Critique Sucker Punch [2011]

Avis critique rédigé par Richard B. le mercredi 24 août 2011 à 08h22

Quand rêve rime avec tragédie !

Presque tous les ans, la Warner semble vouloir jouer à la roulette russe avec un film, prendre des risques insensés, et laisser comme une sorte de « carte blanche » à des réalisateurs aux univers très personnels et aux ambitions créatives et artistiques affirmées, quitte à ne pas plaire à tout le monde. Ainsi, Sucker Punch fait partie de ces films qui ne laissent pas indifférents, un spectacle dont les clés ne sont pas fournies à l’entrée. On aime ou on déteste.

Attention, je préfère signaler que cette critique présente quelques Spoilers.

Orpheline de père et de mère, Babydoll est internée dans un hôpital psychiatrique après avoir agressé son beau-père, qu’elle juge responsable de ses malheurs. Sur place, elle devra user de son imagination pour reconquérir sa liberté et éviter de finir lobotomisé...

Sucker Punch peut aisément être comparé à une autre oeuvre à succès de la Warner : "Inception" de Christopher Nolan. En effet, tous deux partagent ce gout par un traitement sur multiples niveaux oniriques. Cependant, si Nolan préfère exploiter un concept collant à une certaine réalité dans laquelle les dangers ne sont pas totalement établis, Snyder opte pour un monde onirique complètement démesuré, fantastique et iconique, où l'enjeu consiste à se libérer d'un quotidien à l'issue immanquablement fataliste. Très loin d'être aussi stupide ou bordélique que l’affirment certains, Snyder préfère se dire que le spectateur est assez intelligent, du moins maître de son imagination pour s’arranger des non-dits. Une démarche pouvant paraître prétentieuse, mais propre à un cinéma d'auteur qui se veut être autre chose qu'une simple formule.

Sucker Punch image 1

Ici, plutôt que se focaliser dans une réalité qui, au final, ne dure qu'une parcelle de seconde (le moment où Babydoll va être lobotomisé), le réalisateur nous plonge dans son ultime rêve où elle s’imagine prisonnière d'un proxénète qui a le goût du spectacle. À travers ce rêve, elle reconstitue une partie de ce qui a pu se produire durant les cinq derniers jours qui ont suivi son internement, et se construit des issues à travers des rêves situés à l'intérieur de ce rêve. À travers ces images et la musique, il est donc proposé au spectateur de reconstituer lui-même le puzzle de la réalité. L'idée est habile, le concept est poussé dans ses retranchements, tout en mettant en avant un élément apte à ravir les détracteurs. Snyder matérialise ici des rêves de garçons, et plus particulièrement de geeks fans d'univers steampunk ou d'imagerie pulp des années 50-60. Et si on imagine aisément un jeune garçon se réfugier dans ce type de lecture pour échapper à un beau-père qui aurait abusé sexuellement de lui, on conçoit la chose tout autrement pour une jeune fille, du moins aurait-il fallu montrer lors d'une scène que celle-ci aime ce type de lecture. Car l'idée reçue est bien qu'une fille ne rêvera jamais d’être une guerrière affrontant des dragons, des robots et autres samouraïs géants, mais plutôt qu'un prince viendrait à leur secours. Loin de moi l'idée de faire du machisme, mais bon nombre de personnes, dont beaucoup de femmes, en viendrait à penser ainsi.

Ce détail "geek" mis de côté, on comprend aisément que Babydoll cherche à s'évader, tout d'abord physiquement, mais aussi psychologiquement. La séquence d'introduction est d'ailleurs un sommet d'intelligence en ce qui concerne la présentation du personnage. En cinq minutes, via la musique et l'image, on comprend que Babydoll a perdu une mère chérie, et que désormais elle est livrée à un beau père incestueux et vénal, que celle-ci peut-être courageuse et n'a pas peur de risquer sa vie pour ceux qu'elle aime. Sans oublier le sentiment de culpabilité en causant la mort de sa soeur alors qu'elle voulait la protéger de son beau-père. Un tour de force magistral en terme de présentation, d'autant c'est l'actrice, Emily Browning elle-même, qui chante une remarquable réinterprétation de "Sweet Dreams".

Sucker Punch image 2

Visuellement "Sucker Punch" s'inscrit dans la continuité des travaux d'un cinéaste ambitieux, perfectionniste et doté d’un univers graphique très développé. Parmi cette nouvelle génération de réalisateur parfois plus clippeur, ou technicien, que véritable conteur d'histoire, Snyder fait exception. Très loin d'aligner les plans à la minute sans les penser tout est ici réfléchi, méticuleux et justifié et iconographiquement fort.  C'est presque un univers visuellement inédit que nous propose le réalisateur. « Presque », car cette imagerie est et reste celle de l'aviation durant la seconde guerre mondiale, celle des illustrations de l'après-guerre, ou plus encore des comics de l'époque. Cependant, rarement nous avions pu voir de telles images au cinéma et encore moins avec un tel niveau de rendu. Techniquement la chose est d'autant plus remarquable que les plans réels s'enchaînent avec des plans fictifs sans que l'on ne sache jamais déceler quand l'un prend la place sur l'autre. Certains plans se trouvant être réels semblent visuellement proches de ce qui pourrait être fictif et inversement et le mélange se fait avec une parfaite alchimie, la caméra par moment ne s'arrêtant même pas entre les deux procédés. Le plus impressionnant est que le film fut produit avec un peu plus de 80 millions de dollars, alors que l'on a l'impression d'avoir sous les yeux le fruit d’un budget trois à quatre fois plus élevé. Reste que cet esprit « visuel » fortement marqué pourra paraître futile pour certaines personnes qui n'adhèrent pas à ce genre de fantaisie. Là encore, l’accès a cet univers, qui nécessite l’entretien d’un bonne dose de naïveté et de rêverie, n’est pas donné à tous. Dans un autre domaine, mais concernant toujours l'idée du rendu à l'écran, en terme d'intelligence visuelle, on appréciera particulièrement le travail autour des décors, chaque lieu de l'asile correspondant à un endroit du cabaret.

Sucker Punch image 3

Le film possède aussi des sous-entendus sexuels assez prononcés, mais introduits de manière plus subtile. Si les filles sont tout vêtues de tenue sexy, mettant en évidences leurs charmes, l'imagerie érotique qui s'en dégage correspond plus à l'esprit "Pin-up" qu'à un déshabillement vulgaire. De plus, bien qu'il ne figure aucune scène de coucherie et de nudité totale, les sous entendus restent explicites et prennent une force que plus importante, surtout dans la séquence finale - ajoutée dans la version longue du Blu-Ray - ou pour la première fois Babydoll s'offrira, sans en être forcée, à son "sauveur". Une séquence ajoutée qui manquait à la version cinéma et qui clarifie le dernier geste de Babydoll d'une manière aussi poétique que fatale.

Sucker Punch image 4

Sucker Punch serait ainsi proche de la perfection si le film n’était pas pourvu d'une légère baisse de rythme, située lors de la séquence uchronique de la Seconde Guerre mondiale. Séquence visuellement grandiose, mais bien plus longue que les autres et n'apportant pas d'enjeux suffisants pour captiver sur la longueur. En effet, ce segment est placé bien trop tôt pour que l’une des filles meure, privant le spectateur d’une tension déjà bien maltraitée étant donné que le spectateur a également appréhendé tous les composantes de la tache qu'elles doivent accomplir.

La conclusion de à propos du Film : Sucker Punch [2011]

Auteur Richard B.
75

Sucker Punch est incontestablement le genre de film qui divise. Pourquoi ? Les raisons en sont multiples. Une position radicale dans ses choix graphiques, un scénario ambitieux, mais très (trop ?) geek dans l'âme, un film doté d'une forte personnalité qui ne fait pas dans la concession, un film qui ne livre pas tous ses secrets dans des explications claires, mais via une véritable démarche visuelle et sensorielle. Sucker Punch sera pour certains un film indigeste et incompréhensible, pour d'autres une oeuvre cinématographique personnelle, ambitieuse, parfois maladroite, mais unique, sincère et artistiquement très riche !

On a aimé

  • Un univers visuel et sonore riche, des personnages attachants,
  • un scénario bien plus intelligent qu'il ne paraît,
  • une mise en image somptueuse,
  • une oeuvre personnelle et artistique.

On a moins bien aimé

  • Le film s'essouffle un peu dans sa partie centrale,
  • un film qui prend des risques et qui par conséquent ne plaira pas à tous.

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