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Critique de New Victoria [2012]

Ecrit par Vincent L. le mardi 8 janvier 2013 à 10:35

Quand bit-lit rime avec steampunk...

« C'était un monstre. Il avait l'air d'aboir la capacité de se montrer rationnel, de réfléchir, de ressentir des émotions. Il avait prouvé qu'il pouvait ressentir de l'exaspération et de l'amusement de manière parfaitement normale. Il avait l'esprit vif. [...] Mais c'était un monstre. »

Premier roman de Lia Habel, New Victoria est une histoire qui surfe sur la mode steampunk et le succès des histoires d’amour adolescentes. Le récit proposé n'a intrinsèquement rien d'innovant, et a déjà maintes et maintes fois été développée dans d'autres romans (notamment en fantasy) : une jeune-fille de la haute société, qui ne s’intéresse pas aux codes de sa classe sociale mais qui a un intérêt morbide pour les guerres qui ont ravagé son monde, va vivre un certain nombre de péripéties qui vont lui permettre de se découvrir, d'affirmer sa personnalité, d'entrer dans l'âge adulte, et, au final, de devenir une femme avec un destin extraordinaire.

New victoria ne cesse de faire penser aux derniers succès littéraires, cinématographiques ou télévisés, qu'il s'agisse de Twilight ou de Journal d'un Vampire. Certes, ici, point d'histoire d'amour humaine/vampire, mais, en lieu et place, une romance entre une jeune fille et... un zombie. Passée cette légère originalité, les codes du genre sont retrouvé un par un, notamment en ce qui concerne l'humanité dans la monstruosité ou le côté ténébreux et interdit. Le seul élément un tant soit peu original est la vision proposée des zombies, dotés d'intelligence et de sentiments, qui permet d'ailleurs de faire naître l'histoire d'amour entre les deux personnages principaux.

Ce parti-pris quelque peu hors-norme ne réussit malheureusement pas à s’affranchir d'un aspect moralisateur typique (l'amour est au dessus des apparences) ainsi que de nombre d'incohérences (en effet, il est difficile pour le lecteur d'accepter la réalité possible de cette relation dans un monde post-apocalyptique où la technologie peut faire certains miracles). De même, tous les éléments moraux autour de la condition "zombie" sombrent parfois dans le ridicule, du "Laissons les vivre libres" à "Ils ne sont pas tous méchants, eux aussi ont des sentiments". Si, à travers cela, New Victoria revisite encore l'éternelle question sur la place de la monstruosité dans le monde, le traitement s'avère globalement peu convaincant.

L'histoire d'amour reste heureusement secondaire, l'intrigue principale reposant sur la découverte des raisons qui ont déclenché la guerre qui ravage le monde et, par là, celles de l'existence des zombies. Si cette histoire principale s'avère somme toute très classique, elle se suit somme toute très agréablement, et permet aux personnages secondaires de prendre une certaine ampleur, à l'instar de la meilleure amie de l'héroïne, totalement niaise et agaçante au début du roman, elle devient de plus en plus intéressante de chapitre en chapitre, jusqu'à devenir une véritable survivante que l'on se plait à suivre dans le dernier tiers du roman.

La couverture alléchante proposée par les Editions Bragelonne révèle en fait une des seules innovations romanesque de New Victoria : la description riche d’un futur post-apocalyptique oscillant entre innovation technologique et valeurs victoriennes. Ainsi, tablettes numériques et hologrammes côtoient longues robes et société en caste victorienne avec, comme symbole de ce mélange, des fiacres électriques. Cet univers permet au lecteur de se laisser porter par le récit, et ce dans la mesure où il fait appel à des éléments connus et/ou déjà vus. Il est donc aisé d’appréhender le monde de Lia Habel, et ainsi de se l’approprier comme sien.

Si la saveur du roman ne nait pas de l'originalité de son histoire, elle apparaît toutefois dans son aspect formel, via un exercice de style globalement intéressant. Le lecteur va ainsi découvrir les tenants et aboutissants du récit, ainsi que les secrets du monde, à travers le regard de plusieurs protagonistes, chaque chapitre étant rédigé du point de vue d’un des cinq personnages principaux. Cela permet à Lia Habel de donner un certain rythme à son récit, et ainsi de conférer aux descriptions un aspect à la fois fluide et structuré. On notera également que le style littéraire ne se départit pas d'un certain humour, ce qui, au final, rend New Victoria plutôt agréable à lire.

à retenir

  • Un style d'écriture fluide,
  • L'alternance des points de vue,
  • Un univers riche,
  • Des personnages secondaires intéressants.
  • Quelques notes d'humour plaisantes,
  • Une variation originale sur le thème des zombies.

à oublier

  • L'histoire, extrêmement classique,
  • Une love-story à laquelle on ne croit pas,
  • Le personnage principal, très commun,
  • Un récit somme toute très moralisateur,
  • Quelques passages ridicules.

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