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Critique de Mirages [2013]

Ecrit par Lionel B. le dimanche 6 février 2011 à 23:17

Perdus dans le désert

Après son très réussi court-métrage Sinistra, le jeune réalisateur Talal Selhami s'attaque à son premier long métrage avec Mirages, film d’ailleurs produit au Maroc par Nabil Ayouch connu en France pour son film Whatever Lola Wants. Mirages est aussi un nouvel espoir puisqu’il semble marquer un véritable tournant du cinéma franco-marocain en s'orientant vers un genre plutôt fantastique et une réalisation plus occidentalisée.

« Cinq personnes aux profils très différents se retrouvent en compétition pour décrocher un emploi important dans une multinationale qui vient de s'installer au Maroc. Suite à un entretien avec le PDG de la société, les candidats se voient proposer une ultime épreuve dans un lieu tenu secret afin de les départager. Ils acceptent et montent à bord d'un minibus dépourvu de vitre... »

Voilà une histoire aussi originale qu'intéressante que celle de Mirages. Il s'agit ici d'utiliser les mirages si fréquents dans les déserts de façon fantastique. Ceux-ci auront pour but de faire une introspection dans la tête des différents personnages. Par exemple, le mirage de Samir est le fait de se voir lui même de dos. Ne s'agit-il pas là de nous faire comprendre qu'il n'est pas lui même ?
Jamais le désert n'aura paru si intriguant, si inquiétant, si vivant...(ce dernier devenant le miroir de nos peurs). Le jeune Talal Selhami est parvenu ainsi à créer une véritable ambiance à son film. Et on peut dire que la critique sociale qui apparaît en trame de fond sur la place de la femme dans la société marocaine, ou bien encore le constat de l'apparition grandissante des multinationales au Maroc aujourd'hui, contribue grandement à faire de Mirages une histoire digne d'intérêt.

Toutefois, le scénario n'est pas sans faille comme le démontre le fait que les protagonistes sont sensés se diriger vers un lieu qu'ils repèrent de loin, mais l'oublient très vite et n'en reparlent plus. Pour des gens qui sont perdus en plein désert, cela paraît bizarre...
De plus, on peut reprocher que la matérialisation des mirages n'est pas assez exploitée, ou mal expliquée. C'est un problème regrettable car tout l'intérêt du film découle de ce phénomène inexpliqué.

Il faut également souligner un problème de rythme lié à certaines scènes qui n'apportent pas grand chose à l'histoire. Il en va ainsi de la séquence dans laquelle Samir commence à pousser la chansonnette tout en fumant. Certes, il s'agit là d'un hommage à Lord of the Ring mais qui vient créer une longueur parmi d'autres. C'est également le cas avec cette surenchère finale tout aussi superflue et, qui plus est, est gâchée par un aspect visuel plus proche d'une production télévisuelle française que d'une œuvre cinématographique.

Faisant avec les moyens du bord, le jeune réalisateur ne parvient pas à réussir aussi bien ses scènes d'intérieurs que celles d'extérieurs. Ainsi dès que nous nous retrouvons dans une pièce fermée, la réalisation s'inspire d'un Tony Scott avec une caméra qui va dans tous les sens, qui n'arrive pas à suivre le sujet et des zooms et des dézooms à outrance... Il est vrai que cela donne du rythme – et sur ce point merci tonton Spielberg avec ton Soldat Ryan – mais l'abus agace.

Heureusement, il en va autrement lorsqu'il s'agit de filmer en plein air. Là, Talal Selhami, accompagné d'un très bon directeur de la photographie (Mohamed Sellam), arrive à mettre le désert en valeur en trouvant de très bons cadrages au niveau de la caméra avec des couleurs mettant parfaitement en valeur l'immensité et la chaleur de l'environnement.

Enfin, saluons l'excellent travail du jeune réalisateur en ce qui concerne la direction des acteurs. Il est clair que le fait de bénéficier de bons comédiens y est pour beaucoup, mais Talal Selhami a su parfaitement les guider afin que leurs jeux soient justes et crédibles.

Au final, voilà donc un premier film intéressant qui, même s'il est loin d'être parfait, s'avère prometteur pour l'avenir du jeune réalisateur.

 

à retenir

  • Une très bonne direction des acteurs
  • L'idée des mirages
  • Une très belle photo dans le désert

à oublier

  • Des scènes d'intérieurs pas très réussies
  • Des longueurs
  • Des éléments manquants pour faire de ce film une référence

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