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Critique du Film : Territoires

Avis critique rédigé par Vincent L. le lundi 11 avril 2011 à 11:36

Pas totalement convaincant, mais pas inintéressant...

Premier film du français Olivier Abbou, Territories est, dans son pitch, un survival très codifié au niveau de la forme. Cinq personnages, qui traversent une grande zone forestière - donc déserte - des Etats-Unis se retrouvent capturés et torturés par deux autochtones psychopathes. Jusqu'ici, rien de terriblement original, ni même de vraiment excitant ; ce scénario, on l'a déjà vu des dizaines de fois, sous des moutures plus ou moins diverses (des mutants aux cannibales consanguins, en passant par les dégénérés de base), et cela, a priori, ne rend pas Territories terriblement attractif. Sauf qu'Olivier Abbou a eu l'excellente idée de doubler son film d'un discours politique. Ainsi, le point de départ de l'histoire part d'un postulat intrigant : deux douaniers prennent en grippe les passagers d'un véhicule conduit par un chauffeur trop basané pour être vraiment honnête, et, persuadés d'être en face d'un convoi terroriste, vont les kidnapper pour les faire avouer, comme ils le font si bien à Guantanamo.

Justifié ainsi, le survival prend une profondeur non négligeable, qui, du moins au début, le démarque des autres productions similaires. Ainsi, en moins d'une vingtaine de minutes, les malheureuses victimes se retrouvent vêtues d'uniformes orange - très forts au niveau de la signification - les têtes recouvertes de sac en toile de jute, partis au fin fond des bois se faire interroger par deux psychopathes ayant installé là leur QG pour "accueillir" ceux qu'ils pensent menacer le pays. Le parti pris du film, justifié et convaincant, tend ainsi à montrer que l'on peut faire avouer n'importe quoi à n'importe qui, pour peu que l'on y mette les moyens. Et finalement, le plus intéressant, c'est qu'au-delà de petites digressions un peu faciles - le marquage au fer rouge - Territories s'avère être un film documenté, les deux méchants utilisant des techniques réelles qui ont (eu) lieu à Guantanamo. Ainsi, au final, l'aspect survival passe très clairement au second plan vis-à-vis de ce discours qui veut s'engager politiquement.

Pourtant, la mayonnaise ne prend pas totalement, car si Territories possède un scénario intéressant sur le fond, il s'avère plus lacunaire sur la forme. Ainsi, le film va changer par trois fois de point de vue quant à l'histoire racontée. Si le début du film va se focaliser sur les kidnappés, ceux-ci vont passer au second plan alors que le script va s'intéresser aux deux psychopathes, puis ne vont plus faire que de la figuration lorsque le film va suivre le détective privé chargé de les retrouver. Sur le principe, le fait d'avoir trois optiques différentes sur un même kidnapping est assez sympathique, mais concrètement, il faut tout de même reconnaître que cela casse énormément le rythme du film, qui commence sur les chapeaux de roues pour se terminer sur un épilogue d'une relative lenteur, finalement totalement dénué de véritables enjeux dramatiques. On retiendra donc volontiers cette première partie plus classique, ainsi qu'une deuxième qui sait mettre en avant de manière convaincante la psychologie de deux méchants bien pensés.

De manière générale, les personnages de Territories sont somme toute plutôt bien écrits, possédant presque tous la profondeur nécessaire pour que l'on puisse s'attacher à eux, victimes comme bourreaux. Les deux psychopathes sont ainsi finement traités, mêlant des éléments explicites - et didactiques - sur leur psyché et leur motivations, et d'autres, plus implicites et mêlés de part d'ombres laissant au spectateurs une liberté d'interprétation, quand à ce qui peut les unir. Olivier Abbou sait ainsi partir d'une idée reçue (deux méchants, un leader et un plus soumis et plus gentil) pour finalement dresser le portrait de deux protagonistes intéressants. Le personnage du détective, quant à lui, en dépit de sa totale inutilité, possède également un passif conséquent, qui permet de le sortir des stéréotypes liés à ce type de personnages. Il en résulte d'ailleurs que les acteurs, qui possèdent du grain à moudre, livrent des prestations convaincantes et abouties, n'étant jamais prisonniers de rôles plats et sans véritable intérêt.

Le principal problème, au final, qui va sacrément amoindrir l'impact du film, se situe dans le fait que Territories ne parvient pas à dépasser les clichés du genre, ni même les limites du survival. On retrouve ainsi nombre de poncifs et énormément de figures habituelles dans les productions similaires : la forêt qui semble s'étendre sur un périmètre infini et retire aux héros tout véritable espoir de sauvetage, les tentatives de fuite avortées des victimes qui échouent à la dernière minute, les deux riverains bizarres qui ne sont pas soupçonnés par les autorités locales, etc. Certes, le scénario sait astucieusement justifier une grande partie de ces éléments, qui ne sont presque jamais gratuits ou inutiles, mais avouons que ce caractère presque routinier - du moins aux yeux des habitués du genre - n'aide pas Territories à s'imposer comme un long-métrage réellement original, et lui donne de plus un arrière-goût de déjà-vu et de prévisibilité qui nuit très clairement à son efficacité.

Sur la forme, il n'y a pas grand chose à reprocher au travail d'Olivier Abbou, les problèmes de rythme étant plus liés à un souci d'écriture qu'à un manque de maîtrise dans les techniques de mise en scène. Toute la première partie, qui fonctionne essentiellement sur les dialogues, bénéficie d'une tension réelle et palpable, et la manière dont les choses vont progressivement dégénérer est amenée crescendo, et ce à l'image des diverses techniques d'interrogatoire qui vont petit à petit être utilisées. La partie portant sur les psychopathes parvient à assurer la continuité, notamment grâce à quelques artifices scénaristiques que l'ont sait pertinemment être vains, mais qui apportent tout de même le minimum de suspens nécessaire à ce que le film continue de fonctionner. Abbou ne parvient cependant pas à rendre sa dernière partie convaincante, et ce notamment parce que Territories souffre de l'absence d'un réel climax qui puisse tenir le spectateur en haleine jusqu'au bout. L'épilogue se regarde donc de manière moins intéressée, le gros de l'histoire ayant déjà connu en amont une conclusion implicite.

55

Territories est un premier film maladroit, parfois bancal dans sa construction, et qui ne sait pas toujours esquiver les stéréotypes liés au genre. Ceci dit, le film d'Olivier Abbou s'avère tout de même finalement plutôt sympathique. Parce qu'il s'appuie sur un scénario bien écrit - mettant au coeur de l'histoire des personnages consistants - et qu'il sait placer au premier plan un discours politique somme toute assez convaincant, Territories parvient de justesse à emporter l'adhésion, se positionnant comme un survival certes pas terriblement original, mais au moins intelligent dans son propos et intéressant dans ce qu'il peut apporter au spectateur

Critique de publiée le 11 avril 2011.

Que faut-il en retenir ?

  • Formellement réussi,
  • Un scénario intelligent,
  • Des personnages travaillés,
  • Des acteurs convaincants.

Que faut-il oublier ?

  • Pas fondamentalement original,
  • Un découpage qui nuit au rythme,
  • Un épilogue peu convaincant,
  • Ne sait pas aller au delà des limites du genre.

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