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Critique du Film : The Woman

Avis critique rédigé par Vincent L. le mardi 6 septembre 2011 à 14:59

Le retour fracassant d'un cinéaste maudit...

Après s'être fait remarquer en 2002 avec le très réussi May, Lucky McKee a connu une véritable traversée du désert pendant presque dix ans, enchainant déconvenues et expériences désastreuses. Entre le fait qu'il ait été dépossédé du final cut sur son second long-métrage (The Woods, remonté par les producteurs, souffre d'un dernier tiers plutôt médiocre) et son renvoi de l'adaptation de Red au bout de quelques semaines (le film s'avérant au final franchement bancal à cause des différences de traitement entre lui et son successeur), sans parler de tous ses projets prématurément annulés, McKee ne réussit finalement à trouver un petit aboutissement que dans le segment réalisé pour la série Masters of Horror (Liaison bestiale). Triste consolation pour ce cinéaste diablement doué, qui commença petit à petit à délaisser son travail de réalisateur pour aller produire les oeuvres de ses collaborateurs, qu'il s'agisse de Roman (avec Angela Bettis) ou de The Lost (avec Chris Silverston).

Mais de cette somme d'échecs est finalement né ce qui sera l'instrument de la renaissance de Lucky McKee : la rencontre du réalisateur avec le romancier Jack Ketchum. Après une première collaboration prématurément avortée (l'adaptation de Red, où McKee fut remplacé par Trygve Allister Diesen), les deux hommes se sont retrouvés par la suite sur l'adaptation de The Lost (produit par McKee). Mais c'est surtout cette commande faite par Andrew van den Houten pour donner une suite à son adaptation de Offspring qui scellera la collaboration entre le réalisateur et l'auteur, et permettra à The woman de voir le jour ; en effet, après avoir vu le long-métrage de van den Houten, McKee contacta Ketchum pour lui proposer une suite  qui serait à la fois un roman et un film (les deux étant sorti en même temps aux Etats-Unis). The woman marque ainsi le grand retour de Lucky McKee derrière la caméra, dans un long-métrage à budget très réduit, mais sur lequel il aura gardé le contrôle du début à la fin.

Techniquement, si The woman est une suite à Offspring (déjà séquelle de Off Season), il n'est nullement nécessaire d'avoir vu le second pour apprécier le premier. En effet, si les deux oeuvres ont en commun un même personnage, leurs histoires s'avèrent être fondamentalement différentes, totalement indépendantes l'une de l'autre. Là où Offspring traitait d'une violence "sauvage" finalement très classique (avec cette histoire de famille cannibale faisant rêgner la terreur sur une petite ville du Maine), The woman s'intéresse quant à lui à une violence "civilisée" (l'un des membres de cette fameuse famille cannibale étant capturée par un jeune cadre supérieur bien décidé à "l'éduquer"). En bonne intelligence, Lucky McKee et Jack Ketchum évitent le travers du torture-porn bête et méchant - dans lequel il aurait été très facile de sombrer - pour développer une histoire aux thématiques intéressantes, qui sait habilement s'éloigner des canons liés à ce style de productions.

Fondamentalement, le scénario de The woman n'est pas forcément très original. De manière assez traditionnelle, l'arrivée d'une étrangère dans cette famille américaine typique va mettre en exergue tous les dysfontionnements et les rapports de force de ce foyer, et détruire petit à petit la moralité de chacun de ces membres. Cet axe de développement, on aura déjà pu le voir dans nombre d'autres longs-métrages (dans des genres dviers et variés, du thriller à la comédie), cependant, ce script très classique s'avère finalement être intelligemment écrit. D'une part, les thématiques y étant finement traitées, le propos s'avère être riche dans ses pistes de réflexion ; d'autre part, à mesure que le film progresse, l'histoire sait régulièrement se faire surprenante, jouant habilement avec les clichés véhiculés par le genre (le final est couru d'avance dès les premières minutes) pour parvenir à prendre le spectateur au piège de sa propre routine et de ses propres certitudes.

On reprochera tout de même au scénario une certaine paresse dans l'écriture des personnages, ce qui tend malheureusement à amoindrir le propos véhiculé par le film. Ainsi, comme dans nombre d'autres long-métrages s'appuyant sur une histoire similaire, les protagonistes partent d'une base classique - presque caricaturale - pour évoluer tout au long du film. Dans The woman, les personnages demeurent psychologiquement immobiles. C'est en effet la peur qui les empêche l'agir pendant la majeure partie du film, et leur passage à l'acte, au moment de l'épilogue, ne démontre finalement que peu d'évolution dans leur caractère, seulement une manière de parer à l'urgence de la situation. Les personnages n'étant caractérisés que par leurs actes - et non par leur manière de penser ou d'appréhender le monde - cela tend à déposser une partie des thématiques de leur force inhérente.

Là où un tâcheron se serait laissé aller au piège du glauque ou du trash gratuit, McKee livre sur ce scénario une mise en scène décalée, alternant entre burlesque, humour noir, thriller et film gore, et ce sans jamais verser dans aucun excès. Ses partis pris de mis en scène, osés, font de The woman un film difficilement saisissable, et ce d'autant plus qu'aucun personnage ne vient donner au spectateur la teneur de la morale de fin, habilement dissimulée dans un épilogue peu conventionnel. Les artifices techniques qui émaillent le film renforcent ces impressions. Ainsi, grâce à une bande son impeccablement conçue (à base de vieux tubes rock), Lucky McKee créé des décalages comiques savamment pensés entre l'horreur de la situation et ce qui est ressenti par le spectateur ; a contrario, il n'hésite pas à aller dans le gore dès lors que l'histoire le lui autorise (le final est à ce niveau bien doté question violence graphique).

De fait, le spectateur ne sait fréquemment plus sur quel pied danser, McKee étant constamment sur le fil du rasoir, mais parvenant avec une maestria impressionnante à ne tomber dans aucun excès, et à conserver au delà de toute espérance un équilibre franchement précaire. The woman se pose donc comme un film pluriel qui parviendra sans mal à destabiliser tout un pan du public, mais qui envoutera celles et ceux qui entreront bien volontiers dans l'univers si particulier du réalisateur. On comprend, de fait, que le film ait pu susciter une certaine incompréhension du public, et donc faire scandale aux Etats-Unis. Si le film est précédé d'une sulfureuse réputation d'oeuvre mysogyne, The woman s'avère pourtant être un film plus féministe qu'il n'y paraît de prime abord, et ce tant personnages féminins y sont clairement les plus fascinants, là où les hommes souffrent d'une image pas franchement glorieuse.

A l'écran, les acteurs qui portent le long-métrage sont tous impeccables. Sous la coupe de l'excellent Sean Bridgers, psychopathe qui débite avec un naturel presque candide des énormités parfois à la limite de l'absurde, les autres acteurs livrent des prestations irréprochables : de la mère soumise (Angela Bettis, encore une fois absolument formidable) à l'adolescente effrayée (Lauren Ashley Carter, expressive au possible dans un rôle quasiment muet) en passant par le jeune fils psychologiquement instable (Zach Rand, convaincant) et les réactions pleine de naïveté de la petite dernière (Shyla Molhusen, craquante). Dans le rôle de la femme sauvage, Pollyanna McIntosh livre elle aussi une prestation étonnante, faisant passer nombre d'émotions et d'intentions par son langage corporel, et s'imposant comme la fondation solide dont avait besoin le scénario pour pouvoir correctement fonctionner.

85

Il aura fallu dix ans à Lucky McKee pour transformer l'essai marqué avec May. Au terme d'une décennie faite d'échecs et de déconvenues, le réalisateur livre enfin le film abouti que l'on attendait, et le moins que l'on puisse dire, c'est que l'attente valait vraiment le coup. The woman bénéficie ainsi d'un scénario intelligemment traité, qui plus est transcendé par une mise en scène ambitieuse s'inscrivant parfaitement dans l'univers si particulier du réalisateur. Si le résultat final divisera sans nul le public doute à cause de ses partis pris radicaux, il impose toutefois définitivement Lucky McKee comme l'un des cinéastes les plus passionnants de sa génération.

Critique de publiée le 6 septembre 2011.

Que faut-il en retenir ?

  • Partis pris de mise en scène osés,
  • Scénario intelligent,
  • Thématiques bien traitées,
  • Histoire solide,
  • Casting impeccable,
  • Du gore bien dosé.

Que faut-il oublier ?

  • Des personnages qui n'évoluent pas.

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