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Critique du Musique : Sucker Punch
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Critique du Musique : Sucker Punch

Avis critique rédigé par Jonathan C. le vendredi 8 avril 2011 à 1838

Punch-drunk Rock

visuel américain de l'OST de Sucker Punch

S’il laissait le champ libre aux partitions viscérales et bourrines de Tyler Bates dans ses L’Armée des morts et 300, on peut regretter que le controversé Zack Snyder (génie pour les uns, tâcheron pour les autres, bon faiseur à mes yeux), depuis Watchmen, privilégie les morceaux pop-rock/électro (même dans son Royaume de Ga’Hoole) aux compositions originales de Bates et de David Hirschfelder, s’enfonçant dans une image de geek fashion et beauf (n’en déplaise à ses fans). Dans ses choix musicaux, pompeux et faciles (la Chevauchée des Walkyries de Wagner pour une séquence guerrière, rien de très nouveau…) à quelques pertinentes exceptions près (la The Times They Are A-Changin' de Bob Dylan sur le superbe générique de début de Watchmen), Zack Snyder sélectionne désormais dans le répertoire geek le plus primaire et grand public, là ou un Quentin Tarantino va généralement dégoter des musiques totalement méconnues des non-cinéphiles et sortir ainsi quelques films obscurs de l’ombre.

Sans lui retirer son talent de technicien surdoué, et tout en reconnaissant au moins que ces choix, adaptés à l’histoire (il suffit d’ailleurs de lire les titres des chansons de leurs BOF pour résumer Watchmen ou Sucker Punch), entrent idéalement en symbiose avec l’esthétique bling-bling du cinéaste (ou le beauf qui se prenait pour un geek), Zack Snyder a ainsi prit pour habitude d’aller piocher ses morceaux dans le travail des autres (le Koyaanisqatsi de Philip Glass sur la back-story de Dr. Manhattan, la The Host of Seraphim de Dead Can Dance sublimée dans la fin de The Mist et utilisée par Snyder pour l’affrontement final du Royaume de Ga’Hoole…), sans avoir la dense sincérité d’un Tarantino (dont les films sont d’ailleurs bien plus adaptés à ce procédé référentiel), la culture rock d’un Cameron Crowe ou la passion immodérée d’un Martin Scorsese, par exemple. C’est presque en toute logique, et dans une certaine continuité, que la bande originale de Sucker Punch, sorte d’immense pot-pourri de la culture geek dans ce qu’elle a de plus stéréotypée, n’est constituée que de reprises de titres cultes de pop-rock.

Tyler Bates et son mixeur sur

L’exercice, par ailleurs difficile à juger, a ses qualités, mais aussi ses limites, y compris au sein-même du film puisque cette accumulation de titres pop-rock, électro ou même rap, dénuée de partition originale ou de musique additionnelle (Tyler Bates n’a travaillé que sur les reprises), colle certes parfaitement aux images fantasmatiques de Zack Snyder et à son style graphique très clipesque mais finit paradoxalement par donner l’impression d’être planté devant une chaine musicale type MTV spécialisée dans les clips de metal soft (ce à quoi ressemblent les séquences d’action oniriques du film, dénuées d'enjeux et de logique) ; c'est là qu'on se rend compte (et c'est toute la différence entre un 300 et un Sucker Punch) de l'importance d'une musique originale plus "traditionnelle" pour stimuler l'imagination dans un film et, surtout, créer de l'épique (car il n'y a rien d'épique dans Sucker Punch, à l'inverse de 300). Sans les images qui vont avec, et sans cette structure rébarbative proche du film à sketchs, cette désagréable impression disparait évidemment à l’écoute seule de la bande originale, ce qui permet d’apprécier pleinement ces reprises.

Tous les titres repris ici sont connus de tous, ont déjà subit plusieurs réinterprétations et furent souvent utilisés au cinéma. Découvrir ces reprises, soit au cours du film (qui, sur ce point, en devient assez ludique) soit sur cette OST, pourra provoquer aussi bien la nostalgie et  l’excitation que, au contraire, la répulsion totale quant au fait d’oser reprendre des classiques de Bob Dylan, des Pixies, des Beatles, des Stooges ou de Queen pour en faire des versions électro, pop ou rap des plus racoleuses. C’est donc un exercice casse-gueule pour Tyler Bates et Marius de Vries (producteur de titres de Madonna, U2, David Bowie, Tina Turner, Massive Attack ou Bjork, et compositeur sur Voyeur avec Ewan McGregor, Un mariage de rêve avec Jessica Biel et Kick-Ass), et pour les groupes qui reprennent les morceaux originaux.

La production est irréprochable en termes d’enregistrement et d’arrangement, un vrai régal pour l’écoute. Il n’y a que 9 pistes, mais la plupart dépassent largement les 5 minutes : très rythmé et équilibré, l’album se découvre donc rapidement (moins de 50 minutes d’écoute) mais peut être réécouté de nombreuses fois sans lassitude. Inévitablement, selon les chansons originales et selon les groupes qui les revisitent, Bates et de Vries sont inégalement inspirés. Les versions très enthousiasmantes côtoient des fautes de goût très symptomatiques du cinéma de Zack Snyder, mais dans l’ensemble il y a plus de bon que de médiocre dans cette bande originale.

le groupe de punk/rock alternatif Skunk Anansie

L’album, comme le film, s’ouvre sur une nouvelle et intense reprise, ténébreuse mais posée, de la Sweet Dreams d’Eurythmics (après celle, presque aussi connue, de Marilyn Manson), avec la jolie voix d’Emily Browning alias BabyDoll. Si Emily Browning chante plusieurs morceaux de l’album, on s’étonnera (agréablement) de l’absence vocale de Vanessa Hudgens, la star des High School Musical et la transparente Blondie de Sucker Punch.
La réadaptation de la culte White Rabbit (qui est à la base aussi une reprise) de Jefferson Airplane, renouvelée également par Sanctuary en 1987, Patti Smith en 2007 ou Grace Potter and the Nocturals pour le Alice au pays des merveilles de Tim Burton, semble pasticher le mouvement hippie de l’époque, avec ses sonorités orientales psychédéliques et peace and love couvertes par la voix ensorcelante de l’italo-islandaise Emiliana Torrini (qui avait déjà reprit ce titre en 1996), qu’on pouvait aussi entendre à l’œuvre sur la Gollum’s Song clôturant Le Seigneur des anneaux : Les Deux Tours. La puissance de l’orchestration électronique rend le morceau particulièrement jubilatoire et fait tranquillement passer les 7 minutes de la piste.

Aussi bêtement jouissive soit-elle (aussi), l’adaptation rap de Queen par Armageddon (alias Geddy, chanteur du crew Terror Squad) est très discutable (en plus de mélanger les mythiques We Will Rock You et I Want it All), bien qu’elle illustre à merveille dans le film l’arrivée bling-bling du maire.  

La version électro/rock alternatif de la Army of Me de Bjork (qu’on pouvait entendre dans le Tank Girl de Rachel Talalay ou dans Beavis and Butthead) par Skunk Anansie est moins convaincante malgré des poussées d’adrénaline typiques du groupe (qu’on peut écouter dans Strange Days, Sexe intentions ou L’Homme sans ombre) ; l’originale (déjà électro) se suffisait à elle-même. Héritier high-tech du punk-rock, Skunk Anansie reprend également la Search and Destroy des Stooges (entendue dans La Vie aquatique de Wes Anderson et Presque Célèbre de Cameron Crowe) pour en tirer une version très défoulante, après celle des Red Hot Chili Peppers en 1991 ou des Dictators (ennemis jurés des Stooges) en 1977.

Alison Mosshart (de The Kills) et Carla Azar (de Autolux) livrent une version aussi punchy que planante de la Tomorrow Never Knows des Beatles : un peu trop long (7.37 minutes), le morceau est surtout enivrant dans sa jolie digression contemplative (à 4.40), suivie d’une savoureuse montée en puissance (la reprise du refrain donne des frissons).  

L’un des plus beaux morceaux de cette bande originale est la magnifique reprise de la non moins (et même plus) magnifique Where is my mind des Pixies, popularisée par la fin de Fight Club et entendue aussi dans Janis & John (le Presque Célèbre français). Emily Browning pousse de nouveau la chansonnette, en compagnie du chanteur israélien Yoav, dans cette version toute en crescendo qui s'étale sur 6 bonnes minutes. Browning chante également le morceau suivant de l’album, la belle mais inoffensive Asleep, très agréable à l’écoute (superbe introduction) mais qu’on pourrait tout aussi bien entendre sur une radio comme NRJ ou à la fin d’une comédie dramatique, contrairement au titre original des Smiths.
Sucker Punch se terminant sur un générique hors-sujet surfant sur la comédie musicale à la Moulin Rouge (dont la OST était justement produite par Marius de Vries), c’est ainsi que se termine également sa bande originale, sur une réinterprétation cabaret techno-jazzy-pop de la Love is the drug de Roxy Music, chanson immortalisée par le Casino de Scorsese (on s’en souvient forcément plus que dans Le Bon numéro, Super Mario Bros. ou Love in Paris) et ici chantée par Carla Gugino et Oscar Isaac. Un clou du spectacle gratuit et opportuniste (quoique bien exécuté) pour un album tout de même jubilatoire, dans les limites de son concept.

Pochette OST Sucker Punch

La conclusion de

Cet album, composé de 9 reprises de titres pop rock cultes en 50 minutes qui s’écoutent d’une traite, est une agréable réussite pour l’exercice très compliqué des réadaptations (encore plus quand il s’agit de livrer des versions électro ou rap des Beatles, des Stooges, des Pixies, de Queen ou de Bob Dylan, ce qui risque d’énerver les puristes). Un exercice qui a le défaut de ses qualités : les reprises sont pour la plupart excellentes et la qualité de production exceptionnelle, mais ça ne reste que des reprises. Pas l’once d’un morceau original ou d’un bout de score de Tyler Bates, ni dans le film ni dans cette bande originale, mais c’est aussi le concept qui veut ça. Par ailleurs, la bande originale de Sucker Punch condense à la fois les qualités et les défauts du cinéma de Zack Snyder

Que faut-il en retenir ?

  • Des reprises réussies et variées.
    Une production de qualité.
    Une vive énergie.
    Une écoute fun et rapide (donc ça se réécoute facilement).

Que faut-il oublier ?

  • Un concept limité qui peut agacer.
    Pas de score original.
    Quelques fautes de goût.
    Des choix opportunistes des morceaux originaux (tous vénérés).

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