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Critique de Embassytown [2014]

Ecrit par Manu B. le mercredi 8 juin 2011 à 23:42

Arieka city (import)

Avice Brenner Cho est une immerser, un capitaine de vaisseau spatial capable de se projeter en miab de système en système à travers l'espace-temps. Il faut des capacités très spéciales pour être un tel pilote. Ses sauts à travers le Bremen l'ont conduite en différents points de l'espace; ils lui ont permis de rencontrer Scile, qui est devenu son mari. Jamais elle n'avait envisagé revenir sur son monde natal, Arieka. Et pourtant, ils ne sont pas nombreux à quitter la planète pour aller Dehors comme ils se plaisent à dire. Quel est l'intérêt de partir quand on vit à Embassytown, une enclave humaine dans une ville d'extra-terrestres ? La seule raison d'exister d'Embassytown est de développer le commerce avec les autochtones et c'est tout naturellement qu'elle abrite une nombreuse délégation d'Ambassadeurs. La seule condition pour en faire partie est de maîtriser la Langue pratiquée par les Hôtes. Petit obstacle: ils ont un double organe vocal et les Ambassadeurs doivent parler en duo.
Avice revient donc à Embassytown peu avant l'arrivée d'un Ambassadeur singulier: sa première intervention va provoquer des remous qui vont ébranler les bases de la société des Ariekei et déboucher sur la guerre et le chaos...

Avec The city and the city, China Miéville a placé la barre très haute. Multirécompensé, le livre démontre que l'auteur Londonien est au sommet de son art dans ce qu'on appelle le new weird. Délaissant un moment l'univers de Perdido Street Station, il se lance dans la science fiction pour la première fois avec Embassytown. Une façon aussi pour lui de mettre de côté toute pression et de s'attirer une certaine indulgence. Inutile, ce surdoué semble à l'aise quelque soit le genre. Il faudra pourtant attendre 2014 pour le lire en français aux éd. Fleuve Noir.

Chez l'écrivain, chaque roman repose sur une idée originale qu'il transforme en pépite grâce à un environnement, des personnages et surtout un enjeu qui plaît aux lecteurs.
Cette idée, c'est celle du Langage. Comme on l'a brièvement évoqué, il est techniquement très difficile pour les humains de le parler puisqu'il faut deux voix. Sans cela, le Langage sonne comme un bruit aux oreilles des Hôtes. Il faut donc, grâce à l'agence de Contact Linguistique Accéléré, trouver ou former des couples d'humains capables de se synchroniser suffisamment pour communiquer. Ni la pratique, ni la chimie, ni la technique n'ont été suffisants pour exceller dans ce domaine. Le seul moyen est d'avoir des esprits accordés. Des jumeaux ? Pas suffisant. Des clones, il faut des clones: un original et son doppelgänger.
Et ça, ce n'est pas la grande idée du roman. Alors pourquoi faut-il maîtriser la Langue ?
Parce que les Ariekei ne peuvent pas mentir. Ces extra-terrestres qui sont la fusion d'insecte, de cheval, de corail et d'espèces d'ailes sont physiquement incapables de mentir sous peine de s'évanouir, voire de mourir. C'est pourquoi depuis l'arrivée des humains, certains des Hôtes organisent des compétitions, des Festivals du mensonge où chaque participant doit réussir à prononcer des mensonges. La suite de l'histoire qu'on ne dévoilera pas ici dépend totalement de ce concept qui a des conséquences vitales sur le peuple autochtone.

D'autres idées (qu'on vous laisse découvrir) jalonnent les pages de ce roman hors normes, mais cette approche du langage est vraiment pertinente. Il cite Paul Ricoeur (qui a étudié phénoménologie et herméneutique) mais on pourrait se référer à d'autres auteurs de SF qui ont traité le langage (Babel 17, Les langages de Pao, L'enchâssement ou même Le Samouraï virtuel) et la compréhension d'une autre culture (La main gauche de la nuit et surtout Sacrifice of fools).

Ceci mis à part (et c'est déjà bien consistant), China Miéville laisse planer, comme toujours, une idée de révolution, de libération et qu'il ne peut s'empêcher de parler de ville (c'est une enclave ici).
Soulignons quand même que ce roman est moins vertigineux que The city and the city, qu'il surfe sur un rythme assez lent (avec des longueurs) pendant les deux premiers tiers.

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