Eragon est un jeune adolescent. Fils adoptif de fermier, il semble voué à rester éternellement dans son petit village de montagne malgré ses étonnantes capacités de chasseur. Seulement voilà, le destin en a décidé autrement et, par l’intermédiaire de la découverte d’un œuf géant qui va donner naissance à la ‘’dragonne’’ Saphira, il va se découvrir un tout autre avenir que celui qu’il appréhendait…
Bon, tout le monde (enfin presque, il faut pas exagéré tout de même, disons le lectorat de moins de 15 ans pour faire large) a eu ouïe dire de l’œuvre du jeune
Christopher Paolini. Empruntant ses concepts dans la littérature high fantasy classique plus adulte (
Ursula LeGuin,
Raymond Feist mais surtout
Tolkien) et en les édulcorant au maximum - à la manière d’un
George Lucas pour le cinéma par exemple - le jeune auteur ne pouvait guère rater sa cible. Sans nous étendre plus longtemps sur le sujet, je dirais que l’école
Rowling a porté ses fruits, et je ne vais pas dans cette chronique chercher plus avant les clés du succès de ces livres (je l’ai déjà fait par ailleurs) qui connaissent une popularité bien plus importante que d’autre ouvrages jeunesse de meilleure qualité (comme
les Royaumes du Nord, par exemple)…
Non, je suis bien décidé à vous parler de ce film que j’ai vu, hier soir, en compagnie de mon fiston de 10 ans, passionné d’Heroic-Fantasy, joueur de
D&D (le jeu de rôle) et de
WoW (le machin de masse), et qui a également lu les deux premiers tomes de la saga d’
Eragon. Ensemble, bien calés dans nos fauteuils, nous avons essayé de faire abstraction de tout préjugé et de juger sur pièce.
Sensé reporter à l’écran les évènements du premier tome, l’œuvre du spécialiste des effets spéciaux
Stefen Fangmeier démarre plutôt pas mal et continue ensuite à bien rester dans les principes du livre. On y retrouve les principaux personnages, même si certains (comme Angela) sont plus ou moins occultés par le script (film de moins de deux heures oblige). Le déroulement de l’histoire est très linéaire, très fluide, et hélas très prévisible, mais l’on ne peut réellement en vouloir au cinéaste tant le bouquin est composé d’une accumulation de clichés et de stéréotypes.
Bref, sans matière pour développer des personnages privés de profondeur psychologique,
Fangmeier se contente de narrer l’histoire de cet adolescent qui va d’un point A à un point B par le plus court des chemins : la ligne droite. Bien sur, sur son chemin, tel un jeu vidéo, il va devoir surmonter des obstacles et mettre son émotivité d’enfant à rude épreuve, mais grâce à la protection de
Saphira (qui joue ici, encore plus que dans le livre, le rôle de la mère qu’il n’a jamais eu) il va s’en sortir et être reconnu comme un homme (un héros) par ses proches (ah ! Ce thème chéri par les pédopsychologues). Il va bien sûr, en cours de route, se détacher de son père spirituel, le vieux dragonnier
Brom, au cours d’une séquence où le mentor se sacrifie pour sauver la vie de son adepte (qui a dit
padawan ?).
Bref, c’est gentil, un peu mièvre certes, mais guère honteux si l’on se réfère aux immondices qui noient nos écrans dans le domaine du cinéma de divertissement.
Au niveau de la réalisation, il faut bien admettre que l’on ne ressent guère les largesses du budget alloué par la
Fox sur le projet. L’ensemble manque cruellement d’ambition, presque tous les plans sont pompés sur la trilogie du
Seigneur des Anneaux, en nettement moins épique. Les plans d’expositions sont très naïfs et la photographie un peu trop neutre du débutant
Hugh Johnson (
Les Chroniques de Riddick, qui souffre d’ailleurs des mêmes défauts de mise en lumière) plombe tous les effets dramatiques que le réalisateur tente d’introduire au cours de la narration. Bien ballots sur le coup, l’équipe technique ne parvient pas à éviter l’effet ‘’carte postale’’. Le moment paroxysmique du métrage, c'est-à-dire l’attaque de la cité de
Tronjheim est quand à lui plutôt confus, en raison d’un montage brouillon qui laisse même apparaître quelques erreurs de raccords. .Quand à la bande musicale,
Patrick Doyle, que l’on a connu plus inspiré, pourrait se voir intenter un procès en plagiat par
Howard Shore tant son travail est copié sur
le Seigneur des Anneaux.
Au milieu de tout ça, les interprètes s’en sortent plutôt bien. Contrairement à beaucoup de monde, je n’ai pas trouvé le jeune
Edward Speelers pitoyable. Il suffit de se rappeler la ‘’peformance’’ de
Ewan McGregor dans
Star Wars épisode 1 pour réaliser ce que ce qualificatif veut dire. Il manque de charisme, c’est certains, mais il faut bien dire que son rôle ne prête guère à marquer les esprits. Il est cependant indiscutable de dire que
Garrett Hedlund, en seulement deux ou trois plans dans le rôle de
Murtagh, lui pique la vedette. (comme dans le roman en fait !). Dans le rôle de
Brom,
Jeremy Irons s’en sort très bien, sans forcer son talent. En tout cas, il interprète son rôle de sorcier de manière bien plus convaincante que dans
Donjons & Dragons (j’en rigole encore, remarquez, se nommer
Profion, ça démotive un peu !..) et apporte au métrage un semblant de crédibilité.
Dans la peau de
Galbatorix (mais où
Paolini a été cherché ce nom ridicule qui a fait pouffer la moitié du public adulte de la salle), on trouve non pas
Christophe Lambert mais
John Malkovich. Peu exposée à l’écran, la star n’impose pas son image. Il va pour cela attendre le deuxième volet (s’il y a !..) pour en profiter, le personnage du roi y étant beaucoup plus présent. En réalité, le super-vilain de ce film est
Durza, incarné par
Robert Carlyle. Et là, même si j’ai le plus grand respect pour ce comédien touche-à-tout, je dois dire que j’ai été un peu déçu par son interprétation cabotine. Croissement disgracieux entre un
roi-sorcier et un
Sith, le personnage est vraiment trop exubérant et grimaçant et manque par trop de retenu et de charisme pour impressionner. Il en est même parfois ridicule. Enfin, pour en finir avec le casting, je citerais la jolie
Sienna Guillory (la sexy
Valentine du nanar
Resident Evil : Apocalypse), qui interprète
Arya. Elle est malheureusement desservie par une réalisation qui se contente de la représenter sous la forme d’un ersatz d’
Arwen, en moins bien sapé !
Reste les effets spéciaux visuels, et notamment la fameuse modélisation de
Saphira. Là, rien à dire, la
Weta Workshop de
Joe Literi a fait un superbe travail. Le dragon femelle (excusez-moi, mais dragonne, ça fait trop nul) est vraiment superbe et les incrustations parfaites donnent à l’ensemble des plans un rendu naturel et très immersif. Pour le reste, rien de remarquable mais rien de catastrophique non plus. On se demande juste parfois où est passé le fric de la production…