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Critique du Roman : Memories of Retrocity
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Critique du Roman : Memories of Retrocity

Avis critique rédigé par Nicolas W. le mercredi 16 février 2011 à 2308

La machine qui nous consume

"A l'origine, mon séjour ne devait pas de prolonger, mais la ville m'a happée. J'ai crié au scandale, au piège, persuadé que mes supérieurs m'avaient envoyé ici dans le seul but de me faire disparaître. Puis j'ai compris, à force de recueillir les témoignages et les anecdotes... Une fois dans les murs, l'extérieur vous oublie, irrémédiablement. Retrocity est hors du monde. Y entrer c'est mourir."

Microstructure dans le domaine des littératures de genre, les éditions du Riez se lancent dans l'entreprise salutaire mais néanmoins risquée de nous faire découvrir un nouvel écrivain français. Pour l'occasion, Bastien Lecouffe Deharme - déjà connu pour certaines illustrations de livres comme Peste de Chuck Palahniuk - a vu les choses en grand avec son roman graphique, Memories of Retrocity. A la fois auteur et illustrateur (l'objet renfermant une soixantaine d'illustrations), le français a choisi de nous plonger dans le journal intime de William Drum, un ancien flic. Et pour son premier essai, Lecouffe Deharme nous offre une plongée dans la sombre ville de Retrocity.

Suite à une altercation avec son supérieur, Drum est envoyé dans une cité tenue à l'écart du reste du monde. Entourés par d'imposantes murailles, les habitants de Retrocity sont frappés d'un étrange mal : le rétroprocessus. Celui-ci a pour effet singulier de littéralement fusionner l'individu avec la matière, notamment mécanique. La ville étant isolée depuis des années pour éviter la propagation de cet étrange virus, c'est la première fois qu'un homme va pouvoir enquêter et témoigner de l'intérieur. Mais, malgré sa détermination, William doit rapidement se rendre à l'évidence : on n'échappe pas à Retrocity, cette métropole-prison aux résidents biomécaniques, qui consume le corps et l'esprit.

Pour explorer la ville, Lecouffe Deharme a choisi un antihéros paumé et meurtri. William Drum, policier dégradé pour mauvaise conduite, arrive à Retrocity en sachant simplement le strict minimum sur ses habitants et sa nature. D'un prime abord, il nous semble extrêmement antipathique avant que l'auteur nous le rende à la fois plus humain et plus fragile, pour tout dire plus proche du lecteur. Malgré le petit goût de déjà-vu du protagoniste principal, il remplit son rôle très efficacement. Le premier défaut vient néanmoins du parler de Drum. En faisant appel à un langage très familier, Bastien Lecouffe Deharme tombe parfois dans l'excès. Autre maladresse, la répétition de certains termes dans les premières pages mais qui se corrige vite par la suite, heureusement. Erreurs de jeunesse certainement... Mais qui n'enlèvent en rien le plaisir de la véritable descente aux enfers de l'apprenti journaliste.

Le cœur de l'aventure se retrouve dans la ville de Retrocity. Dominée par les ombres de Blade Runner ou de Dark City, elle dégage un sentiment d'asphyxie et de décrépitude intense. Une des principales réussites du roman graphique de Lecouffe Deharme, c'est de donner le premier rôle à la ville elle-même et d'en faire une entité menaçante. Au fil des pages, on découvre plusieurs aspects de cet étrange environnement où les zones désaffectées laissent progressivement la place tour à tour au centre ville puis aux installations de Hover, la tentaculaire entreprise qui a la mainmise sur toutes les activités de la cité. Celle-ci, outre les jeux de mots qu'elle permet, renvoie aux monopoles commerciaux de notre époque. En définitive, Retrocity, ses résidents, ses vices et ses malédictions ne s'avèrent rien d'autre qu'une vision déformée de notre propre société.

L'étrange virus qui amène au rétroprocessus fait fusionner sa victime avec un des objets auquel il est le plus attaché. Impossible de ne pas y voir une allusion dans notre société consumériste où l'homme peine à se séparer de ses biens matériels. Pire, avec les derniers stades de la maladie où l'individu devient objet, l'auteur met le lecteur face à un des pires travers de notre siècle : l'homme comme simple bien de consommation. Ainsi, dans cette ville coupée du reste du monde, l'esthétique gothico-mécanique règne en maître. La raison ne se retrouve d'ailleurs pas seulement dans les conséquences du virus mais également dans le vaccin qui consiste à mécaniser progressivement les individus. Il semble que chez Lecouffe Deharme, le milieu urbain et  le monopole commercial amènent l'humain à la froideur mécanique de la machine. Le parcours de Drum et sa lente décadence l'illustrent parfaitement. Autre exemple, les femmes : des putes robotisées qui assouvissent les fantasmes pervers de leurs clients dans le simple but de s'extirper de leur solitude. Celle-ci constitue d'ailleurs un des aspects omniprésent du roman. William Drum, comme la pute qu'il rencontre, sombre petit à petit dans une solitude désespérante où seul le contact physique avec autre chose, humaine ou mécanique, compte encore.

Mais pour sublimer son récit, qui rappelle parfois le Dr Adder de K.W. Jeter pour sa manie de la modification chirurgicale et l'étouffante ambiance qui y règne, Bastien Lecouffe Deharme accompagne son œuvre de magnifiques illustrations, la plupart en pleine page. Alliant crayonné et art digital, elles renforcent non seulement l'atmosphère oppressante et glauque mais s'avèrent aussi tout simplement un pur bonheur visuel. De loin la plus grande réussite de ce roman graphique construit comme une expérience sensorielle au cœur de la noirceur humaine et urbaine. Pour parfaire le tout, il semble que la version finale de l'objet s'accompagne d'une bande originale à la façon de la Horde du Contrevent. On saluera justement Alain Damasio pour son excellente post-face/épilogue.

"La ville est remplie de types physiquement altérés par des opérations de chirurgie biomécanique. Toute une fraction de la population se balade avec des bouts de métal greffés sur la tronche. Incrustés. On se croirait dans le cauchemar d'un écrivain des années cinquante."

Le roman est disponible uniquement à cette adresse : http://www.editionsduriez.fr/10.html

Remerciement à Amandine V. pour la relecture.

La conclusion de

Roman graphique ambitieux, Memories of Retrocity s'aborde comme une plongée en apnée dans une ville ténébreuse, seulement éclairée par la flamme d'humanité vacillante de son narrateur. Malgré ses erreurs de jeunesse, le livre de Bastien Lecouffe Deharme s'avère une réussite autant sur le plan de l'ambiance que sur celui de l'ingéniosité de son récit, le tout sans oublier ses épatantes planches entre rêves et cauchemars. Un auteur à suivre.

Que faut-il en retenir ?

  • Une ambiance magnifique
  • Des thématiques bien exploitées
  • William Drum, un personnage attachant
  • Des planches fabuleuses

Que faut-il oublier ?

  • Quelques maladresses stylistiques
  • Un personnage principal peu original

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