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Critique du Film : Heartless

Avis critique rédigé par Vincent L. le jeudi 4 août 2011 à 16:35

Une bonne petite surprise...

Philip Ridley est un cinéaste rare. Avec seulement trois films en plus de vingt ans, et une notoriété quasi-inexistante Outre-Manche, on pourrait a priori se dire que l'on se trouve face à un tacheron réalisateur de DTV médiocres. Pourtant, en Angleterre, cet artiste pluridisciplinaire (cinéma, photographie, littérature, théâtre, chanson) jouit d'une certaine notoriété vis à vis du public, ainsi que d'une reconnaissance affichée de ses pairs. Heartless, son dernier long-métrage est arrivé en France - après avoir remporté quelques prix dans divers festivals - dans un quasi-anonymat, sans avoir la chance de passer par la case "cinéma". On pourrait certes voir cela comme une injustice, vu le niveau nettement inférieur de certaines sorties, mais on peut surtout l'envisager comme une bonne surprise. En effet, sous ses faux-airs de DTV ringard se cache un long-métrage remarquable sur de nombreux points, apte à pouvoir agréablement surprendre le spectateur.

Il y a ainsi chez Philip Ridley quelque chose qui rappelle le travail de Clive Barker, notamment dans cette manière d'amener l'élément surnaturel via la mise en place d'un bestiaire lié à une mythologie solide, "bigger than movie". De plus, en se servant de la violence qui règne dans la banlieue londonnienne comme parabole de son arc narratif fantastique, le réalisateur a l'intelligence de s'ancrer dans un quotidien tangible, donnant de fait à son film un sous-texte social sans lequel son oeuvre aurait perdu une partie de sa force. Par certains côtés, le film fait également penser au récent Outcast (encore inédit en France) : même lieu (la banlieue d'une métropole anglaise), mêmes thématiques autour de la violence qui y règne, même manière d'intégrer son histoire dans une mythologie plus élargie. Mais là où Outcast est un long-métrage au mieux sympathique, Heartless tire son épingle du jeu grâce à l'indéniable talent de son metteur en scène.

En effet, Philip Ridley livre dans Heartless un travail de réalisation esthétiquement soigné, donnant à son film des qualités visuelles parfois remarquables, jouant sur la perception du monde par le personnage principal, qui va évoluer en même temps que l'état physique de son visage. Autant de scènes reliées entre elles par une vision volontairement très violente des quartiers Londoniens - une thématique de plus en plus récurrente dans le cinéma fantastique britannique - qui donnent au film un aspect "horreur urbaine" des plus intéressants. Le film s'avère donc bien plus pertinent que ce qu'il laissait entrevoir de prime abord, délaissant effets clipesques et artifices sonores à la mode pour un traitement plus introspectif, plus psychologique, s'appuyant sur une peinture des quartiers populaires de Londres comme l'on en a rarement vu dans le cinéma anglais (on sent clairement l'influence de la photographie sur le travail de réalisation de Ridley).

On est donc, au final, à des lieues du film adolescent que l'on aurait pu craindre, Heartless s'inscrivant dans une ambiance chiadée, sur un rythme volontairement lent privilégiant la mise en place d'une atmosphère solide, et ce sans jamais négliger la partie dramatique de l'histoire, impeccablement réussie (ni trop, ni trop peu). Doté d'une montée en tension plutôt efficace, le film passionne donc au fur et à mesure de son avancée, le tout étant à peine entaché par les CGI complètement foireux qui amenuisent la portée horrifique des créatures (notamment au moment du final, où le réalisateur a maladroitement choisi d'en montrer une en intégralité). On pourra en revanche reprocher à Heartless son rythme relativement mal maîtrisé - le film est un peu trop long, certains passages sont parfois trop lents - et ce même si les choses tendent à s'améliorer à mesure que le climax approche, et que les évènements s'accélèrent.

Enfin, il reste à préciser que le film est porté par un casting en tout point convaincant. Dans le rôle principal, Jim Sturgess est littéralement habité par son personnage, et livre une prestation en tout point remarquable, portant une partie non négligeable de la réussite du film sur ses épaules. Autour de lui gravitent des seconds rôles solides, capables de poser aussi rapidement qu'efficacement leurs rôles. Leurs noms ne vous diront probablement rien, mais tous sont au diapason, de Joseph Mawle en diable suintant et malsain, à Timothy Spall qui, en l'espace de seulement deux petites scènes, parvient à poser tous les enjeux dramatiques et émotionnels sur lesquelles repose l'histoire. Au final, seule Clémence Poésy, dans le rôle d'un atout charme quelque peu sacrifié par le scénario, ne parvient pas à imposer la présence et le charisme nécessaire à ce que l'histoire d'amour puisse fonctionner de manière optimale.

Malheureusement, en dépit de ses nombreuses qualités formelles, Heartless souffre énormément de son histoire trop classique. Enième variation de la thématique du pacte avec le diable, le film ne fait preuve d'aucune originalité, et se suit sans la moindre surprise. Si le scénario est impeccablement conçu - le long-métrage se veut être à mi-chemin entre le délire schizophrénique et le film fantastique, la réponse n'étant donnée que lors du final - il n'en demeure pas moins extrêmement convenu, et n'étonnera que le pan du public non habitué à ce genre de métrage. Si l'on suit tout cela sans déplaisir, il est tout de même dommage - et frustrant ! - que le fond ne soit pas à la hauteur de la forme. En conséquence, Heartless est un film remarquable à bien des niveaux, mais qui ne marquera certainement pas les amateurs de cinéma fantastique de la même manière que les deux précédents long-métrage de Philip Ridley.

65

Au final, Heartless s'avère être un long-métrage intelligent, honnête à bien des égards, de ces séries B efficacement ficelées qui parviennent à créer la surprise en dépit d'un pitch pas franchement original. En s'appuyant sur un casting solide, et en privilégiant l'ambiance aux effets clipesques ringards, Philip Ridley met en boite un long-métrage ancré dans une atmosphère réussie, et doublé d'un propos intéressant sur la violence de la banlieue londonienne. On regrettera donc surtout que l'histoire ne fasse preuve d'aucune originalité, prévisible du début à la fin à cause de sa structure beaucoup trop convenue, amoindrissant de fait la portée du long-métrage.

Critique de publiée le 4 août 2011.

Que faut-il en retenir ?

  • Réalisation soignée,
  • Excellente ambiance,
  • Casting convaincant,
  • Scénario correctement conçu,
  • Sous-texte soclal intéressant.

Que faut-il oublier ?

  • Histoire classique,
  • Déroulement sans surprises,
  • Quelques soucis de rythme,
  • Effets numériques foireux.

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