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Critique du Film : Conan
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Critique du Film : Conan

Avis critique rédigé par Jonathan C. le vendredi 12 août 2011 à 0317

Les invasions barbares

affiche Conan

Depuis quelques années, le cinéma américain (pas seulement hollywoodien) s’est lancé dans un vaste et opportuniste recyclage, certes plus ou moins plaisant, du cinéma des années 70, 80 et même 90. Les icônes cinématographiques des années 80 (cf. les remakes à venir de L’Arme fatale ou de Robocop, ainsi que le second souffle de Stallone ou les aventures prolongées de John McClane) sont particulièrement visés. Le chef d’œuvre de John Milius, sorti en 1982, faisait du personnage (alors déjà culte) de Robert E. Howard une figure héroïque mythique du cinéma d’aventure (et d'Arnold Schwarzenegger une star), statut d’icône culturelle pas forcément renforcé mais en tout cas entretenu par une suite rigolote (Conan le destructeur) et une série cheap (sans parler des nombreux produits dérivés). Le cinéma américain des années 2000 devait inévitablement, un jour ou l’autre, s’emparer à nouveau du célèbre Cimmérien (une création qui fêtera ses 80 ans en 2012 !).

Que ce nouveau Conan soit produit par Millennium Films (donc par la dream team Danny Lerner/Avi Lerner/Boaz Davidson) est une bonne chose, en tout cas meilleure que si Conan le Barbare était toujours à la Fox (qui se plait régulièrement à massacrer son glorieux catalogue…). En effet, grâce à l’argent que rapportent les innombrables nanars (ou, parfois, de bonnes séries B, comme les Van Damme et les Scott Adkins) produit pour le marché DTV par la firme Nu Image (héritière de la mythique Cannon de Globus/Golan), la filiale Millennium Films a pu produire ces dernières années des films plus ambitieux et de qualité, comme Le Dahlia Noir, L’Elite de Brooklyn, John Rambo, 13 blocs ou The Expendables (LE revival des eighties dans les années 2000). Loin des studios hollywoodiens, la société Millennium attire de plus en plus de réalisateurs réputés puisqu’elle leur laisse une large liberté créatrice et représente une aubaine économique et logistique (tout est sur place, en Bulgarie, là ou ça ne coute pas cher). Dans cette entreprise de recyclage, on ne s’étonnera pas de voir Marcus Nispel aux commandes de ce nouveau Conan, lui qui avait déjà remit au goût du jour Leatherface et Jason Voorhees, s’imposant ainsi comme un des chefs de file de cette tendance ; ancien clipeur devenu un efficace artisan remarqué pour ses bons remakes de Massacre à la tronçonneuse et Vendredi 13, beaucoup moins pour son inégal Pathfinder qui pourtant préfigure dans un certain sens son travail sur Conan, Marcus Nispel réalise pour la troisième fois (sur 4 films !) un remake, sans parler de sa version télévisuelle de Frankenstein. « Notre film n’est basé sur aucune incarnation précédente du personnage mais sur une culture et un univers tout entier », affirme vaillamment ce bon vieux Danny Lerner. L’approche casse-gueule du projet est en effet de respecter les écrits de Robert E. Howard (et rendre hommage au personnage) tout en les remodernisant (d'ou la 3D) et en s’éloignant du classique de John Milius. Si les producteurs ressortent le couplet-joker du « ce n’est pas un remake mais une nouvelle adaptation de l’œuvre d’origine », difficile cependant de ne pas établir une comparaison entre un remake (vrai ou faux, peu importe) et le monument cinématographique après lequel il passe, Marcus Nispel lui-même ne peut d’ailleurs pas l’ignorer ni faire comme si le premier film n’existait pas (rien que l’affiche du nouveau Conan renvoie à celle, mythique, de l’ancien). Et la comparaison fait mal.

Jason Momoa en Conan


Si Marcus Nispel n’a jamais fait preuve de la moindre originalité, il faut lui reconnaitre une solide maitrise technique, au service d’une vraie générosité dans les débordements de violence graphique ce qui, pour un Conan le Barbare, est on ne peut mieux approprié. Car s’il y a bien un (unique) point sur lequel ce Conan 3D est supérieur au film de John Milius, c’est bien dans l’illustration de la violence. Il pouvait difficilement en être autrement avec Marcus Nispel chez Millennium Films. Le réalisateur allemand y va franco dans les affrontements bourrins et gores, les os brisés, les mutilations et cicatrices, les abondantes giclées de sang, les démembrements, les décapitations, les têtes explosées ou écrabouillées et autres tortures corporelles douloureuses (le doigt dans le nez coupé, aïe), le tout avec les bruitages barbares qui vont avec (le mixage sonore est dément). Comme dans le récent et trop peu connu Le Sang des Templiers, qui se révélait lui aussi être une véritable boucherie (plus réaliste cependant), un personnage ira même jusqu’à achever son adversaire avec les restes d’un cadavre. Ca charcle et ça hurle non-stop, les combats s’enchainent à un rythme effréné au point qu’on finit par avoir l’impression que ça ne s’arrête plus, l’inconvénient à cette primitive satisfaction étant que les scènes d’action, filmées/montées toutes de la même manière et sans aucun concept ni recul pour les rendre funs ou trépidantes, n’ont plus vraiment d’impact et qu’aucune ne sort du lot (pire, la plupart sont complètement anecdotiques, comme celles totalement gratuites sur le bateau ou avec le kracken), si ce n’est peut-être dans la réjouissante première partie avec un Conan enfant déjà particulièrement coriace et radical (la façon dont il élimine ses adversaires dans la forêt a de quoi faire jubiler), ou la folle course-poursuite en forêt, qui rappelle celle de Willow mais en moins sympa (c'est dire). Le seul vrai combat homérique du film est le premier opposant Khalar à Conan (et encore, il tourne court), bien meilleur que leur seconde confrontation.

Le Conan des années 2000 se bat avec plus de technique que le Conan des années 80 (qui était une brute épaisse), les chorégraphies (aux poings ou à l’arme blanche) sont plus élaborées, plus rapides, plus dynamiques et typées arts martiaux tout en restant très rentre-dedans (point de finesse), et certains des adversaires du héros sont d’ailleurs joués par des champions de MMA, comme Nathan Jones (très remarqué dans L’Honneur du Dragon, Troie, Le Maitre d’armes ou Les Condamnés) ou Bob Snapp (le géant black d’Elektra, de Blood and Bone et de Mi-temps au mitard). Même le garçon qui joue le jeune Conan est un champion d’arts martiaux (ceinture noire et membre de la Sideswipe Performance Team) et effectue lui-même tous ses combats et cascades. Malgré ce souci de réalisme dans l'action, les chorégraphies ne sont de toute façon pas vraiment mises en valeur par un découpage brouillon et trop de plans rapprochés au sein des combats. Cependant, comme le prouvent ses précédents films, Marcus Nispel est très doué quand il s’agit de violence graphique et d’esthétisme de la barbarie. Là réside l’intérêt aussi primaire que jouissif de ce nouveau Conan le Barbare, dans son effusion de brutalité qui rappelle que Conan est bel et bien un barbare et que l’univers dans lequel il évolue n’est que violence et destruction. A cela s’ajoute, comme si Millennium Films respectait les quotas d’une série B anodine comme ils en ont produit par dizaines, une petite dose de sexy, à savoir quelques filles aux seins nus qui se baladent autour de Conan puis une scène de sexe ridicule car complètement dépassée et gratuite (on se croirait revenu à la grande époque du dimanche soir sur M6), sans oublier les fesses de Conan (dans un plan digne de figurer dans le calendrier des Dieux du Stade) histoire de satisfaire tout le monde. Mais sur ce point, des séries comme Rome, Spartacus : blood and sand ou Le Trône de fer vont bien plus loin.

Conan miniature en action



Outre cette exacerbation très BD de la bestialité, pour le coup idéalement adaptée à l’univers de Conan et renvoyant également à celui de Ken le Survivant, il n’y a hélas pas grand-chose à retenir de ce nouveau Conan, dans le sens ou Marcus Nispel a bien du mal, malgré son habituelle capacité à confectionner une iconographie clinquante (c’est du bel ouvrage), à rendre compte visuellement et narrativement de l’ampleur mythologique du héros (qui représente la perfection de l’homme sauvage), de sa splendeur et de sa grandeur comme l’avait si bien fait John Milius dans chaque plan de son Conan le Barbare, la conséquence étant qu’on se souvient de tous les plans du film de 1982 et d’aucun plan en particulier de celui de 2011. Il faut dire que Milius avait Schwarzenegger, là ou Nispel n’est pas aidé par Jason Momoa qui, malgré sa prétendue (selon le producteur) ressemblance parfaite avec la description de Robert E. Howard, est bien trop proche d’un Conan de série télé, d’autant plus que la réalisation, certes très propre, fait parfois très télévisuelle (mais de la télé de luxe) dans les scènes d’action. Tout est filmé à la façon des séries américaines actuelles et des DTV d'action (les mêmes tournées en Bulgarie par Nu Image, justement), en steadycam et caméra portée, dans un montage très cut qui ne s'attarde jamais sur rien. C'était un peu le même problème dans le médiocre Prince of Persia : les Sables du Temps...

Certes imposant physiquement (ce qui lui permet d’assurer lui-même la plupart de ses cascades), Jason Momoa ne dégage pas grand-chose, bien que se situant largement au dessus des héros des nombreux sous-Conan (au hasard le triple Monsieur Univers Michael O’Hearn dans le merveilleux nanar Barbarian) et au niveau du sympathique Ralf Moeller (un autre Monsieur Univers) de la série. Si Jason Momoa allie force, sauvagerie et souplesse (il est définitivement assimilé à un animal), on est loin d’un Schwarzenegger (multi-Monsieur Univers également) ou même, rayon brute mythologique portée récemment sur grand écran, du Chris Hemsworth de Thor. Le plus grand regret, c’est que le récit initiatique passe à la trappe au bout d’un quart d’heure (pas de quête initiatique ni de The Wizard ici), après l’apprentissage du Conan enfant dans le village de Bistrica, et que cette lacune n’est pas comblée par l’aspect vigilante, réduit à sa plus simple expression (quelques mises à mort expéditives, encore que Conan laisse parfois faire le sale boulot à d’autres), sans réflexion, sans réels enjeux, sans remise en question. Le personnage adulte apparait comme creux, là ou il se dégage de l’enfant une profondeur sombre et emplie de rage. Le comble, c’est que l’enfant, bluffant Leo Howard (qui jouait le Snake Eyes jeune dans le G.I. Joe de Stephen Sommers et l’un des gamins du méconnu et toujours inédit Shorts de Robert Rodriguez), fait un bien meilleur Conan que Jason Momoa ! Le film ne parvient ainsi pas à incarner en Jason Momoa le mode de vie humble et primitif (résumé par cette réplique : « Je vis, j’aime, je tue…ça me suffit ») du légendaire personnage, dont on entrevoit ici à peine la conscience (vague) et les nobles valeurs. Ce Conan est plus festif et sociable, moins marginal, et même plus bavard que ne l’était celui, plus fascinant et mystérieux, incarné par Schwarzenegger. Par ailleurs, Conan est ici affublé d’une pratiquante en arts martiaux (qui n'en use pas une seule fois) échappée d’un Monastère, une Rachel Nichols certes toujours aussi belle (pour rester poli) mais sans grand intérêt (elle minaude et hurle, point) et bien trop lisse pour cet univers, là ou la Valeria/Sandahl Bergman du premier Conan le Barbare avait bien plus de charisme et de force (pour résumer, disons qu’elle avait plus de « couilles »), tout comme Grace Jones dans Conan le Destructeur ou même Brigitte Nielsen dans Kalidor.

Leo Howard en jeune Conan


En revanche, d’autres personnages impressionnent et captivent, à commencer par le tyran Khalar Zym, interprété avec puissance par Stephen Lang, qui joue un nouveau bad guy d’anthologie après le Colonel Quaritch de Avatar. L'acteur en fait des tonnes dans les grimaces et les grognements, ce qui est plutôt adapté au personnage et en fait un tyran bestial et très typé BD. Imposant, sadique, stylé et hypnotique (comme l’avait été James Earl Jones en Thulsa Doom, mais dans un autre registre), Zym/Lang est un formidable méchant, bien plus convaincant et iconographique que le héros qu’il affronte. Il en va de même pour Ron Perlman, autre monstre de charisme, ici dans le rôle du père de Conan, beau personnage grave et digne qui hélas et tragiquement (c’est l’histoire de Conan qui l’exige) ne dure pas. Stephen Lang ou Ron Perlman font partie de ces acteurs magnétiques et bestiaux desquels il est difficile de détourner les yeux lorsqu’ils sont à l’écran, puisqu’ils happent toute l’attention et condensent en eux toute l’énergie ou la tension d’une scène. Des gueules comme Lang, Perlman ou même Saïd Taghmaoui (dont le personnage de gentil voleur n’est guère intéressant et plutôt kitsch, plus boulet qu'utile à Conan) et bien d’autres tronches de troisième ordre sont indispensables dans un univers comme celui de Conan, et sur ce point le casting est bien vu. Bonne idée également que de confier à la vénéneuse Rose McGowan le rôle d’une sorcière fourbe (elle succède ainsi à Cassandra Gava dans le premier Conan), fille du grand méchant (les relations qu’ils entretiennent sont ambigües mais ne mènent hélas à rien) et versant fantastique du film, l’actrice exhibant un look gothico-punk et une dandy-attitude qui lui sied à merveille (avec ses griffes tranchantes). Louons le soin apporté aux costumes, aux armes (superbes) et aux détails qui apportent une vraie personnalité aux protagonistes, même secondaires, et en tout cas un solide impact visuel (cf. Khalar Zym/Stephen Lang, Corin/Ron Perlman ou Marique/Rose McGowan). Dommage que Nispel n'élève jamais, par sa mise en scène trop rapprochée et terre-à-terre, ces personnages à un niveau mythologique...

Stephen Lang et Rose McGowan


De la première partie (la meilleure du film, après une introduction à donner des frissons) avec l’enfant et son père au final complètement kitsch (alors qu’il semble faire référence à celui d’Indiana Jones et le Temple Maudit, cf. le sacrifice de la fille et le sauvetage in extremis), le film va en se dégradant, le récit devient rébarbatif, les maigres enjeux stagnent et les promesses excitantes du projet, pourtant efficacement exposées dans la première demi-heure, s’évaporent petit à petit pour ne laisser qu’un divertissement somme toute banal, en tout cas beaucoup trop banal pour du Conan le Barbare. Il ne fallait de toute façon pas s'attendre à des merveilles d'écriture de la part des scénaristes de A Sound of Thunder (le plus mauvais film de Peter Hyams) et d'un autre scénariste habituellement payé à remanier les scripts pour Dimension Films (du sale boulot). Les rencontres de Conan lors de son (trop bref) périple manquent de punch et de surprises, en plus d’être rares (on est loin du coté quête/road-movie des deux films avec Schwarzy, qui étaient de véritables voyages). Carnavalesque, la dernière demi-heure se perd dans les invraisemblances narratives et les raccourcis (même après deux visionnages, je n'ai toujours pas compris ce que Conan allait foutre dans la Cité des Voleurs avec Saïd Taghmaoui), mais aussi dans le grandguignolesque lors d’un affrontement final décevant. L'avancée de Conan n'a ni queue ni tête. Certes beaucoup plus bourrin mais aussi beaucoup moins intense, ce Conan des années 2000 raconte parfois la même chose que le film de Milius mais en moins fort ; il suffit pour le constater de comparer l’assassinat des parents de Conan par Thulsa Doom / Khalar Zym : sobre, glaçant, élégiaque et presque contemplatif pour le premier film, long, racoleur, très découpé et bruyant pour le second. Si le Conan de Milius prenait son temps, ce Conan version 2011 semble précipité et s’entrave dans un montage à la serpe. Quand à la 3D, elle permet de se retrouver au coeur des carnages à intervalles réguliers, et la profondeur de champs est particulièrement bien employée sur les décors naturels. Mais avec ou sans 3D, le film est désespérément dénué de couleurs (et donc d'exotisme), comme c'est la mode dans les blockbusters des années 2000.

Conan


Millennium Films oblige (cf. The Expendables), les mutilations (le péché mignon de Nispel), maquillages (Khalar Zym et ses hommes ont de sacrées trognes patibulaires et défigurées) et autres gerbes sanglantes (y compris sur l’objectif de la caméra) sont aussi jouissifs que saisissants, mais les effets visuels sont très inégaux (les hommes de sable, le bout de Kracken...), particulièrement ratés lors d’un mauvais climax proche du nanar, et n’ont évidemment pas le charme désuet d’un Conan le Destructeur. On sent quand même, et ce n’est pas surprenant de la part de Millennium Films, que le budget (90 millions, tout de même) est assez restreint pour un projet aussi ambitieux (rappelons que leurs Expendables n’avaient couté « que » 80 millions de dollars) et que le film, pourtant une sorte d'arlésienne, a été rapidement tourné.
Malgré cet inconvénient visuel (on imagine que le film aurait été d’une autre ampleur avec ILM ou Weta aux commandes), l’aspect heroic-fantasy, ici plus spécifiquement le sword and sorcery (dont Conan le Barbare est un modèle du genre), passe bien à l’écran, les décors bulgares très variés s’adaptant étonnement à l’univers d’Hyboria, d’autant plus que le film est principalement tourné en décors naturels (quelques décors sont construits dans les importants Nu Boyana Studios, qui ont abrité bien des nanars de Nu Image), exploitant de superbes paysages et des châteaux et autres ruines, grottes et forêts préhistoriques abandonnés au fil des siècles par l’Histoire de la Bulgarie (comme le précise Marcus Nispel, « Je ne connais aucun autre endroit ou le Moyen Age est encore aussi présent qu’en Bulgarie »). Avec de tels décors, modulés par différentes conditions météorologiques (chaleur écrasante, neige, pluie, grisaille…), ainsi qu’avec son chef opérateur Thomas Kloss (avec lequel il avait déjà travaillé sur des vidéoclips), le réalisateur n’a aucun mal à en faire des tableaux (en 2.35) sublimes dans lesquels il place ses personnages, s’inspirant notamment des illustrations de feu Frank Frazetta (ce qui était déjà le cas dans son maudit Pathfinder), sans cependant jamais atteindre la puissance évocatrice des dessins de Frazetta. Le travail de prod design, franchement dense et réussi (de nombreux décors), privilégie les vestiges et donne l’impression d’un ancien monde, d’un passé détruit, se rapprochant d’un traitement plus post-apocalyptique que purement féérique, mais toujours très inspiré par le Moyen Age, l’Antiquité et la culture des vikings (on pense d’ailleurs, pour l’environnement de l’univers, à Willow), l’héroic-fantasy permettant de mélanger époques et références mythologies afin de créer une nouvelle mythologie. On est moins dans l’épure primitive du premier Conan (qui pouvait parfois ressembler à un western), l’univers d’heroic-fantasy de ce nouveau Conan est ici plus réaliste, plus concret et plus brut (tout en restant très stylisé et appliqué), un parti-pris louable qui explique aussi que le film, conçu de façon artisanale comme une série B fauchée, privilégie les effets matériels aux effets numériques, ce qui est une bonne chose vu la tête des quelques effets numériques. Il y a d'ailleurs ici très peu de créatures (si ce n'est le monstre tentaculaire, dont on ne voit que les tentacules), et l'ensemble manque terriblement de magie et de fantaisie (ce qui, pour de l'heroic-fantasy/sword and sorcery, est particulièrement frustrant).


Enfin, le Conan le Barbare de 1982 ne serait pas aussi marquant sans l’incroyable musique de Basil Poledouris, qui composait là l’un des scores les plus épiques de l’histoire du Cinéma. 30 ans plus tard, Tyler Bates, le compositeur attitré de Zack Snyder, livre une musique banale rapidement oubliée qui peine à créer le moindre souffle épique (si ce n’est, là encore, au début du film). La musique idéale pour un nouveau Conan le Barbare, c'est Patrick Doyle qui l'a composée pour le Thor de Kenneth Branagh, qui lui était épique (grâce, justement, à la musique). Et un Conan pas épique, c'est un peu comme un café sans sucre : ça se boit mais ça a moins de saveur.

Stephen Lang en Khalar Zym

La conclusion de

Conan 3D n’est pas la version MTV Zack Snyderienne du Cimmérien comme le laissait présager les bandes-annonces peu rassurantes, et s’impose entre un mélange de séries comme Rome, Spartacus : blood and sand et Le Trône de fer (dans laquelle jouait justement Jason Momoa) avec de la pure série B d’exploitation (combats violents, gore, sexe…). Le film navigue constamment entre la bonne série B burnée à la Centurion (Neil Marshall aurait d'ailleurs probablement réalisé un bien meilleur Conan le Barbare), la série télé kitsch des années 90 (Hercule, Xéna la guerrière, Conan & Cie) et le nanar ricain fun comme Le Roi Scorpion, Krull, La Dernière légion ou Ken le survivant (le film avec Gary Daniels). Marcus Nispel offre de nouveau du cinéma pop-corn bien fait, excessif et généreux mais également désincarné (il manque toujours un petit quelque chose dans ses films) et très limité, sans couleurs et sans magie. C’est franchement rigolo, si du moins on prend le film pour ce qu’il est et non pour ce qu’il aurait pu être et pour ce qu’à été Conan au cinéma autrefois. Conan 3D est un carnage plutôt fun et très divertissant (quoique trop long et répétitif), mais trop creux pour prétendre à la succession du Conan de John Milius et de Schwarzenegger (qui reste la meilleure incarnation du personnage).

Que faut-il en retenir ?

  • C'est très bourrin
  • Un bon méchant
  • Ron Perlman toujours aussi classe
  • Toute la première partie avec le Conan enfant
  • Une prod design axée sur la beauté des décors naturels
  • Plein de seins nus

Que faut-il oublier ?

  • Manque de splendeur et d'épique
  • Un Conan fade
  • Un récit initiatique éludé
  • Une musique indigne du score de Poledouris
  • Rachel Nichols n'a pas sa place ici
  • Répétitif

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