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Critique : Les ombres de Canaan

Ecrit par Vincent L. le lundi 27 mai 2013 à 13:19

Une anthologie pleine de sens...

« Il s'avança sur l'allée de briques d'une façon aussi détachée que s'il venait de rendre une visite de courtoisie à des amis. Griswall était sur ses talons, son coeur battant la chamade à en suffoquer. Une légère brise apportait une odeur de putréfaction et de végétation en décomposition. Griswall se sentit défaillir, proche de la nausée, sous l'effet de l'horreur éperdue qu'il éprouvait face à ces bois noirs et ces anciennes maisons de plantation renfermant des secrets oubliés... »

Les Pigeons de l'Enfer

 

Nouvel ouvrage édité par Bragelonne dans la collection dédiée à Robert E. Howard, Les Ombres de Canaan est une anthologie - magnifiquement illustrée par le talentueux Miguel Coimbra - regroupant les nouvelles fantastiques écrites par l'écrivain au début du vingtième siècle. Essentiellement connu pour ces personnages emblématiques que sont Conan et Solomon Kane, l'auteur s'est en effet essayé à l'horreur à de nombreuses reprises, influencé par quelques-uns de ses prestigieux contemporains (H.P. Lovecraft pour ne citer que le plus évident).

Soyons honnête, si Howard s'était limité à ces essais fantastiques, nul doute qu'il ne possèderait pas aujourd'hui la même renommée (il ne serait peut-être qu'un auteur de plus dans la longue liste des émules de Lovecraft). Ce recueil de nouvelles s'adresse donc avant tout aux amateurs de l'écrivain, qui pourront ici découvrir une autre facette de sa personnalité. En effet, Les Ombres de Canaan ne propose pas tant un best-of qu'un choix judicieux et bien pensé de récits tendant à montrer l'évolution de sa patte, de son écriture et des thématiques abordées au fil des années.

Le choix et l'agencement des textes s'avèrent particulièrement bien mis en valeur par la préface et par la conclusion de l'ouvrage, toutes deux signées par Patrice Louinet. Elles permettent ainsi au lecteur (qu'il soit néophyte ou plus expert) de bien contextualiser les écrits, et donnent une grille de lecture qui permet d'apprécier à leur juste valeur les nombreuses nouvelles présentes, des plus anecdotiques aux petites pépites qui parsèment l'ouvrage, des premiers écrits où Howard cherche très visiblement son style aux quelques chefs-d'oeuvres qui apparaissent comme la parfaite concrétisation de ce travail.

Ainsi, ces nouvelles cultes que sont Les Pigeons de l'enfer (une des meilleurs nouvelles du XXème siècle selon Stephen King), La Pierre noire (reconnue comme la meilleure histoire lovecraftienne non écrite par Lovecraft) ou Les Ombres de Canaan traduisent un véritable aboutissement dans ce genre particulier. En s'affranchissant petit à petit de l'influence importante de Lovecraft, Howard a su proposer des récits passionnants, dotés d'une personnalité propre, et s'intégrant parfaitement dans son oeuvre globale. Les récits les plus faibles et les nouvelles quelque peu ratées trouvent donc un sens dans cette parution, et ce dans la mesure où ils amènent tous le lecteur vers des points bien précis.

Bien sur, ceux qui ne cherchent qu'un recueil de nouvelles à la thématique fantastique/horreur resteront sur leur faim, car tous les textes ne présentent objectivement pas le même intérêt. Aux côtés des incontestables réussites se trouvent en effet un bon tiers de récit très faibles, ainsi que quelques nouvelles aussi sympathiques qu'anecdotiques. Dès lors que l'on ne s'intéresse pas à la progression de l'auteur, une partie importante des Ombres de Canaan s'avère moins passionnant. Finalement, ceux qui voudraient découvrir Howard seraient plus avisés de commencer par ses travaux sur la fantasy (L'Heure du dragon, par exemple, est une excellente porte d'entrée) pour, ensuite, savourer cet ouvrage à sa juste valeur.

à retenir

  • Une anthologie bien construite,
  • Une préface qui donne du sens,
  • Quelques récits de grande qualité,
  • Les illustrations.

à oublier

  • Un bon tiers de nouvelles assez faibles.

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