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Film réalisé par Michael Mann. Etats-Unis d'Amérique


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Anecdotes de La Forteresse noire

  • Interview Jürgen Prochnow

    nous avons eu la chance de rencontrer Jürgen Prochnow lors du festival du Bifff ou celui-ci nous a évoqué sa façon de voir le métier d'acteur, ses rencontres avec des grands réalisateurs (Michael Mann, John Carpenter,...), et ses films les plus marquants.


    Jurgen ProchnowJurgen, c’est la première fois que vous venez au BIFFF, pouvez-vous nous dire ce que vous en pensez ?

    Exact, c'est la première fois. Je suis arrivé hier matin, directement de Los Angeles. Je suis un peu épuisé, j’ai terminé les interviews d'hier soir à 2h30 du matin ! Donc, sinon, je trouve l’endroit très vivant, très intéressant. J’aime le concept. Je crois qu’il s’agit de la 26e édition et je n’en avais jamais entendu parler auparavant (rires) ! J’ai déjà assisté à pas mal de festivals, par exemple j’ai été membre du jury au festival de Berlin qui est vraiment gigantesque, mais j’en ai fait également de très petits, comme Courmayeur en Italie. Ainsi, si je connais le système, chaque festival est particulier, chacun présente des styles différents. Et c’est excellent. Il y a beaucoup de diversité dans le fantastique.

    Avez-vous vu certains des films présentés ?

    Hier - et c’est une des raisons pour lesquelles j’ai été invité, je pense -, ils ont diffusé La Forteresse noire (The Keep) que j’ai fait avec Michael Mann il y a 23 ans environ - tourné en 1984, je crois -, et je ne l’avais jamais vu sur grand écran. Je ne l’avais vu qu’une fois, et ça fait, au moins, plus de 20 ans. Et je l’ai revu hier. Et j’ai été vraiment surpris. Je pense que le film est encore aujourd’hui très fort, très singulier. Et avec ce recul de 23 années, je pense que Michael a accompli quelque chose de très grand avec ce film. Ça a fait un flop à l’époque, et c’est extrêmement regrettable parce que je pense qu’il a une grande valeur cinématographique. Il a énormément de style, avec ce travail sur la lumière, le look particulier du film, la qualité du jeu des acteurs… Il est très bon. Je l’aime beaucoup. Et je suis très content d’avoir pu le revoir après toutes ces années. Quand je serai de retour à Los Angeles, je compte bien appeler Michael et lui raconter cette expérience !

    La copie n’était pas très bonne hier, j’aurais souhaité le voir à partir d’une copie 35 mm, sur un écran géant, dans un vrai cinéma, mais l’écran était déjà satisfaisant et l’on pouvait vraiment apprécier ce que Michael a accompli, par exemple sans la moindre utilisation de CGI, qui n’existaient pas à l’époque ! Tout était réel, de la pure création, et avec un design extraordinaire. A l'époque, il me parlait sur le tournage de ce qu’il voulait faire, de ce qu’il avait en tête à propos de l’esthétique du film, et pour moi ça a été fascinant hier de découvrir ce qu’il avait réellement fait. C’était incroyable. Et l’histoire aussi est particulièrement intéressante.

    C’est un film culte aujourd’hui…

    Oui. C’est clair. Très souvent d’ailleurs les gens viennent me voir pour me parler de The Keep. Le film est encore vivant, il est… culte ! Beaucoup de gens continuent d’en parler…

    C’est le seul flop de Michael Mann (rires) !

    (Rires jaunes. Il change de sujet). C’était peu avant que Michael ne fasse Miami Vice (la série, ndt). En fait, nous avions tourné les scènes à Londres et au Pays de Galles...

    Le pays de Galles pour les extérieurs. Londres, à Shepherds, pour les séquences en studios. Je me souviens qu'au Pays de Galles, il y avait cette fosse rocailleuse, et John Box y a créé le design et entièrement construit le village roumain à l’intérieur. Il n’y avait absolument rien auparavant ! Ils y ont tout mis : les maisons, l’église, les écuries, tout ! Et tout ceci devait être transporté au fond de la fosse parce qu’on ne pouvait y accéder par la route ou autre chose. Il n’y avait aucun accès. C’était un trou dans le sol ! Ils ont donc dû également construire des ascenseurs pour y descendre tous les animaux, tous les véhicules, et toutes les personnes, l’équipe et les figurants, et tout l’équipement nécessaire pour tourner les scènes !

    J’étais vraiment impressionné. C’était vraiment imposant, un tournage de grande ampleur.

    Nous avons également tourné des intérieurs dans une mine d’ardoise dans laquelle il y avait différents conduits et Michael parlait sans arrêt de cette couleur, de cette teinte gris-noir qu’il voulait pour le look du film. Et c’est vraiment fantastique… mystérieux, avec en plus la musique de Tangerine Dream… Magnifique !

    J’ai été très content de le revoir. Voilà donc ce que j’ai vu hier.

    Aujourd’hui, je vais en voir un autre.

    Lequel ?

    Hmm… Passez-moi le programme… (Il le parcourt) un remake, hmmm…

    Bref. Vous avez travaillé avec les meilleurs réalisateurs…

    Oui, avec quelques monstres sacrés ... David Lynch, Michael Mann, Mingella…

    (Il met ses lunettes, le programme toujours entre les mains. Et revient à la question précédente)

    FUNNY GAMES !! Voilà c’est ce film que je dois voir aujourd’hui ! Mickael Haneke… Est-ce que vous connaissez ce film ? C’est un remake du film qu’il a lui-même tourné avec une équipe allemande, je ne sais plus quand exactement, et maintenant il refait son film avec des acteurs américains pour le marché américain, mais je crois qu’il a recopié chaque plan à l’identique de l’original, c’est ce qu’on m’a dit. Donc j’attends de voir. (Rires)…

    (Il revient à la dernière question)

    Oui donc j’ai travaillé avec ces excellents réalisateurs, John Frankenheimer, Anthony Mingella…

    Oui, avec beaucoup de réalisateurs, cependant vous acceptez toujours de travailler sur beaucoup de séries B.

    Oui, bien sûr!

    Pourquoi? Est-ce un challenge ?

    Ça dépend du script, ça dépend aussi de l'histoire, il faut voir si c'est un rôle intéressant pour moi, donc on peut très bien faire un travail de qualité avec ce genre de film. Peu importe le genre, en ce qui me concerne. Ça ne dépend pas de l'argent qui est en jeu ou de la dimension du film, pour moi il est plus important de trouver...(hésitation).Très souvent tu te plantes, le film ne fonctionne pas très bien, mais il se produit la même chose avec les gros films. Comme Judge Dread, par exemple.

    Des gros films qui coutent beaucoup d'argent, mais qui ne sont pas forcément des bons films. Judge Dread, qui a couté beaucoup d'argent, n'est pas un bon film. Et finalement, tu ne peux pas le savoir avant de commencer de le tourner. Tu ne sais jamais s'il va être ou pas une réussite. Tu te dois de prendre un risque, justement. Tu dois être ouvert, être ouvert aux projets suivants, être ouvert à des gens nouveaux, de nouveau réalisateurs, rencontrer de nouveaux acteurs... et je pense que c'est ça qui est très intéressant…

    Parce que ce n'est pas le même genre de boulot que d’aller bosser dans une banque tous les matins…

    Donc, le budget, ce n’est pas très important ?

    Tu ne sais jamais ce que ça va être et comment cela va se finir! Si ça va être un succès...Tout ce que tu as à faire, c'est faire de ton mieux pour en faire un succès, mais c'est difficile à prédire.

    l'antre de la folieEt concernant votre participation avec John Carpenter ?

    John Carpenter, oui!! L'antre de la folie est super, j'adore ce scénario. C'était génial de bosser avec John! Je pense que ça va devenir une vraie référence, c'est un super film d'horreur. La transition entre la réalité et la fiction est vraiment intelligente. C’est l'histoire d'un écrivain, Sutter Cane, qui écrit beaucoup de romans, il disparaît, on ne sait pas où il est, et il y a le détective - interprété par Sam Neil - qui va essayer de le retrouver. Le détective est la transition entre le monde réel et fictionnel dans lequel il retrouve l'écrivain. C'est très brillant.

    Cane fut un personnage difficile à incarner ?

    Bien sûr, mais avec l'aide de John Carpenter, qui est un expert dans ce genre de films... il est génial, Halloween, The fog... enfin, tu sais tout ce qu'il est capable de faire. Nous avons fait de grosses répétitions avant de commencer à tourner le film, et il nous parlait de la façon dont voyait le "look" du film, on a abordé tous ces sujets-là, et je pense que c'est l'un des meilleurs dans ce genre-là.

    Quel est votre film préféré ? … Das boot ?

    Le bateau (Das boot), je dirai que c'est peut-être le film le plus important de toute ma vie. J'ai été très chanceux d'avoir le premier rôle du film. Tout était nickel : la production, le réalisateur, le chef-op., le montage, la musique, le design, les acteurs, tout était absolument au top! Donc, trouver un projet comme celui-là, avec une histoire comme celle-là, c'est peut-être la chance d'une vie, c'est comme gagner la loterie, ce genre de truc... Tu ne le sais pas quand tu commences à tourner le film. Puis, finalement, quant toutes les pièces s'assemblent, et que tu vois le résultat à l’écran, là tu vis une expérience unique dans ta vie, tu as le sentiment qu'une fois dans ta vie tu as réussi quelque chose qui va rester... je ne sais combien de temps, mais un sacré bout de temps. J'ai été très heureux. Ensuite tu essaies de réitérer l'expérience, de trouver des projets similaires, mais ce n’est pas facile. Ce n'est pas facile de voir ces différentes composantes se réunir à nouveau. Donc, pour le coup, je suis très content d'avoir été dans un film comme ça.

    Vraiment, tout était OK. Et en plus de tout ça, cela a été un énorme succès, cela vit toujours en moi car, où que je sois, les gens m'en parle encore. Même la nouvelle génération l’a vu. Ce qui est très important, car ça parle de la guerre, de la cruauté de la guerre. On peut voir maintenant tout ce qui se passe en Irak, cette tragédie. Je suis né pendant la Deuxième Guerre mondiale, à Berlin... c'était horrible. Tout un tas de maladie, les gens mourraient de faim, donc je sais, de par mon expérience personnelle, ce qu'est la guerre et ses conséquences, et à quoi cela mène. Je pense par conséquent que c'est un film très important pour tout le monde, pour comprendre ce qu'il s’est passé.

    L'écrivain, l'auteur du livre - un grand roman, un best-seller - a vécu tout ça lui-même. Il a été dans un sous-marin durant deux ans, il était de ces deux voyages, et il a très précisément rapporté sur papier ce qu'il a vécu, son expérience, ce qu'il avait appris durant ces voyages et l'ensemble de toute l'oeuvre est donc inspiré de la réalité. Quand l'on a montré le film aux sous-mariniers, ces gens avaient pour réaction de dire que c'était exactement ça. C'était exactement ce qu'ils avaient vécu.

    Est-ce que vous connaissiez Wolfgang Petersen avant le film ?

    Dast BootOui, j'avais travaillé avec lui deux fois auparavant. Et il était, d'une certaine façon, celui qui m’a poussé à devenir acteur de films. Parce que, en fait, j'ai débuté sur les planches du théâtre. Je suis tout d'abord entré dans une école d'art dramatique, et j'ai débuté ma carrière en jouant le répertoire théâtral dans différents théâtres en Allemagne.

    Ensuite, j'ai eu la chance de faire un film, mais je n’ai pas aimé du tout l'expérience, parce que je devais attendre tout le temps. Je ne savais pas ce que je faisais là, la caméra, toute cette technique, tous ces trucs... et j'ai détesté ça. Et je me disais que ce n'était pas mon travail, je voulais retourner au théâtre. Retourner au théâtre, pour faire tout ce que j'avais toujours su faire.

    Et donc, a cette époque, au début des années 70, il y avait un jeune réalisateur en Allemagne qui devait tourner un film policier et qui cherchait un acteur. je me suis présenté, j'ai eu le rôle, et, plus ou moins, c'est à travers lui que j'ai appris ce qu'était vraiment ce métier, que c'était un métier totalement différent du théâtre...et de voir les différences qu'il y avait entre les deux. J'ai découvert les aspects séduisants de chacun de ces deux métiers. Quand tu tournes un film, tu donnes toute ton énergie vers la caméra, car tu n’as pas de public, tu n'as pas de retour. Au theatre, sur les planches, tu as un public. Il y a une véritable interactivité entre toi et les gens et c'est ça qui te construit. Dans les films, tu te vides complètement, mais tu n’as rien en échange, tu as seulement un retour une fois le film terminé. Par exemple, à la première, si c'est un succès, les gens viennent vers toi et te demandent un autographe, ou alors, ils te disent « bravo, c'est un super film, vous être très convainquant, etc. » Vous recevez aussi des lettres et tout ça... mais tout ça, c'est vraiment après le tournage, quand tu es déjà en train de faire un autre film.

    Donc, dans le métier du cinéma, il n’y a pas de "feed-back" instantané, immédiat, c'est une expérience complètement différente de ce qu'est le théâtre. Mais ça, tu l'apprends, il faut le comprendre. Au début, j'ai vraiment détesté ça, cela a pris du temps avant que j'en apprenne les qualités. Petersen est de ceux, justement, qui m’ont montré ça. Quand le film a été diffusé - le premier film qu'on a fait ensemble était destiné à la télévision, à l'époque c'était très difficile de trouver des financements pour faire du cinéma -, il a connu un grand succès. 70% de la population avait vu le film. Le lendemain, on me reconnaissait. Les gens venaient me dire que j'avais fait du  bon travail, alors que quand je faisais du théâtre, presque personne ne m'y avait vu, seulement un petit nombre de gens. Mais au cinéma des millions de personnes partout dans le monde te voient et t’ont vu, et c'est génial.

    Est-ce que vous connaissiez les romans de Frank Herbert ? (dont l’œuvre est à la base de Dune de David Lynch, ndt)

    Oui, j'ai lu les livres bien avant de lire le script. D'ailleurs, quand je retournerai vers Los Angeles, je relirai les livres en allemand pour faire un enregistrement sur CD. C'est vraiment à la mode en ce moment, un grand nombre de gens écoutent des romans sur ce support. Et c'est un gros boulot, car c'est un énorme roman de 900 pages et je vais en lire la moitié, car justement j'avais un rôle dans le film, et ils voudraient que je leur relise la moitié du livre. C'est un très beau roman. C'est sans doute le classique de tous les livres de science-fiction, l’un des meilleurs jamais écrits. Donc, ensuite, j'ai lu le script, et je pense que David Lynch a fait un super boulot d'adaptation. J'ai passé un formidable moment avec lui, sur le tournage. C'est un très grand réalisateur, c'était une joie de bosser avec lui au quotidien, il est génial ! C'est un très grand artiste, et c'était un artiste bien avant qu'il ne commence à réaliser des films. Je me rappelle ausside son premier film Eraserhead - il nous l'avait montré sur le tournage au Mexique - puis il a fait Elephant Man. Après celui-là, c’était donc Dune, le gros morceau quoi ! Il est très créatif, il dessine lui-même les choses, c'est l'un des réalisateurs avec qui j'ai adoré travailler, une personnalité géniale.

    Dune

     

    Vous avez travaillé aussi avec lui sur Twin peaks ...

    Oui j'étais aussi dans Twin peaks, le film.

    J'ai une anecdote marrante, c'était l'anniversaire de ma femme, David était bien évidemment invité, quand il est arrivé, je lui ai demandé sur quoi il travaillait, et il me dit « voilà je tourne ce film, et j'ai un petit rôle pour toi d'ailleurs » et je réponds, « mais bien sûr ! C'est génial de bosser pour toi… » «  Aucun problème, tu verras c'est un petit rôle pour toi, un jour ou deux par si par là… »

    Ensuite j'ai reçu le scénario, et j'ai découvert que j'avais une très grosse scène dans le film. Elle devait être tournée en une journée, je devais parler anglais à l'envers. Vous imaginez ? Je ne savais pas du tout comment faire ça, et je n’ai pas réussi à dormir pendant 4 semaines, car je devais préparer mon texte, parler a l'envers. C'était incroyable. Ensuite je suis allé sur le tournage, j'ai fait ma scène et je n'oublierai jamais l'expérience, c'est ça David Lynch.

    Et je pense que quand vous écoutez le film... je sais pas... vous pouvez vous rendre compte qu'ils l'ont remontée dans le bon sens de façon à ce que les gens comprennent ce que je dis... je ne savais pas du tout ce que je racontais moi, c'etait du genre (il dit du charabia ou parle à l'envers)... ou quelque chose comme ça ! Et si tu le passes à l'envers tu entends par exemple « good morning… ».

    Pouvez-vous nous parler de Uwe Boll ?

    On se connait bien tous les deux… C'est comme cela que c'est arrivé : il est un ami proche de ma femme, et elle a travaillé pour lui en tant que jeune actrice en Allemagne. Il a fait ses premiers films là-bas et c'est comme ça qu'il m'a contacté. Et c'est par amitié que j'ai accepté de jouer pour lui.

    Donc si vous deviez choisir un top 3 de fantasy et sf ?

    De ce que j'ai fait ou de tous les films ?

    Non, de ce que vous avez vu

    De ce que j'ai vu... difficile à dire, j'en ai oublié plein... science-fiction et films d'horreur ? Il y en a vraiment de très bons, je pense par exemple aux films de Kubrick, dont L'odyssée de l'espace, qui est l'un des meilleurs de tous les temps, définitivement. Quand je l'ai vu, je pouvais pas y croire. Je pensais que c'était un magicien. Un autre que j'adore c'est « Blade Runner », c’est l'un de ceux que je préfère, voilà ça fait déjà 2!

    merci Mr Prochnow


    Interview de Nicolas Lamberti, David Quiquempoix, Richard Bourderionnet / Traduction : Romain Basset

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