé par Alexandre Aja. Etats-Unis d'Amérique


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Notes de production de Mirrors

  • Alexandre Aja au sujet du film

    Comment ce projet est-il né ?
    Après LA COLLINE A DES YEUX, j’avais envie de traiter un sujet différent. J’ai toujours été attiré par le surnaturel. Au cinéma, la peur naît essentiellement de deux façons : soit à travers des films de « survival » ou de « slasher » réalistes comme DELIVRANCE ou MASSACRE A LA TRONÇONNEUSE, soit elle peut surgir par le surnaturel, dans des oeuvres qui font coexister plusieurs mondes, plusieurs dimensions. Cela concerne tout un pan du cinéma de genre qui réunit fantastique et horreur. Je ne voulais pas faire du « déjà vu ». Grégory Levasseur, mon co-scénariste, et moi avons reçu un script intitulé « Into the mirror ». Il s’agissait en fait d’un projet de remake d’un film coréen, mais je n’ai accroché ni avec l’histoire ni avec les personnages. Pourtant, une ou deux scènes qui jouaient avec les miroirs m’avaient vraiment bluffé. L’idée du miroir, un objet tellement quotidien qu’on ne le remarque même plus, nous est restée. Combien de fois dans une journée, regardons nous notre image, dont nous sommes complètement dépendants, sur une surface réfléchissante... C’est un peu comme pour vérifier que nous existons toujours !
    Les gens ont tous une relation différente, particulière, au miroir. Certains sont obsédés par leur image, d’autres ne peuvent pas la supporter. J’ai commencé à observer les gens qui se regardent dans un miroir : tous le font d’une manière différente. Un élément universel est toujours la meilleure base pour un film d’horreur - en général, une peur présente en nous tous que quelques images peuvent faire ressortir. Nous avons expliqué au studio que nous n’aimions pas le script, pourtant basé sur un sujet en or, mais que le principe des miroirs constituait une chance incroyable pour un réalisateur de films d’horreur. Nous avons réussi à convaincre la 20th Century Fox de nous laisser reprendre la thématique - cet ancien flic confronté à ce miroir - mais en nous orientant vers une autre histoire qui n’a rien à voir avec un remake.
    Le fait de travailler sur ce film a-t-il changé votre façon de considérer les miroirs ?
    J’ai été terrorisé. Je ne pouvais plus supporter le miroir dans ma chambre ! Chaque fois que j’écrivais une scène avec un miroir, je me faisais peur à moi-même avant de faire peur aux autres !
    Comment résumeriez-vous le film ?
    Kiefer Sutherland joue un ancien flic du NYPD dont la vie a sombré. Il vit comme un paria. Pour essayer de remettre un peu d’ordre dans son existence, il accepte un job de gardien de nuit dans un grand magasin en ruines qui a brûlé quelques années auparavant et où seuls quelques énormes miroirs ont survécu aux flammes. Au cours de ses rondes, le « monde du miroir » le contacte et lui demande des choses impossibles qui mettent en danger ceux qui l’entourent…
    A quel moment avez-vous choisi Kiefer Sutherland ?
    Pour moi, l’élément le plus important d’un film reste l’histoire. Je ne me vois pas écrire pour un acteur, quelle que soit l’admiration que j’éprouve pour lui. Nous avions une liste de trois ou quatre acteurs dont nous avons discuté, suivant le processus habituel, avec les patrons du studio. Et Kiefer est devenu une évidence pour tous. Son propre vécu, cette fêlure qui transparaît dans tous ses rôles, ne peuvent que nourrir son personnage. Il vit tout jusqu’au bout, le pire comme le meilleur, un peu comme dans L’EXPERIENCE INTERDITE qui m’a marqué à titre personnel ainsi que toute ma génération. C’est une des nombreuses raisons qui ont dicté mon choix. Son rôle de Jack Bauer dans « 24 Heures Chrono » a encore accru sa notoriété, mais il s’agit d’un personnage beaucoup plus contenu, maîtrisant plus ses émotions. Il ne peut pas donner sur une série ce qu’il donne pour un film. Son personnage dans MIRRORS lui rend toute la dimension et la puissance de son humanité. Il va surprendre ceux qui ne le connaissaient que par « 24 Heures Chrono ». Lors de notre première rencontre, j’ai en plus été étonné de découvrir qu’il a lui-même un rapport très particulier avec les miroirs. Il supporte mal sa propre image, ce qui est assez rare chez un acteur. Il n’a aucun miroir chez lui. Il ne regarde jamais le combo.
    Comment avez-vous travaillé avec lui ?
    Le scénario complexe, très riche, imposait de faire appel à un acteur connu qui puisse porter le film. Kiefer m’a permis de faire exactement le film que je souhaitais et nous avons travaillé main dans la main. C’est un acteur extrêmement technique. Il a cette capacité et ce professionnalisme total, cette précision que lui permet le contrôle impressionnant qu’il exerce sur lui-même. Travailler avec lui est un plaisir absolu. Il est la plus grande star que j’aie dirigée. Quel réalisateur ne rêverait pas de tourner avec des acteurs qu’il a toujours admirés ?
    Où avez-vous tourné ?
    Grâce à des repérages précédents, je savais, dès l’écriture du scénario, que Bucarest était - et pas seulement pour des raisons économiques - le seul endroit du monde où ce film pouvait être tourné. Une partie des intérieurs a donc été réalisée en plein cœur de Bucarest, dans l’immense Maison du Peuple et à l’Académie des Sciences voulues par Ceausescu et abandonnées depuis 1998. Ces bâtiments titanesques, dont aucun équivalent n’existe ailleurs, sont les illustrations parfaites de ce grand magasin qui a brûlé, décor impossible à réaliser en studio. Le tournage a duré huit semaines et ensuite, nous avons tourné les extérieurs à New York et Los Angeles pendant deux semaines.
    Quelle est l’ambiance du film ?
    Le film se passe à New York, la ville des reflets par excellence de par ses buildings. Elle ne devait cependant pas apparaître comme un personnage à part entière mais servir d’écrin à ce vaisseau fantôme qu’est ce grand magasin abandonné. Un crescendo s’instaure au fur et à mesure que Kiefer est pris dans ce tourbillon du mystère qu’il doit résoudre.
    Avez-vous utilisé beaucoup d’effets spéciaux ?
    Il y a énormément d’effets spéciaux. Les effets avec les miroirs sont extrêmement subtils - des réflexions qui restent dans le miroir alors que la personne qui s’y regardait s’en éloigne - et exigent une très grande précision. Nous sommes quasiment à 350 plans truqués. Nous avions donc une double contrainte, celle de ces effets et celle de l’intensité de jeu imposée par le climat du film. L’histoire fait appel à tout ce qui peut provoquer un reflet et nous avons donc travaillé avec une multitude d’éléments qui augmentaient d’autant la complexité du tournage. Sans rien dévoiler, je peux juste dire que rien n’est fait au hasard et que chaque détail est agencé pour construire la peur du spectateur.
    Que vous reste-t-il de cette expérience ?
    Atitre personnel, j’ai dû quitter le film précipitamment pour la naissance de mon premier enfant, survenue deux mois avant la date prévue. Ça ne s’oublie pas ! Quant au film lui-même, Greg (Levasseur) et moi ayant cherché à jouer avec tous les types de reflets, nous nous sommes retrouvés avec des scènes impliquant l’eau qui étaient extrêmement complexes. Tout était passionnant mais rien n’était évident ! En moins de deux heures de film, nous avons essayé d’inclure le plus possible tout ce qui joue avec l’effet de miroir, et il y a de quoi tourner beaucoup de films ! Au-delà de Greg lui-même, je suis heureux d’avoir pu travailler avec des gens que je connais et qui m’accompagnent de projet en projet aux postes clés, comme le monteur ou le chef opérateur. J’ai aussi fait une grande rencontre avec Javier Navarrete qui a composé une heure et demie de musique, véritable voix des miroirs. C’est une bande-son orchestrale, fabuleuse et magique, qui a réussi à donner une vraie présence aux miroirs, au-delà des images. Sa touche européenne amène aussi une autre sensation à New York.
    Que représente ce film dans votre parcours ?
    Jusqu’à présent, j’ai eu beaucoup de chance. Depuis le succès de LA COLLINE A DES YEUX, j’ai pu obtenir des conditions assez favorables. J’ai souvent pris le risque d’imposer ma vision aux décideurs américains, au risque de tout perdre. MIRRORS a été un long processus et j’ai dû défendre mon point de vue mais au final, le film ressemble exactement à ce que j’imaginais, sans aucun compromis. Aujourd’hui, je revendique intégralement mes trois films produits aux Etats-Unis - LA COLLINE A DES YEUX, 2ème SOUS-SOL et MIRRORS. Au-delà, je suis content que Greg et moi ayons pu conserver la possibilité d’écrire le scénario, essentielle pour moi mais pas facile à imposer en Amérique. De plus, nous sommes également devenus producteurs – Greg l’est pour MIRRORS.
    Aujourd’hui, vous voyez-vous revenir en France, ou travailler sur des films autres que les films de genre ? Comment voyez-vous l’avenir ?
    Après MIRRORS, PIRANHA sera une sorte de grand défouloir qui me permettra de faire tout ce que j’avais à faire dans l’horreur et le gore. Ensuite, je pourrai explorer d’autres horizons. Que ce soit aux Etats-Unis ou en Europe, quel que soit le producteur, l’enjeu est de tomber sur une bonne histoire, un concept.

  • Une nouvelle approche de la peur

    Du folklore aux contes de fées, de la superstition aux traditions religieuses, la mythologie associée aux miroirs a toujours penché vers le côté obscur. Les Romains leur attribuaient le pouvoir de refléter l’âme de celui qui s’y regardait et d’affecter son bien être. Cette croyance, ajoutée à leur conviction que la vie se renouvelait tous les sept ans, a donné naissance à la légende voulant que sept années de malheur frapperaient quiconque briserait un miroir.
    Au cinéma comme en littérature, les miroirs sont utilisés comme symboles de vanité, révélateurs d’une vérité ou portails vers un autre temps. Dans la religion juive, il est d’usage de recouvrir les miroirs pendant une période de deuil, afin que les vivants ne soient pas distraits par les pièges de la beauté et le monde physique. Ces histoires de narcissisme et de malchance palissent cependant face au phénomène le plus couramment associé aux miroirs : la mort. De Rome à l’Extrême Orient, les cultures ont toujours vu dans les miroirs une entité malfaisante capable d’emprisonner l’âme des vivants ou de retenir celle des défunts avant qu’ils n’aient pu rejoindre l’au-delà, condamnant leur esprit à une éternelle captivité. (Les vampires, morts donc sans âme, n’ont d’ailleurs pas de reflet.) Le fait que l’association entre les miroirs et la mort ait perduré à travers les générations et les sociétés, est emblématique de la relation, infiniment complexe, que l’homme entretient avec l’inconnu, mais aussi avec son reflet.
    « Les miroirs nous poussent irrémédiablement à regarder à l’intérieur de nous-mêmes », observe Kiefer Sutherland. « Que vous soyez beau ou non, il est difficile de se regarder. D’un point de vue physique, et même spirituel, se faire face dans une glace est compliqué. Ce que vous y verrez peut se révéler extrêmement déstabilisant. »
    Les éléments les plus sombres de cette mythologie collective sont réinventés dans MIRRORS, l’histoire terrifiante d’un ex flic brisé qui doit protéger sa famille d’un mal invisible utilisant les surfaces réfléchissantes pour les terroriser. En développant le projet, un remake du film coréen INTO THE MIRROR datant de 2003, la productrice Alexandra Milchan y a tout de suite vu le potentiel de créer un thriller psychologique aux multiples facettes dans la tradition de SHINING.
    « Au delà de l’aspect horrifique du film original, il y a quelque chose d’universel et passionnant dans la mystique entourant les miroirs », explique Milchan, qui a produit, entre autres, AU BOUT DE LA NUIT et RIGHTEOUS KILL. « Elle offrait un point de départ rêvé à un formidable film dramatique. » Elle approcha le scénariste et réalisateur Alexandre Aja (HAUTE TENSION, LA COLLINE A DES YEUX), pour qu’il apporte au projet son style audacieux et viscéral. « J’étais à la recherche d’un projet qui me permettrait d’explorer la peur d’une nouvelle manière », se souvient Aja, qui s’est affirmé comme une nouvelle figure importante du film de genre avec le « survival » HAUTE TENSION et LA COLLINE A DES YEUX, son remake brutal du classique de 1977 dans lequel une famille, perdue dans le désert, résiste aux assauts d’une horde de mutants cannibales.
    Au coeur d’INTO THE MIRROR, l’histoire d’un détective enquêtant sur une série de meurtres atroces liés à des miroirs, le réalisateur trouva exactement ce qu’il cherchait : « nous entretenons tous une relation particulière avec notre reflet. Nous n’en avons pas réellement conscience, mais c’est là. Certaines personnes adorent se regarder dans la glace, d’autres ne le supportent pas. Les miroirs peuvent nous montrer les traumatismes et les vérités qui existent dans notre subconscient et ne demandent qu’à être révélés. »
    Après avoir exploré les extrêmes les plus sauvages de la nature humaine, Aja s’est réjouit de pouvoir s’aventurer dans le surnaturel : « Le concept est hautement original, et je voulais en tirer une histoire qui pousserait les spectateurs à confronter leurs peurs - et eux-mêmes - d’une façon totalement inattendue. »
    Avec Grégory Levasseur, son coscénariste de HAUTE TENSION et LA COLLINE A DES YEUX, Aja mit au point une nouvelle narration pour MIRRORS, ancrant l’histoire dans la quête de rédemption d’un homme dont la tentative de récupérer sa famille va vite se transformer en lutte implacable pour leur survie.
    « Tout s’écroule autour de lui », dit Aja à propos de Ben Carson, inspecteur de la police de New York suspendu après le meurtre accidentel d’un officier infiltré. « Il a perdu son travail, sa famille, et son âme. » Consumé par la colère et la culpabilité, Carson s’est coupé de sa femme et de ses enfants à cause de son alcoolisme et d’un tempérament de plus en plus instable. Séparé de sa famille depuis des mois, il dort sur le canapé de sa soeur, sa sobriété ne tenant qu’à un fil. « Il est au plus bas », confirme Sutherland. « Il évite son passé, fait tout pour ne pas affronter les échecs qu’il a commis en tant que flic, mais aussi en tant que mari et père, et surtout s’affronter lui-même », ajoute Milchan. C’est ce mélange d’horreur pure et d’authentique drame familial qui a séduit Kiefer Sutherland. « Alexandre m’a raconté une histoire magnifique », se remémore l’acteur récompensé aux Emmy Awards et aux Golden Globes, qui a rencontré Aja pour la première fois à l’issue d’un long tournage de nuit sur la série « 24 Heures Chrono ». « L’horreur est un genre qui m’a toujours intrigué, mais ce qui m’a attiré dans MIRRORS est l’histoire de cette famille qui cherche désespérément un moyen de se retrouver. Le film parle de secondes chances. D’un homme qui, en traversant le pire, va montrer le meilleur de lui même.J’ai été touché par cela. » Sur la foi de son court entretien avec Aja, et avant même de regarder LA COLLINE A DES YEUX, Sutherland accepta le rôle. « Je suis joueur », dit-il. « J’ai eu l’impression, à l’issue de ce rendez-vous avec Alex, que nous allions faire quelque chose de spécial ensemble. Je ne me suis pas trompé. » Ce n’est pas la seule raison qui a poussé Sutherland à s’engager sur MIRRORS avant d’avoir vu le travail d’Alexandre Aja. « J’ai beaucoup de mal à regarder des films d’horreur », admet-il.
    « J’avais emmené ma fille voir LE MONDE DE NEMO, et au moment le requin débarque dans le bateau, mon popcorn avait volé dans les airs. Ma fille, qui avait dix ans à l’époque, s’était largement moquée de moi. » « Je savais qu’Alex et Kiefer s’entendraient à merveille, car ils sont tous les deux très directs et intenses », observe Milchan. « Si vous regardez l’oeuvre de Kiefer, il donne toujours 150%. Il est concentré, authentique, et c’est pour cela que le public l’adore. »

  • Derrière le mirroir

    Sutherland insuffle son intensité habituelle au personnage de Ben Carson, un homme sur le point de perdre tout ce qui compte à ses yeux. Décidé à reprendre le contrôle de sa vie, Carson accepte un poste de gardien de nuit dans un grand magasin, le Mayflower… Ou ce qu’il en reste, en tous cas. S’élevant dans la nuit comme un vaisseau fantôme qui se serait échoué en pleine ville, le Mayflower était un symbole de luxe et de grandeur avant qu’un incendie ne ravage le magasin, emportant de nombreuses vies innocentes avec lui. Cinq ans ont passé depuis l’incident, durant lesquels d’interminables batailles juridiques ont laissé le Mayflower se délabrer, abandonné derrière des palissades au coeur de la ville. Alors qu’il patrouille au milieu des ruines calcinées, Carson aperçoit furtivement des images distordues dans les immenses miroirs qui ornent les murs du magasin. Le scénario d’Aja et Levasseur emmène cependant le concept original bien au-delà des miroirs. Et si une force maléfique prisonnière des reflets – n’importe lesquels, n’importe où - pouvait les utiliser pour terroriser les vivants ? « L’idée qu’un autre monde puisse y exister, observant le notre à l’envers, est particulièrement troublante », avoue Sutherland. Dans MIRRORS, des surfaces réfléchissantes ordinaires comme les fenêtres, l’eau, les écrans de télévision ou les cadres peuvent devenir à tout moment un passage pour le mal. Ben Carson ne se contente plus d’affronter ses propres démons - il doit aussi faire face à ceux qui se sont emparés de son reflet.
    « Ces reflets représentent ce dont nous pourrions être capables », analyse Sutherland. « Bons ou mauvais, il révèlent nos extrêmes. Et peuvent nous forcer à commettre des actes contre notre gré. » MIRRORS utilise l’importance que nous accordons à notre image comme un moyen d’explorer nos peurs subconscientes. « Il est facile de s’enfermer dans l’idée que l’on se fait de nous mêmes, et voir dans notre reflet des choses que les autres ne voient pas, des choses qui n’existent pas réellement », observe Paula Patton (HITCH, DÉJÀ VU), qui incarne Amy, la femme de Ben. « A l’image d’un anorexique qui voit un obèse dans la glace alors qu’il a en face de lui quelqu’un de maigre. Notre cerveau crée l’image qu’il a envie de voir. Les miroirs ne nous renvoient jamais un reflet fidèle de nous mêmes. »
    Alexandra Milchan distingue même un commentaire social dans le film : « si vous regardez l’architecture de villes comme Dubaï, New York ou Las Vegas, elle est dominée par le verre, les miroirs, les surfaces brillantes. Les miroirs du film représentent le narcissisme qui régit notre culture. » « Il est devenu impossible d’échapper à son image dans notre société », confirme Sutherland. « Les surfaces réfléchissantes sont partout. Essayez de traverser deuxpâtés de maisons sans vous voir dans une vitre. C’est virtuellement impossible. Ca ne fait qu’aggraver la paranoïa de Ben, un sentiment passionnant à jouer pour un acteur. » Dans la vie, Kiefer Sutherland n’est pas non plus fan des miroirs. « J’en ai un dans ma salle de bain, et un autre dans mon placard pour m’assurer que je porte la même chaussette à chaque pied, mais ça s’arrête là. Je déteste me regarder. Pendant le tournage de MIRRORS, j’ai été confronté à mon image toute la journée, ce qui s’est avéré assez étrange, mais intéressant. »

  • Un cauchemar éveillé

    Quand Ben Carson se met à enquêter sur la mort mystérieuse d’un gardien de sécurité du Mayflower et son lien potentiel avec les menaçants miroirs du magasin, le mal qui le tourmentait décide de s’en prendre à sa famille - leur maison du New Jersey devenant un véritable terrain de jeu pour le reflet possédé de son fils Michael. « Ben pense que la majorité de ce qui se passe dans le magasin est le fruit de son imagination », explique Sutherland. « Quand on atteint le fond du gouffre comme lui, on en vient à questionner sa santé mentale. Mais à la seconde où sa famille est menacée, il reprend immédiatement ses esprits. » Angela, La soeur de Ben, interprétée par Amy Smart (L’EFFET PAPILLON), pense que son cauchemar éveillé n’est que la conséquence du stress et de la culpabilité accumulés depuis l’accident qui a coûté la vie à son collègue. Son comportement de plus en plus erratique alerte cependant sa femme, médecin plutôt cartésienne travaillant pour la police de New York. « Elle est convaincue qu’il a pété un plomb », commente Paula Patton, qui a commencé à lire le scénario de MIRRORS un soir… Et a dû attendre le lendemain matin pour le finir (« c’était bon signe », s’amuse-t-elle). « Amy est très logique, avec un esprit scientifique, et ne croit pas aux fantômes ou aux forces d’un autre monde. Elle est également habituée à voir des choses horribles dans son métier, donc peu impressionnable. »
    Pourtant, elle ne peut s’empêcher de constater que quelque chose ne va pas chez leur fils Michael, qui apparaît de plus en plus préoccupé par son reflet. « Leur famille s’effondre », dit Patton, « et Ben se sent plus seul que jamais car personne ne veut le croire. » « Au début du film, Amy est la plus forte deux, tenant à bout de bras ce qui reste de leur famille quand Ben est au plus bas », analyse Aja. « Alors qu’il trouve la force d’affronter ses démons en même temps que la force diabolique qui les persécute, ils se retrouvent tous les deux à se battre chacun de leur côté dans un même but : sauver les enfants, eux-mêmes, et, plus important, leur famille. »
    Au final, Aja s’est efforcé de livrer avec MIRRORS un film qui provoquera autant de frissons que de réflexions. « J’espère que le film aura un effet psychologique sur les spectateurs », dit-il. « Je veux qu’ils se demandent à l’issue de la projection s’ils auront le courage de se regarder dans la glace. Qu’ils aient la sensation étrange de ne pas être seuls la prochaine fois qu’ils se verront dans le miroir. »
    Sutherland sera-t-il capable de regarder MIRRORS ? « Avec un peu de chance, j’aurai la présence d’esprit de ne pas prendre de popcorn avec moi, car si c’est le cas, il volera à coup sûr en l’air », rigole l’acteur. « Nous avons créé un film profondément terrifiant que vous n’oublierez pas de sitôt, qui réveillera en vous une peur bien réelle, auquel nous avons ajouté ce drame familial si important pour moi : l’histoire d’un homme en quête d’une seconde chance. En associant ces deux genres, je pense que nous avons offert à MIRRORS une profondeur dont peu de films d’horreur peuvent se vanter. »

  • À propos du tournage

    Débordant de suspense et empreint d’une atmosphère dérangeante, MIRRORS brille également par ses impressionnants décors qui laissent présager de l’horreur attendant Ben Carson et sa famille. Hormis quelques extérieurs filmés à New York, le film a été intégralement tourné à Bucarest, en Roumanie. Le choix de l’équipe s’est porté sur la ville pour son imposante Académie des sciences, une construction massive commandée par Ceausescu et restée inachevée après sa mort en 1989.
    Alexandre Aja a tout de suite su que le lieu serait le candidat idéal pour héberger le Mayflower, ce grand magasin ravagé par les flammes où se déroule l’action de MIRRORS. « Nous n’aurions jamais pu reconstituer un tel édifice en studio », explique le réalisateur, qui avait découvert le lieu plusieurs années auparavant lors des repérages d’un autre projet. « L’atmosphère qui y règne est angoissante et pleine de tension, nous savions qu’elle offrirait un résultat unique. »
    Même si la taille imposante et le sinistre passé de l’endroit se prêtaient naturellement à la création du Mayflower, transformer 1900 m2 d’architecture institutionnelle en un grand magasin carbonisé n’a pas été de tout repos pour le chef décorateur Joseph Nemec III (LA COLLINE A DES YEUX, TERMINATOR 2 : LE JUGEMENT DERNIER) et son équipe. De l’escalier principal aux présentoirs, chaque détail a du être conçu, sculpté, fabriqué et mis en place en à peine douze semaines, le tout au sixième étage d’un bâtiment sans ascenseur. Deux équipes étaient également chargées de calciner le décor pour simuler l’incendie ayant dévasté les lieux. Murs, sols, mobilier, ainsi que le « stock » du magasin (des vêtements, montres, bijoux, cosmétiques) : chaque centimètre carré a été soigneusement brûlé.
    Une attention toute particulière a été accordée aux mannequins en décomposition, qui symbolisent à la fois la vitalité passée du magasin et le mal qui s’y cache. « Les mannequins donnent l’impression qu’il reste un peu de vie dans cet endroit incinéré », éclaire Nemec. « Nous les avons habillés et disposés dans des positions très réalistes, avant de les carboniser et de les dégrader d’une façon qui évoquerait la tragédie de ces vies emprisonnées derrière les miroirs. Nous en avons appelé un David, car il avait conservé une pose très digne alors que tout tombe en ruine autour de lui. Nous en avions surnommé un autre “Freckles” (taches de rousseur), dont le visage avait été brûlé au point de faire de petites bulles. » « Je connais une société new yorkaise spécialisée dans les senteurs. Ils peuvent vous fournir n’importe laquelle, des roses fraîchement coupées aux chaussettes sales », poursuit Nemec, qui a l’habitude de pousser le perfectionnisme jusqu’à diffuser des odeurs appropriées dans ses décors. « Dans le cas de MIRRORS, ça n’a pas été nécessaire : le parfum “immeuble brûlé” avait déjà infusé les lieux. »

    L’odeur étouffante et l’authenticité hyper détaillée du plateau conçu par Nemec accentua encore plus l’intensité du tournage. Alexandre Aja : « Filmer des semaines dans la poussière et les bris de verre, avec cette odeur de brûlé et de fumée dans l’air, a créé une atmosphère qui a permis aux acteurs et à l’équipe d’imaginer à quel point il serait terrifiant de se retrouver seul dans cet endroit, avec une simple lampe torche pour vous guider dans l’obscurité. » « En tant qu’acteur, quand vous mettez les pieds sur un plateau aussi réaliste que celui-ci, cela vous procure une immense sensation de liberté », raconte Kiefer Sutherland, plus habitué aux espaces confinés de la série « 24 Heures Chrono ». « Le décor de MIRRORS est à 360 degrés, existe tout autour de vous et vous permet de vous déplacer dans n’importe

  • Mirroir, Mirroir...

    L’envergure du plateau et l’obscurité dans laquelle il était noyé ont offert au directeur de la photographie Maxime Alexandre (HAUTE TENSION, LA COLLINE A DES YEUX) le plus gros challenge de sa carrière. « Je n’ai jamais éclairé un aussi grand décor, dont les murs, pour ne rien arranger, étaient noirs », explique-t-il, signalant au passage que les sources de lumière naturelle étaient rares sur le plateau, se résumant aux deux grandes fenêtres de la porte d’entrée et aux quelques trous percés dans le plafond par l’usure et les intempéries. « Nous avons utilisé des éclairages très puissants afin de “décoller” les silhouettes et les objets les uns des autres, et de créer une vraie profondeur de champ entre les acteurs, les miroirs, et leurs reflets. »
    Les imposants miroirs de 10 mètres de haut qui ornent les murs du Mayflower ont été positionnés de façon à magnifier l’espace et mieux refléter l’horreur et la désolation qui y règnent. Mais d’un point de vue logistique, réaliser un film dont l’histoire tourne autour de miroirs relève vite du cauchemar. « Quand un directeur photo reçoit un scénario intitulé MIRRORS, c’est presque un sujet tabou », annonce Alexandre. « Chaque cadrage devient un pari quand vous placez la caméra devant un miroir. Votre reflet est toujours à deux doigts d’apparaître dans le champ. » Un risque décuplé sur le film puisque Aja et Alexandre ne se sont pas arrêtés aux miroirs, imaginant des plans capturant des reflets sur toutes sortes de surfaces réfléchissantes - fenêtres, écrans de télé, acier, cadres photo, eau - toutes plus compliquées à filmer les unes que les autres. « Nous savions dès le départ que ce serait très compliqué », reconnaît Aja, « mais je pense que nous avons réussi à filmer ces surfaces comme personne ne l’avait fait jusqu’à maintenant. »
    « Voir Alex capturer des reflets sur tous ces objets était fascinant », s’enthousiasme Sutherland. « Son imagination est sans limite. Il inventait quelque chose de nouveau chaque jour. » Afin de faciliter les prises de vues situées dans la maison des Carson, qui prévoyaient de filmer des reflets à la surface de l’eau, l’équipe de Joseph Nemec III a bâti le décor dans un réservoir, lui permettant de l’inonder ou de le vider sur commande (Nemec a également choisi des couleurs sombres pour le plancher afin d’intensifier sa réflectivité).
    Aussi complexe que fut la création de ce décor, ce n’est pas le seul défi auquel Nemec s’est retrouvé confronté : « dénicher des meubles et des objets de décoration que l’on trouverait dans un pavillon typique du New Jersey était tout sauf évident à Bucarest. » Son séjour dans la capitale roumaine a d’ailleurs particulièrement impressionné Kiefer Sutherland. « La Roumanie a peut être l’air d’un jeune pays à nos yeux, mais il s’agit d’une des sociétés les plus éduquées au monde, avec un taux d’illettrisme inférieur à 3%. J’ai croisé des enfants de cinq ans dans la rue capables de me rétamer aux échecs. Leurs scénaristes et réalisateurs sont brillants, comme en témoigne leur palme d’or à Cannes l’année dernière. Le pays peine pourtant à trouver sa nouvelle identité, vivant une transition majeure au niveau politique et économique. La Roumanie traverse une période très intéressante. Est-ce que ça a influé sur le processus de création du film ? Absolument. »
    Au lieu de se reposer sur des effets spéciaux numériques qui auraient alourdi la post production, l’équipe de MIRRORS s’est démenée pour que la majorité de ces effets soit réalisée en plateau. Une des images les plus traumatisantes du film, quand le reflet d’Angela, la soeur de Ben, arrache la mâchoire de son visage, est le fruit d’un maquillage extrêmement élaboré créé par Mike McCarty et Jaremy Aiello de la société K&B Effects (LA COLLINE A DES YEUX, « 24 Heures Chrono »).
    « Nous avons tergiversé pendant des semaines pour trouver le moyen de faire croire que ce personnage n’a plus de mâchoire inférieure », admet McCarty. « Comme référence, j’avais déniché une photo datant de la Guerre de sécession d’un soldat qu’un coup de canon avait touché au visage. Mais l’image paraissait fausse. Si nous avions réalisé le maquillage en reproduisant la réalité, tout le monde aurait trouvé l’effet ridicule. » Autres défis du film : l’implosion de la salle des miroirs cachée dans le sous-sol du Mayflower, où des explosifs télécommandés devaient faire détonner un véritable puzzle de miroirs, et l’effondrement d’un tunnel sur Ben Carson alors qu’il tente d’échapper à la furie d’Anna Esseker, dont le côté démoniaque a repris le dessus après l’explosion.
    Sutherland insista pour réaliser la majorité de ses cascades lui même, y compris le combat entre Carson et Anna et sa spectaculaire échappée à travers les flammes, les explosions et les murs s’écroulant autourde lui. « Kiefer voulait être au coeur des flammes, au point qu’elles venaient presque lui caresser le visage», se souvient le superviseur des effets spéciaux Jason Troughton. « Kiefer est un acteur qui bosse dur », confirme Paula Patton. « Son implication na pas de limites. » « Il est incroyable », poursuit Aja. « Son talent et son expérience n’ont pas de prix. Les variations subtiles qu’il apportait à chaque prise ont rendu l’évolution de son personnage encore plus convaincante et organique. Travailler avec Kiefer a été la meilleure expérience que je n’ai jamais eue avec un comédien. » Sutherland ne se fait pas prier pour retourner le compliment au réalisateur : « Alex possède un style fou », conclut-il. « Alors que la plupart des metteurs en scène suit calmement une ligne toute tracée, il n’hésite pas à s’aventurer dans la marge. Je crois fermement en lui. Notre collaboration a été une des plus fructueuses de ma carrière, l’expérience de MIRRORS m’a comblé. »

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