Critique Midget Rampage [2012]

Avis critique rédigé par Vincent L. le vendredi 1 février 2013 à 11h08

Rape, revenge, horreur et western...

Après avoir ressucité l'édition au format fascicule, et notamment permis à l'univers de Luchadores de se développer grâce aux aventures débridées de Green Tiburon, Le Carnoplaste propose désormais une nouvelle collection appelée Cover to Cover. Le principe y est d'éditer dans une même publication deux histoires différentes, écrites par deux auteurs distincts, mais portant sur une thématique commune. C'est le Rape and Revenge qui est à l'honneur dans cette première publication, un genre cinématographique très souvent associé à la série B (les scénarios suivent presque immanquablement le même schéma, portant tout d'abord sur sur le viol d'une innocente victime, avant de s'intéresser à sa vengeance implaccable), dans lequel on pourra notamment citer des longs-métrage comme La dernière maison sur la gauche, Un justicier dans la ville, Irreversible ou A Vif.

Si le genre aura donc donné quelques oeuvres incontournables, on remarquera cependant qu'il possède des limites intrinsèques qui sont souvent très difficiles à dépasser. On notera ainsi la propension de certains "artistes" à immanquablement tomber dans le voyeurisme, ou à revêtir leurs créations d'un aspect faussement subversif n'existant finalement que pour masquer une véritable vacuité (voir l'attroce I'll Never Die Alone pour se rendre compte de ce qu'un tacheron peut faire avec un tel thème entre les mains). On peut donc d'ores et déjà saluer l'audace des deux auteurs de s'être emparé d'un genre aussi difficile à traiter, qui plus est dans le cadre d'un format éditorial ne permettant pas nécessairement un développement long. Restait donc à savoir si les deux nouvelles proposées allait réussir à ne pas tomber dans les pièges inhérents au Rape and Revenge et, surtout, si elles allaient savoir dépasser les limites du genre.

Ravageuse !

« Beals se tut, et pour cause : le taxidermiste venait de lui enfonder un scalpel long comme cinq doigts dans la gorge. Il le maintint contre lui le temps qu'il meurt, sans cesser de surveiller la rue à travers la vitrine. Lorsque Beals eut donné son ultime soubresaut, le taxidermiste le traina dans l'atelier à l'arrière »

Première nouvelle de ce fascicule, Ravageuse ! est signée par la plume d'Irène Maubreuil. La grande originalité de ce récit se trouve dans son mélange des genres aussi improbable qu'indéniablement réussi, l'histoire se situant au carrefour du western, de la SF, du pulp et, bien entendu, du Rape and Revenge. Là où cette diversité aurait clairement pu aboutir à un imbroglio quelque peu indigeste, la maîtrise des codes dont fait preuve l'auteur lui permet de jouer avec et de les détourner tout en en restant respectueux, et en ancrant impeccablement son récit dedans.

L'univers mis en place, s'il est sur le principe intéressant, reste cependant trop limité par le format éditorial pour s'avérer réellement passionnant. Ainsi, ce monde à mi-chemin entre le western spaghetti et la science-fiction subaquatique ne dispose pas de suffisamment de place pour correctement pouvoir se déployer, s'apparentant en l'état à une accumulation de détails dont la pertinence, pas nécessairement évidente, parasite quelque peu le récit principal (quel intérêt à remplacer la cocaïne par de la poudre de ver de mer dans le cadre d'un récit court et sans suite ?).

Ce parti-pris a une autre conséquence : on a beaucoup de mal à s'attacher à l'héroïne, qui, finalement, ne présente qu'un intérêt très limité. Ainsi, parce que l'histoire est racontée par le prisme de plusieurs autres protagonistes (ce qui permet à l'auteur de présenter de nombreux aspects de l'univers mis en place), le personnal principal reste totalement étranger au lecteur, qui n'éprouve donc aucune empathie pour elle, pour ce qu'elle a vécu, ou, globalement, pour ce qu'elle peut ressentir face aux divers évènements qui rythment cette nouvelle.

L'histoire en elle-même, enfin, n'est finalement pas terriblement passionnante. Certes, la prose est agréable, le style accessible et la lecture aisée, mais on a du mal à se passionner pour les mésaventures de cette héroïne. Il manque en effet au récit un grain de folie ou un parti pris humoristique, qui permette de faire passer toutes les contraintes et les limites intrinsèquement liées à l'extrême simplicité du Rape and Revenge. En l'état, l'aspect conspirationniste du récit ne suffit malheureusement pas à faire contre-point, cette nouvelle s'avérant finalement assez peu convaincante.

Midget Rampage - Le nain au costume de sang

« C'est là qu'on distingue les vrais masters es torture des autres, mon petit. Somme toute, l'écartèlement, c'est assez surfait. Contre tout attente, cette batte ne va pas me servir à te briser les os comme si tu étais sur une roue. Je laisse ces pratiques médiévales aux brutes de Monsieur Barry. Tu te souviens quand je te parlais de cordes de harpe et de vibrations ? »

L'impression mitigée laissée par Ravageuse ! est d'autant plus prégnante que la seconde nouvelle, Midget Rampage, est absolument jouissive ! Signée par Julien C. Hellbroke (un pseudonyme derrière lequel on peut reconnaître l'homophone Julien Heylbroeck), l'histoire s'inscrit dans la pure série B réjouissante, la victime des divers sévices étant ici un nain qui, pour se venger de ses agresseurs, va endosser un costume de singe pour faire justice. N'y allons pas par quatre chemins, Midget Rampage est drôle, violent, décalé et, surtout, résolument fun !

La couverture du fascicule, signée par Francisco Varon, compile tous les éléments qui font le succès de cette nouvelle (rappelant ainsi l'affiche d'un bon nanar vidéo, à l'instar de Father's Day, la dernière production troma). Certes, ce mix d'éléments aurait pu faire craindre un pêle-mêle indigeste, mais l'écriture s'avère suffisamment maîtrisée pour que ces diverses pièces s'harmonisent avec un certain brio. On sent clairement que l'auteur connaît très bien les références qu'il utilise, suffisamment pour s'en servir tout en conservant le détachement nécessaire pour les transcender.

Contrairement à Ravageuse !, le personnage principal s'avère ici impeccablement construit, parvenant à s'avérer réellement attachant en dépit de son aspect objectivement grotesque. Le fait qu'il soit au coeur du récit et que les faits soient intégralement vus par ses yeux amène à une identification plus aisée, ce qui renforce les mécaniques inhérentes au Rape and Revenge. Cela permet également à l'histoire de ne pas sombrer dans le mauvais goût bête et méchant, évitant ainsi les dérapages malheureux (le subversif n'est pas si simple à maîtriser lorsqu'il est bien fait !).

Ici aussi, le style d'écriture s'avère agréable : simple, fonctionnel, adéquate vis à vis du récit mis en place (ce n'est certes pas de la grande littérature, mais cela convient parfaitement à l'histoire). Midget Rampage se dévore de bout en bout, s'avérant surprenant à plus d'un titre, notamment via des personnages secondaires plutôt bien croqués (qui amènent avec eux leur grain de folie) et des meurtres particulièrement plaisants (bien mis en valeur par une prose très cinématographique), et ce bien qu'au final, le récit ne s'éloigne jamais vraiment du cadre d'un Rape and Revenge classique (mais était-ce la volonté de l'auteur que de vouloir aller au-delà ?).

La conclusion de à propos du Roman : Midget Rampage [2012]

Auteur Vincent L.
60

Premier ouvrage de la collection Cover to Cover du Carnoplaste, ce dyptique propose deux récits indépendants basés sur les codes du Rape & Revenge, un format qui présente l'avantage de la diversité - les deux histoires sont totalement différentes, malgré leur thème commun - mais qui a pour inconvénient le fait que les deux récits proposés peuvent être de qualité très fluctuante, ce qui est le cas ici. Ainsi, si Ravageuse ! est un récit présentant trop de défauts pour s'avérer véritablement convaincant, Midget Rampage s'avère quant à lui fun, inventif et globalement jouissif. Un écart qualitatif qui, cependant, n'empêche pas le tout d'être distrayant, et ce grâce à des styles d'écriture rythmés, accessibles et globalement efficaces.

Ravageuse ! : 4/10
Midget Rampage : 7,5/10

On a aimé

  • Midget Rampage, une nouvelle très fun,
  • Un style s'écriture accessible et efficace,
  • Deux histoires, deux univers,
  • Le format, délicieusement rétro.

On a moins bien aimé

  • Ravageuse, une nouvelle très moyenne,
  • Un genre abordé qui a de grosses limites,
  • Le prix, quelque peu élevé.

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